Retour...

ARTICLE DU 11/01/02
Cinq heures de marche parfois difficile pour... "pas grand-chose". La décision prise, mercredi soir, au retour d'une expédition de reconnaissance sous la houlette du sous-préfet Guy Mascrès (notre édition d'hier) n'aura donc surpris personne. L'itinéraire menant au point d'observation de l'éruption ne sera pas ouvert au public. Circulez, y'a plus rien à voir !

Reconnaissance, mercredi soir, d'un itinéraire menant à l'éruption

Le sentier du désespoir


Pantalon de treillis, sac à dos vert kaki, parka et rangers aux pieds, Guy Mascrès, sous-préfet de Saint-Benoît, annonce la couleur avant de mettre sa troupe en marche : "Le chemin comporte un premier tiers facile, puis des passages plus compliqués sur les coulées de 1998 et 2000 et une pente plus importante sur la fin. Faites attention, il y a des risques de chute. Et qui dit chute... dit blessure". La vingtaine de marcheurs qui compose le groupe est prévenue. Dernière vérification des équipements. "Allez, direction l'éruption !", lance énergiquement le sous-préfet.
Il est 17h20, représentants de l'ONF, de la sécurité civile, des pompiers, de la Maison de la montagne, journalistes et accompagnateurs de randonnée entament la longue descente vers l'enclos, solidement encadrés par quelques gendarmes du peloton de haute montagne et quatre militaires du 2e RPIMa.

JEU DU PETIT-POUCET
L'expédition de reconnaissance organisée par la préfecture doit permettre de vérifier la praticabilité de l'itinéraire balisé la veille et le matin même par l'ONF. Un balisage de plus de 4 km réalisé sur deux jours en raison des mauvaises conditions météo. "Du bon boulot", souligne Jean-Luc Dunoyer, directeur adjoint de l'ONF. L'opération aura mobilisé cinq personnes. Cinq agents de l'ONF qui, armés de pinceau et de pots de peinture, ont marqué la piste de milliers de pointillés de peinture blanche, espacés de deux à trois mètres. Bref, "c'est un peu comme dans le Petit-Poucet", observe Jean-Luc Dunoyer.
Le groupe, qui longe maintenant le rempart de l'enclos, n'a d'ailleurs aucune difficulté à suivre l'itinéraire. Le ciel est complètement dégagé. Au loin, l'immense masse noire du volcan domine l'enclos. Jeux de lumière sur le sol ondulé par les laves cordées. Le spectacle est superbe, l'ambiance bon enfant et l'expédition prend des airs de balade. Mais les difficultés ne tardent pas. Après quarante minutes de marche, les premiers gratons dissimulés sous les branles obligent le groupe à ralentir l'allure. Glissades et petites chutes sans gravités rythment la marche. Puis il faut emprunter les anciennes coulées de 1998 et 2000. La lave craque sous les pieds des randonneurs. Les chaussures se coincent dans l'enchevêtrement des blocs. Sur les hauteurs des remparts, le Nez coupé de Sainte-Rose surgit entre deux nuages. Les premières odeurs de soufre emplissent l'atmosphère. Encore quelques centaines de mètres...

SPECTACLE DÉCEVANT

Il est 19h lorsque le groupe atteint, après 1 h 45 de marche, la plate-forme d'observation délimitée par l'ONF. Une faible lueur rougeoyante est encore visible dans l'une des fissures éruptives, à 200 ou 300 mètres. Des émanations gazeuses arrivent par petites bouffées. Le reste du spectacle n'offre que quelques fumerolles, vestiges de l'éruption.
Déception sur tous les visages. Et impossibilité de s'approcher plus près. "Le risque est dément, prévient Jean-Luc Dunoyer, directeur adjoint de l'ONF. Au bord de la faille, les scories sont poussiéreuses et il y a des risques importants de chute". Une pancarte a été plantée pour signifier l'interdiction. Mais comment être sûr que les gens n'essaieront pas de s'approcher de la fissure ? L'heure n'est pas aux suppositions. Téléphone portable à la main, Guy Mascres est en ligne avec l'observatoire pour se faire confirmer la faible activité sismique constatée. "Rien de changé", commente simplement le sous-préfet.
A la nuit tombante, le spectacle gagne un peu en intensité. Mais rien de comparable avec les premières images de l'éruption. L'heure du retour sonne donc sans amertume. Lampe frontale et coupe-vent sur le dos, la vingtaine de marcheurs se remet doucement en route. Le trajet dans la pénombre, avec près de 450 mètres de dénivelé, est un peu moins facile. Georges, le chauffeur du sous-préfet, en fait rapidement les frais. Douleurs aux hanches, crampes, le groupe multiplie les pauses pour lui permettre de souffler. Et atteint finalement le Pas de Bellecombe vers 22h30.
A peine franchi le panneau "enclos interdit" qui bloque l'accès à l'escalier, un groupe de randonneurs clandestins vient aux informations. "Ils sont plus d'une centaine ce soir", précise le gendarme, en faction à quelques centaines de mètres de là. Habillés de vêtements légers et équipés d'un seul sac à dos pour quatre, on se demande ce qu'ils peuvent bien faire ici. Sûrement pas de la randonnée de nuit. Quoique...
A 23h, sous la tente du PC des pompiers, Guy Mascrès organise un rapide debriefing avec les participants de l'expédition. Chacun y va de sa petite analyse sur la praticabilité et les risques du sentier. Et tous soulignent que l'itinéraire n'a plus guère d'intérêt "vu la médiocrité du spectacle à l'arrivée".
La décision ne tarde pas : l'enclos restera fermé jusqu'à nouvel ordre, tout comme le sentier du piton de Partage. "Je suis extrêment déçu, mais nous avons tout essayé pour faire quelque chose", conclut le sous-préfet. Sans doute. En attendant, les agents de l'ONF sont redescendus hier matin dans l'enclos pour effacer le sentier si difficilement tracé.

Textes et photos : J-B.B.B