ARTICLE DU 16/01/02
L'activité sismique a repris de plus belle hier matin au piton de la Fournaise, réduisant l'espoir de voir la coulée actuelle de la Vierge au Parasol servir d'exutoire à la colère du volcan.
Une activité sismique intense

Lundi soir encore, Thomas Staudacher espérait que la seconde phase de l'éruption du 5 janvier, à l'origine de la coulée de samedi dans la plaine des Osmondes qui a traversé la route et atteint la mer, suffirait à assouvir le volcan. Le directeur de l'observatoire volcanologique voyait, dans l'hypothèse la plus optimiste, la nouvelle phase d'activité servir de soupape de sûreté, abaissant la pression dans l'édifice du piton de la Fournaise.
Les fissures continuent de progresser
Or, hier matin, vers 6 h, le trémor de l'éruption s'est mis à augmenter progressivement, "avec des bouffées peu claires", rapporte Alex Nercessian, sismologue à l'Institut de physique du globe (IPG). Vers 10 h, première alerte avec le déclenchement des alarmes. Les signaux enregistrés étaient typiques, selon le chercheur "d'une interaction de la lave, de la roche et de gaz". Des séismes basse fréquence, disent les scientifiques, signes d'un cheminement du magma dans un milieu déjà fracturé. En clair, depuis le 5 janvier, le magma a repris sa progression par à-coup dans le rift nord du volcan, une zone déjà très fragilisée.
Bien que le réseau de l'observatoire couvre imparfaitement les zones hors enclos, ses stations de piton Moka (au nord-ouest du village de Bois-Blanc) et du Grand-Brûlé ont ressenti le mieux l'intensification de l'activité sismique hier, qui a entraîné l'évacuation de l'écart de Sainte-Rose.
Dans le même temps, la sismicité enregistrée sous le sommet du volcan, à l'aplomb des cratères sommitaux, a encore cru par rapport à la veille. Une centaine de séismes avait été enregistrée à la mi-journée, dont un d'une magnitude estimée, après correction, à environ 2,5 et non 3 comme annoncé en fin de journée. "S'agit-il d'une réalimentation ou faut-il y voir le signe d'une vidange du réservoir, avec un risque d'effondrement au sommet ?", s'interrogeait hier soir Alex Nercessian. La phase terminale de l'éruption hors enclos de 1986, avec la formation d'un immense cratère en forme de puits dans le cratère Dolomieu, reste dans les mémoires.
L'incertitude la plus totale demeurait après une nouvelle alerte dans l'après-midi. Le risque d'une troisième phase avec l'ouverture de nouvelles fissures hors enclos a été envisagé dès le 5 janvier mais la volcanologie n'est pas une science exacte. Les reconnaissances héliportées menées avec l'assistance d'une caméra thermique n'ont permis à l'observatoire de localiser aucun point chaud, comme de simples fumeroles, pouvant trahir une prochaine sortie de magma hors enclos.
Hier soir, preuve que le piton de la Fournaise a de l'énergie à revendre, le débit de la coulée de la Vierge au Parasol ne faiblissait pas. En vingt-quatre heures, elle avait déjà édifié hier soir une vaste plate-forme gagnée sur l'Océan, large d'environ 150 mètres et s'avançant de près de 80 mètres en mer ! Vers 21 h, un débordement de la coulée a dévoré la case réservée à la vente de produits artisanaux sur ce qui restait encore du parking de la Vierge au Parasol, sous les yeux des curieux. Par prudence, la gendarmerie devait faire reculer la foule - estimée entre 1000 et 1500 personnes - jusqu'à la coulée de 1998.
Pronostic impossible
Aucun pronostic sur la suite des événements ne peut être livré, insistait hier soir Thomas Staudacher : "L'ouverture de nouvelles fissures peut se produire dans un quart d'heure ou dans trois semaines". Mais le risque est réel car les ouvertures secondaires, comme celle de samedi, ont toujours lieu à plus basse altitude que les précédentes. Or, celle de samedi s'étant produite à 1000 m d'altitude environ, la suivante pourrait prendre naissance beaucoup plus bas encore. Dans un tel cas, les coulées parviendraient très vite aux zones habitées, ce qui a justifié les évacuations d'hier.
François Martel-Asselin

Mauvaise pêche à l'Anse des Cascades
En fin de matinée au retour des barques à l'Anse des Cascades, l'ambiance était plutôt morose. Une dizaine d'embarcations avait pris la mer. "Je suis parti à 4 heures du matin, confie un pêcheur, et je n'ai pris que 10 kg de poissons. Une coulée qui atteint la mer pour nous ce n'est pas bon. Il y a un courant chaud qui part du Grand Brûlé vers Sainte-Rose. Aujourd'hui c'est encore passable, mais demain on ne pourra plus travailler. Une odeur de soufre flotte sur la mer. Bientôt nous allons trouver des poissons morts et des langoustes. Nous sommes assurés pour la perte du matériel mais pas pour les prises". Alors qui a dit que coulée à la mer équivalait à pêche miraculeuse ?