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ARTICLE DU 17/01/02
Hier matin, les spectateurs qui avaient choisi de passer par le Sud pour tenter d'approcher la coulée de la Vierge au Parasol ont eu du flair. En milieu de matinée, l'affluence était fort raisonnable et chacun pouvait, après quelques minutes de randonnée sur l'ancienne coulée de 1998, apercevoir le fleuve de feu à une vingtaine de mètres. Mais plus question de descendre jusqu'à la plate-forme sur l'Océan, car les risques de débordements étaient alors très réels.

Le rendez-vous tant attendu

La foule des grands jours à Saint-Philippe


La matinée s'était mise au beau, hier, du côté de Saint-Philippe. "Soleil i pét !", comme dit créole ! Et plusieurs centaines de visiteurs, de tous âges et de tous horizons, certains frustrés de n'avoir pu y accéder lundi soir et d'autres nouveaux venus, ont afflué sans encombrement excessif jusqu'au site de la coulée de la Vierge au Parasol. Le dispositif de sécurité routière s'était considérablement allégé et le barrage du Tremblet, sur la coulée Citron Galet, avait été levé. Les automobilistes pouvaient donc accéder sans encombre jusqu'à moins de deux kilomètres de la lave, le reste se parcourant très facilement à pied sur la route. Arrivés à 500 mètres de la coulée, un nouveau barrage interdisait cette fois l'accès direct à la coulée qui a traversé la route, mais dirigeait le public vers la coulée de 1998 toute proche. Là, après dix à quinze minutes de grimpette (prévoyez de l'eau malgré tout, qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit, car la chaleur qui émane de la coulée active juste voisine est particulièrement asséchante), sur les gratons (pas trop méchants) et les plaques de lave cordée (majoritaires), après un virage à droite menant à ce qu'il reste de forêt à moitié carbonisée et une traversée fort brève de la forêt en question, le serpent de feu était enfin visible par tout un chacun. Étonnamment fluide et rapide à cette hauteur, la lave charriait sur son passage de nombreux blocs assez monstrueux qui arrachaient autant de cris d'exclamations aux spectateurs médusés. Et sourire aux lèvres, chacun de repartir ensuite, ravi d'avoir enfin eu son lot d'émotions et d'avoir ainsi pu contempler d'assez près un bras de lave, habituellement plutôt visible aux abords de la bouche éruptive, c'est-à-dire plus en altitude.

L'ONF balise l'accès

Vers 11 heures, une équipe de l'ONF se mettait à son tour en route, piquets sur l'épaule, pour baliser le site. Des marques vertes avaient déjà été tracées sur la lave de la coulée 1998, mais comme plusieurs personnes continuaient à monter au-delà de ce simple marquage et manquaient l'éruption active, il a fallu matérialiser la bifurcation menant à la forêt par quelques rondins de bois.
Pendant ce temps, en bas, la gendarmerie orientait toujours les curieux, leur expliquant que le véritable spectacle se situait là-haut et que de surcroît, en raison du danger lié aux débordements éventuels, il ne servait à rien de progresser encore 500 mètres par la route. Mais quelques irréductibles ont quand même réussi à franchir ce cap par des voies détournées et après avoir touché la lave collée à la route, revenaient tranquillement par la route. D'autres encore ont voulu à tout prix descendre vers la mer, pour tenter d'apercevoir la fabuleuse rencontre entre l'Océan et le feu de la terre. Mais cela s'est avéré impossible par le sentier de pêcheur emprunté par les journalistes et une poignée de spectateurs 36 heures auparavant, car la lave l'avait avalé. Comme l'ensemble du parking du site de la Vierge au Parasol d'ailleurs, kiosques y compris. Les plus malins ont pourtant réussi à se frayer une voie dans l'épaisse végétation et au final, ce sont près de deux cents personnes qui ont réussi à accéder au littoral. L'affaire s'est finalement révélée plutôt dangereuse, les conditions d'intervention des secours étant quasiment impossibles si cela s'avérait nécessaire (débordements de lave toujours envisageables en amont) et les gendarmes ont dû se poster en faction à l'entrée du chemin pour l'interdire. De toute façon, de ce côté-là, le spectacle s'était réduit comme peau de chagrin en l'espace de quelques heures et vers 11h30, le formidable et épais panache de fumée vaporeuse avait entièrement disparu du paysage.
Que restera-t-il de ce spectacle aujourd'hui ? Difficile de le dire, puisque hier soir, l'activité éruptive avait considérablement ralenti.

Valérie Koch




Des artistes dans le ton

Étonnante symbiose avec l'actualité pour les artistes sudistes : rappelons-le, la troupe de théâtre Talipot travaille actuellement à sa nouvelle création "Kala", autour du thème du feu. L'annonce de l'événement volcanique a suscité leur émoi, au point qu'ils ont décidé de se rendre directement sur site pour mesurer les sensations face à l'élément et y trouver, peut-être, quelque inspiration. Du côté d'Art Sud, à Saint-Joseph, l'équipe de céramistes vient tout juste d'entamer son premier stage et les fours expérimentaux en terre, pierre et papier, se sont élevés et enflammés cette semaine dans la cour du centre des Arts du Feu. Et hier, la lumineuse technique de cuisson japonaise, le "raku", était à l'honneur...

Dispositif de sécurité routière allégé

Des quatre barrages de gendarmerie qui s'étaient échelonnés sur la route nationale entre le village de Takamaka et la coulée de la Vierge au Parasol lundi soir pour tenter de réguler le flot d'automobilistes, il n'en restait que deux hier, à proximité immédiate de la coulée. Le premier, situé à exactement 1 700 mètres de la coulée active, vous invite à stationner votre automobile sur le parking attenant et à continuer à pied sur la Nationale. Ensuite, vous atteignez le second barrage, installé au pied de la coulée de 1998 et à 500 mètres de la nouvelle. Une dizaine de gendarmes du secteur Sud sont mobilisés pour surveiller les différents points (et interdire les accès dangereux), et reçoivent le soutien d'une équipe militaire des Fazsoi.