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ARTICLE DU 15/01/02
Ce mois d'avril 77 restera à jamais gravé dans les esprits des habitants de Sainte-Rose. Pour la première fois depuis 177 ans, la Fournaise sort de son enclos. A quelques jours d'intervalle, deux coulées emportent une trentaine de cases. Neuf ans plus tard, c'est au tour du Tremblet à Saint-Philippe d'être sous les feux de l'actualité.



Deux éruptions qui semèrent un vent de panique

En avril 1977 à Piton Sainte-Rose puis en mars 1986 à Saint-Philippe, le volcan sort de son enclos


Que ce soit à Sainte-Rose ou à Saint-Philippe, personne n'imaginait qu'un jour le volcan sortirait de son enclos et pousserait autant de gens à l'exode. Bien qu'accrochés au flanc de la Fournaise, les habitants de ces quartiers pensaient dur comme fer être à l'abri des laves. Tout le monde semblait avoir oublié la dernière éruption du genre qui eut lieu à Saint-Philippe à la fin du 19e siècle. Il est vrai que la Réunion n'a guère connu de pareil phénomène volcanique au cours de son histoire. Jusque-là, seules cinq coulées s'étaient produites hors de l'enclos et du Grand-Brûlé depuis 1644, date à la laquelle remontent les premières données sur l'activité de la Fournaise. Le réveil va être brutal. D'autant qu'en 1977, un tel événement était difficilement prévisible. L'île ne disposait en effet pas d'observatoire pouvant suivre heure par heure l'activité du volcan. La surprise est donc de taille, lorsqu'une première fissure s'ouvre au-dessus du village de Bois-Blanc à Piton-Sainte-Rose dans la soirée du 8 avril.
"Depuis quelques jours, le volcan se trouvait en activité. Une coulée était signalée au Nord-Est du cratère Dolomieu. Mais tout le monde a été pris de court en constatant qu'un cratère venait de se former hors de l'enclos. Je dormais, lorsqu'on est venu me chercher. Les habitants de Bois-Blanc avaient été alertés par une explosion. Il fallaient faire vite car les laves dévalaient à toute vitesse sur le village", raconte Alain Grondin, alors conseiller municipal. "C'était le vendredi saint. Les gens se préparaient à fêter Pâques", se souvient Alix Elma qui venait tout juste d'être élu maire. De sa maison, il aperçoit une épaisse fumée et une lueur rouge descendant de la montagne. Le préfet de l'époque décide aussitôt d'évacuer le village. Sous une pluie battante, des dizaines de familles sont transportées vers Piton-Sainte-Rose dans des camionnettes et des tracteurs réquisitionnés. "Le ciel était en feu. Les gens criaient. C'était l'exode. Chacun essayait de sauver ses biens. Ils voulaient tout emporter. Certains refusaient de partir sans leurs meubles et leurs animaux. Mais on n'avait ni le temps, ni la place de tout prendre. Le volcan était là. Il fallait prendre les papiers, quelques vêtements et partir", rapporte Alain Grondin. Au cours de cette nuit, 800 personnes sont évacuées.

UN MUR DE LAVE SUR PITON-SAINTE-ROSE

Au matin, la nature opère une pause. La coulée, ralentie par les eaux en crue de la ravine de Bois-Blanc, se stabilise à un kilomètre du village. Les habitants de Sainte-Rose n'auront cependant guère le temps de souffler. Une nouvelle éruption se produit au-dessus de Piton-Sainte-Rose. "En milieu de matinée, un agent forestier est venu me prévenir que les laves se dirigeaient droit sur nous", raconte Alain Grondin. L'information s'avère vite exacte. Ce vendredi, un cratère vient de se former à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, juste en amont du village. La coulée ne tarde pas à se frayer un chemin à travers la végétation et atteint la route des Radiers en milieu d'après midi. Il ne lui reste alors que trois kilomètres à parcourir avant d'atteindre les premières maisons de Piton-Sainte-Rose. Un nouvel exode commence.
"On envoyait les familles vers Sainte-Rose. Les écoles et les bâtiments publics avaient été réquisitionnés. Il fallait faire vite. La lave s'écoulait dans la ravine Lacroix à toute vitesse. Du toit de la gendarmerie, on la voyait avancer. C'était une rivière de feu. Sur son passage, les arbres s'embrasaient comme des torches", se souvient Alain Grondin. Certaines familles hésitent à quitter les lieux. "Mon mari voulait rester pour surveiller notre maison qu'on venait tout juste de finr de construire", raconte Marie-Augustine Nativoa.

L'ÉGLISE SAUVÉE DES LAVES

Mais la lave avance inexorablement et rien ne semble pouvoir l'arrêter. "On entendait des explosions. Le maire et le préfet ont demandé aux gens d'abandonner leur maison. Mon mari voulait sauver quelques meubles. Les militaires refusaient qu'il rentre dans la case.
Ils l'ont pris pour un voleur. Finalement, Pierre Lagourgue, alors président du conseil général, l'a reconnu. C'est grâce à lui que nous avons pu sauver quelques affaires.
Avant de partir, on a lâché toutes nos bêtes", explique cette mère de famille. "C'était incroyable. Des familles partaient avec leurs enfants à pied et un simple balluchon pour tout bagage", rapporte Alix Elma.
La coulée se trouve alors à moins d'un kilomètre du village. La lave s'est frayée un chemin dans la ravine Lacroix et dévale sur le village.
Vers 22 heures, les flots bouillonnants arrivent à hauteur des premières maisons. "On entendait les animaux hurler et voyait les cases flotter sur le magma. Les gendarmes avaient toutes les peines du monde à repousser les curieux.
Il régnait une étrange atmosphère. Une chaleur insoutenable se dégageait. A tel point qu'une canalisation d'eau a explosé", explique Alain Grondin dont la maison a été miraculeusement épargnée.
Dans la nuit, la lave traverse le village sous le regard médusé de centaines de badauds et atteint la mer le dimanche de Pâques. "La mer était bouillante. Il n'y avait plus un poisson de vivant", rapporte Alain Grondin. La lave n'a pas le temps de refroidir qu'un nouveau cratère s'ouvre non loin du précédent.
Le mercredi 13 avril, il faut à nouveau évacuer une partie des habitants de Piton-Sainte-Rose. Le danger est d'autant plus grand que cette fois-ci la lave se dirige vers le centre du village. En fin de matinée, la coulée atteint les premières maisons qui s'embrasent sur son passage.
Seules celles qui sont en dur, comme la gendarmerie, le Crédit Agricole ou l'église résistent. Vers 19 heures, tout le monde est surpris par une explosion qui déchire le ciel. Le magma vient de recouvrir la station-service du village et s'approche de l'église, rebaptisée aujourd'hui Notre-Dame-des-Laves. Il n'ira guère plus loin. La roche en fusion ne fait en effet qu'obstruer les issues, sans véritablement pénétrer à l'intérieur de l'édifice religieux. "Il a fallu attendre encore une dizaine de jours avant que tout s'arrête", relate Alain Grondin. Piton-Sainte-Rose peut alors commencer à penser ses plaies. Le bilan est lourd : 33 maisons détruites et 290 hectares de terres agricoles recouvertes par les laves.
"Une fois les coulées refroidies, la reconstruction a pu commencer. Fin avril, on a tracé un sentier sur le magma refroidi. La route, l'église, la gendarmerie et tous les bâtiments publics fûrent dégagés bien des mois après.
Le cur de la coulée étaient encore chaud.
Les pics des marteaux-piqueurs se sont cassés plusieurs fois", se souvient Alix Elma. Une collecte est même organisée pour venir en aide aux sinistrés qui, pour la plupart, ont trouvé refuge dans des tentes installés à l'école de Sainte-Rose. Reste que leur sort ne laisse pas insensibles les Réunionnais. Le préfet demande même aux communes de prélever 10% sur leurs crédits-chômage et de les reverser à Sainte-Rose.
"La plupart des travaux ont été effectués par des chômeurs de la commune", explique le maire. C'est notamment ainsi que le lotissement Lacroix peut sortir de terre un an après cette fameuse éruption. Seules huits familles refusent de revenir s'installer au pied de la Fournaise. Quant aux autres, elles espèrent tout simplement ne plus avoir à revivre un tel cauchemar.
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Neuf ans après l'éruption de Piton-Sainte-Rose
Le volcan sort à nouveau hors de l'enclos



Le 20 mars 1986, la Fournaise fait à nouveau parler d'elle. Cette fois, les laves menacent le village du Tremblet à Saint-Philippe. Cette irruption permettra à la Réunion de gagner 25 hectares sur la mer.

"Mes parents me parlaient d'une coulée dans la ravine Citrons-Galets. Mais personne ne pensait que cela se reproduirait un jour. Tout le monde était habitué à vivre avec le volcan au-dessus de la tête", note Roger Lallemand, un pêcheur à la retraite dont la maison fut emportée. Reste que tout commence comme une éruption classique. Le 19 mars 1986, l'observatoire, créé deux ans après le drame de Piton-Sainte-Rose, enregistre une centaine de séismes. Une faille s'ouvre ensuite au pied du Nez-Coupé. Mais son activité ne dure que quelques heures. Le calme avant la tempête. En effet, le 20 mars, une nouvelle faille déchire les pentes juste au-dessus du piton Takamaka. Pas de doute, le volcan sort à nouveau de son enclos. Wilfrid Bertile, alors maire de Saint-Philippe, raconte cet épisode dans un ouvrage intitulé "Gestion d'une catastrophe naturelle" : "De sept cratères alignés jaillissent des fontaines de laves de plusieurs dizaines de mètres. Ces laves fluides s'écoulent en de multiples ruisseaux. Elles se heurtent à la base du piton Takamaka qui les sépare en deux coulées empruntant l'une, au Nord, le lit de la ravine Citrons-Galets, l'autre, au Sud, celui de la ravine Takamaka". Mais une nouvelle fois, tout le monde est surpris par un tel phénomène. "Le 20 mars, au lever du jour, les habitants du Tremblet aperçoivent une épaisse fumée en haut des pentes de leur hameau. Dans un premier temps, ils ne s'en émeuvent pas outre mesure et chacun vaque à ses occupations", poursuit-il. En fin de matinée, quelqu'un finit par appeler les gendarmes. Ceux-ci refusent dans un premier temps d'admettre que les laves coulent hors de l'enclos. Ils se rendent finalement à l'évidence après un survol en hélicoptère. Le préfet décide aussitôt d'évacuer toutes les familles habitant entre la ravine Citrons-Galets et le Brûlé de Takamaka. "J'ai entendu la nouvelle à la radio. Je suis parti avec les habits que je portais sur moi et ma moto. Heureusement, j'ai eu la présence d'esprit d'emporter mon livret d'épargne", raconte Roger Lellemand qui ne reverra jamais plus sa maison, emportée par les laves.

HUIT CASES DÉTRUITES

En milieu d'après-midi, la coulée de Takamaka atteint la nationale 2 avant de s'immobiliser. Quelques heures plus tard, cet axe routier est à nouveau coupée au niveau de la ravine Citrons-Galets. Mais cette fois-ci, les laves poursuivent leur route vers la mer. Heureusement, tout le monde a déjà quitté ce no man's land, à l'exception des animaux que leurs propriétaires ont lâchés avant de fuir. En fin de soirée, le magma se jette dans la mer "recouvrant la falaise littorale prééxistante et provoquant de gigantesques panaches de vapeur pendant 48 heures". Tout le monde pense alors que le plus dur vient de passer. La Fournaise n'a cependant pas encore dit son dernier mot. Le 23 mars, des fissures s'ouvrent sur la nationale. "La question qu'on se posait était de savoir si la lave allait sortir et où ?", note le maire de l'époque. La Fournaise ne tarde pas à livrer la réponse à cette inquiétante question.
Le 23 au soir, une coulée apparaît sur le plateau de la Pointe-de-la-Table. "Une éruption à mettre dans les annales de l'histoire (connue) de la Réunion. C'est en effet la première fois qu'une éruption se produit à un niveau aussi bas", constate Wilfrid Bertile. La magma ne tarde d'ailleurs pas à atteindre la mer. Aux dires de tout le monde, le contact du feu et de l'eau provoque "un spectacle fascinant.
Le relief se modifiait à vue d'il". Reste que les gendarmes en interdissent l'accès aux nombreux badauds qui affluent de toute l'île. "Une nouvelle terre apparaît. Ainsi s'est édifiée la Réunion tout au long de son histoire géologique", commente Wilfrid Bertile. Au bout d'une semaine, les laves ont réussi à gagner 25 hectares sur la mer.