ARTICLE DU 16/01/02
Alors que la coulée continue à se déverser dans la mer avec une certaine puissance, à 16 heures hier après-midi décision a été prise d'évacuer les 800 habitants de Bois-Blanc. Une éruption hors enclos sur les hauteurs du village n'est pas à exclure et les personnes concernées n'ont eu que quelques heures pour quitter leurs maisons en emportant leurs biens les plus précieux. Hier soir, seuls quelques irréductibles avaient refusé de vider les lieux et Bois-Blanc n'était plus qu'un village fantôme.
800 HABITANTS INVITÉS À QUITTER LEUR MAISON MENACÉE PAR UNE ÉRUPTION
Menace sur Bois Blanc

"Les poules ont quitté leur nid, c'est mauvais signe". Mme Ravily habite l'une des dernières maisons de Bois-Blanc, au dernier virage avant que la route ne plonge vers le Grand Brûlé. En l'absence d'informations précises elle se raccroche aux signes de la nature. Dans la nuit, Mme Ravily a vu passer dans un sens les randonneurs se rendant sur le site de l'éruption, hier matin elle assiste au repli organisé par les gendarmes. Entre Piton Sainte-Rose et Bois-Blanc, ces derniers multiplient les barrages filtrants. Objectif, obliger tous ceux qui ne résident pas dans le village à battre en retraite.
En fin de matinée, la route nationale est quasiment déserte, uniquement sillonnée par les véhicules de la gendarmerie, de la mairie ou des pompiers.
Toute cette agitation inquiète les époux Picard qui habitent juste à côté de Mme Ravily. "En 1977, confie le mari, je travaillais à EDF sur le chantier de Takamaka. EDF a envoyé des camions pour enlever mes affaires en plus de ceux de l'armée. La coulée s'est arrêtée à 300 mètres derrière ma case".
M. Picard ne croit pas que l'éruption, si elle se produit, touchera la partie de Bois-Blanc où il habite. "Derrière chez nous, il y a rempart. Je pense que la coulée va descendre dans la ravine Bois-Blanc". De toute façon, il y a un point sur lequel les Picard ne sont pas décidés à transiger : "Nous ne partons pas sans nos animaux". Indifférents à l'agitation des hommes, trois bœufs paissent tranquillement. A cela s'ajoutent des poules et des cochons.
Axel Carpin lui a anticipé. Il est vrai que son élevage n'a rien à voir avec celui des Picard. Ce sont 3 500 poules qui doivent être évacuées et l'éleveur a pris ses précautions. "L'enlèvement doit se faire de nuit pour éviter le risque de l'étouffement, explique-t-il. J'ai prévenu l'abattoir. Ils vont m'envoyer des camions mais il me faut trois heures de préavis. C'est bien que les gendarmes aient dressé des barrages. Hier soir des gens qui se rendaient sur la coulée nous ont insulté quand on leur a demandé de ne pas se garer devant chez nous. Ils ne comprennent pas que c'est important de laisser la route libre si nous devons partir rapidement".
16 HEURES : ÉVACUATION !
La journée s'écoule ainsi dans l'incertitude. On en oublierait presque la coulée qui continue à gagner sur la mer agrandissant régulièrement la plate-forme sur laquelle planent inquiets des pailles-en-queue. Une superbe cascade déverse la lave à gros bouillons. A 16 heures, on s'agite du côté du PC installé à proximité de l'église de Piton Sainte-Rose, celle-là même qui a été épargnée par l'éruption de 1977.
L'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise signale la poursuite d'une forte sismicité dans le secteur de Bois-Blanc. Il n'écarte pas la perspective d'une éruption hors enclos au-dessus du village. Le préfet décide par mesure de précaution l'évacuation immédiate des habitants de Bois-Blanc. Le plan Orsec est déclenché à cet effet.
Le maire de Sainte-Rose en personne parcourt le village, mégaphone sur le toit de la voiture pour inviter la population à quitter leurs maisons.
"Nous nous préparons depuis ce matin, indique Bruno Pajany. Nous avons organisé l'hébergement dans les écoles. Nous disposons de 150 lits mais nous pouvons bénéficier des capacités d'accueil des autres communes dont la Plaine-des-Palmistes et Saint-Benoît susceptibles de recevoir 4 000 personnes. Bois-Blanc compte 800 habitants. Les centres aérés ont été fermés".
Un convoi de Land Rover de la gendarmerie visite une à une les familles pour les convaincre de partir. Les Ravily s'y sont résignés, mais le mari serait bien resté, car comme la majorité des habitants de Bois-Blanc, il craint le pillage. En 1977, les voleurs avaient emporté jusqu'aux encadrements des fenêtres. Les Picard sont eux aussi sur le départ mais s'inquiètent toujours pour leurs animaux. Axel Carpin, lui, est rassuré, les camions destinés à enlever ses poules vont arriver.
D'une maison à l'autre les priorités sur ce qu'il convient d'emporter changent. Tout le monde est d'accord pour les pièces d'identité et l'argent liquide. Ensuite, chacun choisit. Ici le fils de la maison met ses CD à l'abri. Ailleurs on embarque téléviseur, lecteur de DVD sur lesquels pèsent un crédit. Là c'est le canapé du salon qui est l'objet de toutes les attentions.
Né en 1920, Benjamin Bortel en a vu d'autres. Employé aux Eaux et Forêts, il a planté tous les cocotiers de l'Anse des Cascades. Son bien le plus précieux, un réfrigérateur flambant neuf dont il refuse de se séparer. Installé depuis 1931, Simeon le commerçant chinois de Bois-Blanc ne laissera ni sa boutique, ni son stock qu'il n'a pas envie de voir livrer au pillage.
Bon gré, mal gré, même s'ils ne croient pas vraiment dans l'ensemble à l'arrivée d'une coulée dans leur village, les habitants de Bois-Blanc tout de même un peu inquiets se préparent à passer leur premier nuit loin de chez eux ou dans un centre d'hébergement ou chez de la famille en espérant que le volcan retrouvera rapidement son calme.

REPèRES
PRATIQUE
Deux numéros de téléphone pour joindre en cas d'urgence le PC installé
à proximité de l'église
de Piton Sainte-Rose : 02 62 47 45 38 - 02 62 47 45 78.
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ROUTES FERMEÉS
La circulation est interdite à tous véhicules au sud du pont de la rivière de l'Est, sauf riverains de la zone non évacuée, et l'accès est également interdit à pied au sud de Piton Sainte-Rose.
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Alerte 3
La préfecture a déclenché hier matin, à 10 h, l'alerte 3 prévue par le plan de secours spécialisé éruptions volcaniques. Elle correspond au risque d'éruption hors enclos.
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Restrictions nautiques
La coulée de lave ayant atteint la mer, toute activité maritime, nautique ou subaquatique est interdite dans un rayon de 1000 mètres autour du point d'impact dans l'Océan.