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ARTICLE DU 16/01/02
Entre les préparatifs de départ, l'évacuation à 19 heures et la soirée de veille pour sécuriser le village de Bois-Blanc, la nuit a été longue. Après avoir patienté jusqu'au dernier moment, la grande majorité des habitants a quitté leur village, le cœur serré et pour certains la peur au ventre.

ÉVACUATION NOCTURNE À BOIS-BLANC

Une longue nuit


16 heures, le plan Orsec est déclenché par la préfecture. Au PC avancé de Piton Sainte-Rose, le sous-préfet, Guy Mascrès, prépare une éventuelle évacuation de l'intégralité du village de Bois-Blanc. Une petite heure et demie après, l'évacuation est ordonnée. Jusqu'à 19 heures, les patrouilles de gendarmerie sillonnent les rues et alertent les 800 villageois. Ceux-ci ont déjà, pour la plupart, préparé leurs bagages. Vêtements, vaisselles, papiers, TV et parfois même meubles ou frigo ont été emportés dès le matin. Il ne reste que quelques sacs. "J'attends mon fils qui doit venir me chercher", explique Jean-Baptiste Grandin, un septuagénaire installé là depuis autant d'années. Les derniers préparatifs s'accélèrent. Jusqu'à la dernière minute, les retardataires, nombreux, attendent sur les trottoirs.

Des villageois
refusent


19 heures pile. Les enfants grimpent dans les voitures, la clé tourne sur le contact et le moteur démarre. Les villageois de Sainte-Rose évacuent leur cité. "On ne sait pas quand on reviendra. Demain, ou dans une semaine...", raconte Marie-Pascale Carpin, apeurée. En général, les habitants préféreront rejoindre leurs familles, installées plus au nord, par leur propre moyen. Les véhicules sont chargés à bloc. Pour ceux qui ont choisi de rester, la surveillance de la nuit débute. Le plus souvent, seul le père demeure. Le reste de la famille est partie dans l'après-midi.
Quelques irréductibles tentent donc de s'opposer au message de prévention de la préfecture. Pendant une heure, les patrouilles visitent chaque maison et demandent, sans ordonner, le départ. Le choix est libre. Par crainte de pillage, quelques-uns subsistent. "On craint la lave mais aussi les petits larcins. Le souvenir de 1977 est là pour nous prévenir", déclare Jean-René Duchemann, ajoutant "cette année-là, des poulets et des cochons avaient été volés". Pourtant la gendarmerie veille. "On a mis le paquet. nous avons des patrouilles qui se succéderont toute la nuit avec des changements toutes les 8 heures", explique Patrick Delort, lieutenant-colonel à Saint-Denis en place près de la coulée coupant la route nationale 2.
Pour assurer la plus complète sécurité, les gendarmes réclament le numéro de téléphone des locataires restants et font signer une feuille de décharge. "Je passe la nuit ici, je surveille la maison. Ma sœur est partie, je reste seul", précise Louis Lollet à 21 heures, seul sur le perron de sa villa. La ville s'enfonce dans la nuit, sous l'éclairage ardent du volcan qui continue de vomir, au loin, sa lave rouge. Au PC avancé, à 22 heures 30, le sous-préfet n'est pas encore rentré. Il restera là toute la nuit. Si nécessaire. Les véhicules de la gendarmerie se tiennent près, au cas où la lave, pour une fois, se montrerait moins clémente.
A Bois-Blanc, il ne reste plus qu'une poignée d'hommes dans ce périmètre hautement surveillé. Un village fantôme sous la menace d'une nouvelle éruption que l'observatoire pressent plus proche et plus violente.
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De l'animation dans le poulailler

À dix-neuf heures hier soir, la famille Carpin de Bois-Blanc aurait bien voulu exécuter les ordres de la préfecture et évacuer son domicile dans les temps. Seulement, il fallait d'abord parer au plus urgent. Et le plus urgent, en l'occurrence, c'était leurs 3 500 poules parquées dans un hangar qui attendaient leur heure, celle où le camion de ramassage de Crête d'or de l'Etang-Salé allait les mener à l'abattoir.
La nuit était déjà tombée quand il est arrivé et c'est dans la pénombre et la plus grande rapidité que la volaille caquetante a été placée dans les caissons. Tout étant rentré en ordre vers vingt heures, les éleveurs et leurs enfants ont pu rejoindre leur véhicule déjà chargé de linges et affaires de toilette pour passer la nuit chez leurs proches à Saint-Pierre et la Rivière-des-Roches.




Les centres d'accueil

Pour ceux qui auront fui la menace volcanique, six centres d'accueil et d'hébergement ont été ouverts, à Sainte-Rose. La mairie et la sous-préfecture de Saint-Benoît ont, à 19 heures, mis en place huit bus d'une quarantaine de places chacun dans les lieux stratégiques du village. Tous doivent pouvoir embarquer. "Pour ceux qui souhaitent rester, tant pis pour eux. S'ils sont matérialistes, ils risque de tout perdre, et la vie avec", explique Dominique, le chauffeur d'un des cars. Pour la cinquantaine d'adultes et d'enfants ayant investi ces centres, principalement l'école Sainte-Rose centre, l'école de la rivière-de-l'Est et le pôle agricole à Marocain, une longue nuit s'annonce. La mairie à prévu un dîner traditionnel : carri-poulet, riz, grain, rougail. "Nous avons mis des matelas, des lits picot et nous nous occupons des repas", détaille Betty Heekeng, la première adjointe au maire de la commune. Ici, tous espèrent pouvoir rentrer chez