ARTICLE DU 17/01/02
Sortira ou ne sortira pas de l'enclos ? Hier soir, la baisse de l'activité sur l'éruption qui a atteint la mer n'a pas levé l'incertitude. L'Observatoire n'écartait toujours pas l'éventualité de l'ouverture d'une fissure sur les hauteurs de Bois-Blanc.
Entre inquiétude et incertitude
Bois-Blanc retient son souffle

N'entre à Bois-Blanc que ceux qui y habitent. Les pouvoirs publics interdisaient toujours hier soir l'accès au site de la coulée depuis le centre ville de Sainte-Rose. Une seule priorité : garder les routes libres pour une éventuelle évacuation massive.
Les centres d'hébergement mis en place par la commune de Sainte-Rose pour accueillir les habitants de Bois-Blanc n'ont pas connu l'affluence pour la première nuit placée sous la menace d'une éruption hors enclos. "Nous disposons en propre de 600 lits, indique le maire Bruno Pajany. Avec le soutien apporté par les communes avoisinantes nous pourrions accueillir 4 000 personnes. Mais la moitié des gens a choisi de rester chez elles ou de se rendre chez des proches. Nous n'avons reçu que seize familles dont dix sont rentrées par leurs propres moyens dans la matinée".
Dans le village de Bois-Blanc essentiellement tourné vers l'agriculture et notamment l'élevage, les préoccupations vont à la nourriture des animaux qui ne peut tenir les habitants loin de chez eux très longtemps à moins d'un péril grave.
Faisant un premier point hier en début d'après-midi au PC Orsec à Piton Sainte-Rose au terme d'une réunion à la préfecture de Saint-Denis, le sous-préfet de Saint-Benoît se montrait plutôt pessimiste. "Les observations ne sont pas porteuses d'informations rassurantes, indiquait-il. Le site de l'éruption du 5 janvier laisse échapper un épais panache de fumée. Le trémor reste très actif sur l'éruption du 11 janvier. Des éboulements se sont produits dans le rempart un kilomètre au nord de cette dernière. La sismicité reste très forte".
Guy Mascrès tout en soulignant la nécessité de rester vigilant et de se préparer à s'installer dans la durée, annonce un léger allégement du dispositif déployé sur le terrain et notamment une plus grande souplesse dans la possibilité donnée aux gens de se déplacer. "Il faut que Sainte-Rose vive, souligne-t-il, que les habitants puissent aller et venir... Nous ne devons pas exercer de contrainte mais savoir exactement où sont les gens. Notre préoccupation doit être prioritairement la sécurité des personnes et des biens".
A 17 heures, alors même que la baisse de l'activité ne s'est pas encore produite, la seconde nuit sous le régime du plan Orsec s'annonce tout aussi encadrée. Le CD 57, la route des Radiers, est interdite à la circulation. En revanche, le premier barrage filtrant est ramené de la rivière de l'Est au centre de Sainte-Rose. Afin d'éviter le pillage éventuel des maisons désertées, les patrouilles de la gendarmerie sont renforcées par une section du deuxième RPIMa. "La population de Bois-Blanc confrontée à l'incertitude, à l'angoisse, à la fatigue réagit remarquablement bien, souligne le sous-préfet de Saint-Benoît. Nous avons demandé à Saint-Denis le renfort de deux véhicules de sonorisation."
Le plan de "bataille "à peine dévoilé, l'observatoire fait savoir que le trémor a brutalement diminué. Le chenal dans lequel coulait jusqu'à la mer une lave très fluide s'est figé presque instantanément. Le fleuve de feu a laissé la place à une rivière de pierre.
Hier soir, au PC de Piton Sainte-Rose, on se gardait bien de crier victoire. Cette chute brutale de l'activité peut certes signifier la fin de l'éruption mais peut-être aussi le prélude à l'ouverture d'une fissure hors de l'enclos. Le maître mot qui prévaut plus que jamais est pour l'instant vigilance car tout danger est loin d'être écarté.
Alain Dupuis

Laisser les habitants se retrouver
A 20 heures hier soir, le sous-préfet de Saint-Benoît, Guy Mascrès, et le maire de Sainte-Rose, Bruno Pajany ont tenu au PC avancé de Piton Sainte-Rose un dernier point presse commun. Les deux hommes ont convenu que dans l'hypothèse où aucune nouvelle éruption surviendrait, le dispositif de sécurité serait tout de même maintenu encore quelque temps. " Le dispositif en place demeure et l'état d'alerte reste maximal. Donc nous maintenons les mesures d'interdiction au Piton Sainte-Rose. Nous sommes en situation d'attente et de vigilance. Si par la suite le dispositif devait être levé, nous maintiendrons la restriction de circulation pour éviter un afflux qui ne serait pas le bienvenu. Ceci pour laisser à la population le temps de se retrouver ", a souligné Guy Mascrès avant d'ajouter : " cette population est fatiguée. Il est nécessaire de lui laisser le temps de retrouver ses esprits. Nous prendrons le temps d'un retour à la vie normale. "
Appuyant le discours du sous-préfet, le maire Bruno Pajany a souhaité " un retour qui va se faire progressivement. Ce soir on pousse un petit ouf, demain ce sera peut-être un gros ouf ". Espérant la fin de l'éruption, il a ajouté : " Il vaut mieux prévenir que guérir pour éviter toute bêtise humaine lors de la levée des barrages. Il faut gérer l'après volcan ".