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ARTICLE DU 14/01/02
A l'exception des scientifiques de l'observatoire volcanologique, certains avaient peut-être tourné un peu vite la page de la première éruption de l'année. L'activité est repartie de manière spectaculaire dans la nuit de samedi à dimanche, lorsqu'une nouvelle fissure
s'est ouverte sous les yeux d'une équipe du Journal de l'île, dans la plaine des Osmondes. Hier soir les coulées se trouvaient à à peine plus deux kilomètres de la Vierge au Parasol.

En sommeil, l'éruption du 5 janvier repart dans la plaine des Osmondes

La route en vue


Circulez, il n'y a plus rien à voir. La phase spectaculaire de l'éruption commencée samedi de la semaine dernière semblait s'être achevée. Seuls les scientifiques continuaient à suivre les mouvements d'humeur du piton de la Fournaise, accoutumés qu'ils sont à ses facéties.
Au pied du pas de Bellecombe, pas facile de retrouver le balisage mis en place par l'ONF en direction du site de l'éruption, à la limite de la rupture de pente, au-dessus de la plaine des Osmondes. Les marques blanches ont été passées à la peinture brune sur un kilomètre peut-être, matérialisant le fait que le sentier, avant même d'être ouvert au public, a été fermé.

UNE LUEUR SOUDAIN DANS LA NUIT

Plus loin, à une distance suffisante pour décourager les éventuels curieux, le balisage blanc réapparaît et nous croisons même en cours de route les traditionnels panneaux de mise en garde rédigés en français mais aussi en anglais et en allemand.
L'itinéraire fait une large boucle presque jusqu'au pied du rempart après le Piton de Partage afin d'éviter les coulées de gratons du Célimène (éruption de février 2000). Régulièrement, le vent apporte des nuages de gaz. Le temps reste mi-figue, mi-raisin. Les Grandes pentes sont noyées dans le coton.
Sur place, le spectacle est comme on le sait décevant. Les traces d'activité se limitent à une bouche rougeoyante au niveau du cône qui a eu le temps de se construire et à des bouffées de gaz irritantes. Plus aucune trace des coulées, ni dans la pente, ni en dessous dans la plaine des Osmondes qui joue les coquettes se voilant régulièrement derrière des rideaux de brume.
Provenant du rempart de Bois-Blanc, à l'est du Nez coupé de Sainte-Rose, se succèdent de longs roulements, comme des tas de cailloux qui n'en finiraient pas de s'effondrer : le rempart n'en finit pas de dégringoler.
Une semaine après avoir débuté, l'éruption ne semble, malgré les apparences, en passe de tirer définitivement sa révérence. La tente installée sur une étroite plate-forme de lave cordée, le repas avalé, il ne reste plus qu'à se glisser dans les sacs de couchage d'autant qu'une couverture nuageuse s'installe.
Quatre téméraires qui ont bravé la pluie ne tardent pas à battre en retraite dans la mesure où il y a peu de chose à voir.
Il est environ 23 h lorsque la tente baigne dans une lueur jaune - orangée. L'éruption aurait-elle repris sans crier gare ?
Emergeant de la tente, nous sommes stupéfaits. A nos pieds, une langue de feu se déroule tout le long du rempart nord de l'enclos. La lave qui s'écoule est jaune vif, signe de chaleur et sans doute d'une très grande fluidité. D'où vient-elle ? Un tunnel de lave s'est-il ouvert ? S'agit-il d'une nouvelle fissure éruptive ? A une telle distance, difficile de faire la part des choses mais le phénomène semble prendre naissance quelque part à la base du rempart.

LES PARIS SONT OUVERTS

Nous sommes pour l'instant les seuls témoins de ce prodigieux spectacle et prévenons aussitôt l'observatoire volcanologique. La coulée se love littéralement au pied du rempart dont elle dessine le moindre contour, l'éclairant par en dessous. La végétation s'embrase par moment. La lave se précipite vers la rupture de pente que le devine très au loin tandis que des phares de voitures à hauteur de la Vierge au Parasol, insolites à cette heure, prouvent qu'au moins les lueurs du phénomène sont visibles depuis la côte.
Quatre randonneurs nous ont rejoints. Ils auront le temps de profiter de la prestation offerte par le piton de la Fournaise avant que les conditions météorologiques ne se dégradent définitivement.
A l'aube, le volcan joue à huis clos. Les nuages noient la plaine des Osmondes. A l'occasion d'une furtive éclaircie, nous avons tout juste le temps de nous rendre compte que la coulée ne semble pas encore avoir atteint la rupture de pente qui la précipiterait en direction de la Vierge au parasol. La farine rythme le rangement du bivouac et elle sera notre fidèle compagnon de route sur le chemin du retour.
Le deuxième acte se joue maintenant dans le Grand-Brûlé. Le site de la Vierge au parasol, traditionnellement très fréquenté le dimanche, accueille des pélerins
d'un genre particulier venus communier au pied du dieu volcan.
Les rares promontoires sont pris d'assaut par des curieux avides de découvrir les coulées qui dévalent la pente dans le lointain. Les plus enthousiastes se lancent sur les traces de la coulée de 1998. L'inconscience est souvent nichée au creux du sac à dos. Certains n'ont au pied que des savates ou des sandalettes. Des jeunes femmes font des effets de maillot alors que la moindre chute dans les gratons coupants comme des rasoirs blesserait cruellement. Et ne parlons pas de ceux qui partent sans la moindre goutte d'eau alors qu'il faut compter, pour un marcheur moyen, pas loin d'une heure et demie sur un terrain accidenté et un peu moins pour le retour avant d'atteindre le front des coulées. Celles-ci avancent lentement dans plusieurs directions. Celle de droite en regardant vers le sommet. Celle du milieu, la plus imposante, large de plusieurs dizaines de mètres, avance lentement.
Sur plusieurs mètres de haut avance un mur de roches rougies qui roule de gros galets et des scories. La progression est d'autant plus impressionnante qu'elle est lente. La végétation touchée est asséchée en un instant avant de s'embraser, dressant vers le ciel des torchères. A 15 h hier après-midi, les coulées les plus basses avaient atteint la cote 470 m au pied du Trou de sable. Elles ont leur fan-club. Une quarantaine de personnes assistent en permanence au spectacle et il en arrive de plus en plus en fin d'après-midi. Un groupe avait prévu d'aller bivouaquer au pied du Piton de Crac. Il a décidé de passer la nuit au chevet des coulées. Venu de Paris cinq touristes ne cachent pas leur enthousiasme.
La question est maintenant sur toutes les lèvres : l'une ou l'autre des coulées atteindra-t-elle la route ? Les paris sont ouverts.
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• CIRCULATION ET STATIONNEMENT
L'affluence sur la RN 2 dans le Grand-Brûlé et à ses abords imposent la vigilance. Attention aux piétons en bordure de chaussée. Ne stationnez pas à cheval sur les voies de circulation, pour ne pas gêner le croisement des autres véhicules et permettre l'accès des services d'urgence.


AFFLUENCE HIER APRÈS-MIDI À LA VIERGE PARASOL POUR ASSISTER AU SPECTACLE DES COULÉES

Du monde au balcon

Les amoureux du volcan, les touristes et les promeneurs du dimanche, peu nombreux aux environs de midi, ont afflué dans l'après-midi à la Vierge au parasol et à l'orée de la coulée de 1998 pour admirer de loin, ou de très près pour les plus téméraires, les ruisseaux sanguinolents chutant de la plaine des Osmondes.

Hier à midi et demi, une vingtaine de véhicules stationnaient de part et d'autre de la nationale à la hauteur de la coulée de 1998. A 15 h, leur nombre approchait la soixantaine mais il ne devait pas y en avoir moins de 250 à 300, à en juger par la cohorte de voitures alignées les unes derrière les autres en bord de route et sur les parkings du site de la Vierge au Parasol. Leurs conducteurs et passagers sont restés pour la grande majorité d'entre eux à l'orée de la route, yeux tendus vers les saignées qu'on aurait dit tout droit tombées du plafond nuageux, bas, gris et lourd.
"C'est pas évident d'évaluer la distance de la coulée depuis la route", confessait un touriste métropolitain.

"ON VOIT L'ESSENCE DE CE QUI VA ÊTRE..."

Trop loin pour Edmée et André, venus tout exprès de Sainte-Suzanne avec leurs enfants, Donovan, 5 ans et demi et Brian, 2 ans et demi. A l'instar d'autres familles plus ou moins nombreuses, pas vraiment équipées pour le crapahutage sur gratons au long cours, Edmée et André ont préféré - avec raison - suivre d'en bas la progression de la lave trahie par un chapelet de fumées, la végétation en feu.
Certains - des "inconscients" diront des gendarmes de l'escadron de gendarmes mobiles de Chatellerault venu renforcer les effectifs départementaux - n'ont pas hésité à remonter le fleuve asséché de la coulée de 1998. Sur le boulevard noir et hirsute d'arbustes et de fougères malingres, leurs silhouettes blanches se distinguaient parfaitement.
Selon le capitaine Bonnet de la compagnie de Saint-Benoît, qui a effectué une reconnaissance aux environs de 17 h 30, une quarantaine de personnes - certaines chaussées de simples claquettes - se trouvaient à proximité de la coulée faisant fi de toute prévention et de l'arrêté d'interdiction d'emprunter le sentier de la Cage aux Lions.
Maryvonne, une touriste séjournant dans le département depuis le 19 décembre, n'aurait raté le spectacle pour rien au monde. "Je suis venue l'an dernier à peu près à la même époque mais je n'avais pas pu vraiment voir l'éruption alors ce coup-ci, j'en profite", glissait-elle avant de s'élancer à l'assaut des pentes, camescope en bandoulière. Beaucoup plus familiers du terrain qu'ils arpentent assidument, Stephen et Sandrine ont déplié leur carte d'état-major et fait le point, avant de se mettre en branle. Ils se sont déjà rendus par deux fois sur le Nez coupé de Sainte-Rose pour assister à l'éruption, avant et après l'interdiction.
"Contrairement à juillet 2001, le vent vient du Sud-Sud-Est ce qui a pour effet de pousser les nuages. On discerne donc bien les coulées. Nous qui sommes membres de l'association française de paléontologie et de minéralogie apprécions de nous retrouver dans ce qui est un laboratoire vivant. Quand on se rend sur place nous sommes à même de voir l'essence de ce qui va être...", expliquait rêveusement Stephen qui "a connu l'éruption de Montserrat en direct" et dit avoir chassé bon nombre de cyclones dans l'arc caribéen.

PAS DE COUPURE AVANT LA MI-JOURNÉE

Hier, les promeneurs amoureux transis du volcan et de ses sautes d'humeur sanguines avaient bien des façons de décrire leur joie et de faire leur cour. "C'est marizoli !", s'exclamait un groupe de touristes mauriciens en usant, disaient-ils, d'une expression en vogue dans l'île sœur depuis les années 1980. La passion atteint parfois des extrémités. Gilette, qui avait fait la route depuis Saint-Denis et marchait cahin-caha en direction des coulées annonçait hier après-midi son intention de repartir vers le chef-lieu afin de s'équiper en prévision d'un périple nocturne. Beaucoup ont tenu hier à assister au son et lumière offert par la Fournaise.
"Ça coule bien en haut mais la lave est freinée par le relief et la végétation", expliquait hier le capitaine Bonnet. A en croire le militaire, la route ne devrait pas être coupée - sauf accélération notable - avant la mi-journée, aujourd'hui. Hier soir, en prévision de l'affluence, un dispositif de surveillance a été activé comprenant une patrouille en voiture et en moto et une dizaine de gendarmes mobiles, pour le coup... en poste fixe.

Textes et photos : Alain Dupuis et François Martel-Asselin / Philippe Linquette








REPÈRES

• RAPPEL
- L'alerte 2 (éruption en cours) est en vigueur.
- L'accès à l'enclos du volcan est autorisé (seulement le sentier du sommet, qui mène aux cratères Bory et Dolomieu).
- L'accès au piton de Partage et au Nez coupé de Sainte-Rose est interdit (risques d'effondrement et de fissuration)

• UNE NOUVELLE INTERDICTION
- le sentier de la "Cage au lion", qui remonte au Nez coupé de Sainte-Rose et vers le volcan, au départ d'Ilet Leroux, sur la RN 2, est interdit depuis hier puisqu'il longe parfois le rempart de Bois-Blanc et se trouve très exposé. En août 1998, une portion a été emportée par un éboulement. L'ouverture de nouvelles fissures éruptives le coupant n'est pas à exclure.



GROS PLAN

Bois-Blanc a eu chaud ... cette fois-ci

L'ouverture d'une nouvelle fissure éruptive dans le rempart nord de l'enclos du volcan, une semaine exactement après le début de l'éruption, conforte les scientifiques dans leurs impressions premières. La longue crise sismique du 5 janvier (plus de 6 heures), qui a précédé la sortie d'un magma ayant migré au fil des heures vers le nord - nord-est du piton de la Fournaise, laissait préfigurer ce rebondissement : alors que l'éruption semblait moribonde, il s'en est est fallu de peu samedi soir pour que la nouvelle phase d'activité démarre hors enclos, dans les hauts du village de Bois-Blanc.
Un survol a permis de décrire une fissure de petite dimension (3 mètres !), située vers l'extrémité est de la plaine des Osmondes, à 250 m du piton de Jouvancourt, vers 1050 mètres d'altitude. Les premiers prélèvements effectués hier après-midi par Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, ont révélé une très lave riche en olivine, beaucoup plus que celle de la deuxième coulée de juillet qui avait traversé la route nationale 2, révélatrice sans doute d'une provenance beaucoup plus profonde que les éruptions classiques.
A la réactivation soutenue du trémor de l'éruption, à partir de vendredi, s'est ajoutée l'apparition d'une sismicité profonde (quelques événements à 4 km sous le niveau de la mer, à l'aplomb de l'éruption, ce qui est notable) et, hier soir, plusieurs séismes ont même été enregistrés sous le sommet (1 km au-dessus du niveau de la mer) dans un court laps de temps, s'ajoutant à ceux dénombrés quotidiennement.
Autrement dit, selon l'observatoire volcanologique, nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises et les éléments en sa possession permettent toujours de croire à l'hypothèse d'une véritable éruption hors enclos à venir.