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ARTICLE DU 08/01/02
L'éruption qui a commencé samedi va-t-elle durer ? L'importante baisse d'activité enregistrée dès dimanche soir s'est encore accentuée hier, selon l'observatoire volcanologique. La préfecture étudie pour sa part le balisage d'un sentier vers le site des cratères.

Après deux jours d'éruption, le trémor a beaucoup baissé même si l'observatoire contine d'enregistrer des séismes

La Fournaise s'essouffle


Après avoir débuté en fanfare, vendredi à 23 h, la première éruption de l'année donnerait de sérieux signes de faiblesse. Sur les quatre fissures situées à environ quatre cents mètres du Nez coupé de Sainte-Rose, trois se sont déjà éteintes. Les laves continuent pourtant à faire leur petit bonhomme de chemin dans les Grandes pentes qu'elles dévalent. Leur traversée de la plaine des Osmondes se révèle plus laborieuse et même si leurs lueurs ont été aperçues depuis la route nationale 2, dans le Grand-Brûlé, elles n'avaient pas franchi hier soir le dernier ressaut qui les mettrait à portée de vue du public.
De toute manière, contrastant avec l'incroyable journée de dimanche, la météo s'est progressivement dégradée au cours de la journée d'hier. Les nuages ont envahi l'enclos du piton de la Fournaise en remontant vers son sommet. La reconnaissance aérienne entreprise hier matin par la gendarmerie n'a pas abouti puisqu'il a été impossible de localiser le front de coulée, la plaine des Osmondes disparaissant sous une couverture blanche, avec des trouées insuffisantes pour une observation sans risques.
La baisse du trémor constatée par l'observatoire volcanologique a au moins le mérite de permettre aux scientifiques de mieux lire les enregistrements sismiques : les soubresauts du volcan sont désormais plus faciles à interpréter grâce à l'atténuation du "bruit de fond" généré par l'écoulement de la lave. Car c'est bien là la question : comment l'activité va-t-elle évoluer ?
Avec l'énorme quantité d'énergie mise en jeu au cours de la crise de plus de six heures qui a précédé la sortie du magma (300 séismes dans les deux premières heures), il paraît peu probable, de l'avis des chercheurs du piton de la Fournaise, que l'activité actuelle se limite à cette éruption pour l'instant relativement modeste.

VIGILANCE ACCRUE

"Je suis convaincue de la possibilité d'une ouverture hors enclos", explique Valérie Ferrazzini, sismologue à l'observatoire, poursuivant sur l'hypothèse émise dès samedi après-midi.
La durée de la crise, le déplacement progressif de la sismicité et des déformations visualisé sur les écrans d'ordinateur, trahissant la migration latérale du magma dans le rift nord du volcan, puis l'ouverture des fissures au pied du Nez coupé de Sainte-Rose... forment un ensemble d'indices favorables selon elle.
D'autant que le réseau de capteurs continue donc à détecter quelques séismes. Un phénomène au demeurant étrange : "La poursuite de l'activité sismique durant les éruptions constitue un élément nouveau car nous ne l'avions jamais observé avant l'éruption de mars 1998", continue la scientifique. C'est d'ailleurs dans ces conditions qu'a débuté l'éruption du cratère Fred-Hudson, trois jours après celle du piton Kapor.
Les rapprochements effectués avec la situation de 1977, lorsque les fissures éruptives avaient franchi le rempart de Bois-Blanc pour trouver leur prolongement naturel en dehors de l'enclos en profitant de l'axe de faiblesse du volcan, invitent l'observatoire à une vigilance accrue depuis ce week-end. La zone du Nez coupé de Sainte-Rose, déjà très fracturée et peu encline donc à offrir de la résistance, pourrait permettre au magma de s'infiltrer "silencieusement" comme disent les volcanologues. Ainsi la sortie des coulées hors enclos d'août 1998, rappelle Valérie Ferrazzini, n'avait pas été détectée par les sismomètres !
La proximité de l'éruption actuelle par rapport au rempart incite à ne pas écarter l'éventualité d'un tel événement, dont on sait qu'il s'était produit, en 1977, quelques heures après la fin de la phase d'activité dans l'enclos. Cette dernière, localisée dans le même secteur, avait duré quarante-huit heures à peine. Moins de deux jours plus tard, les premières fissures déchiraient le sol vers 1000 mètres d'altitude dans les hauts du village de Bois-Blanc. Le début d'une éruption qui allait tenir Sainte-Rose et toute la Réunion en haleine pendant plus de dix jours.
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HÉLICOPTÈRES, AVIONS, ULM : VOLS AU-DESSUS D'UN VOLCAN

Quand la magie du volcan opère à terre, qu'en est-il dans les airs ? Les derniers caprices du piton de la Fournaise auraient pu saturer les circuits touristiques invitant à survoler l'Île. Vent de folie effectivement hier matin aux standards des héliports de l'Hermitage et de Saint-Paul : "Dimanche, nous n'avons pas noté de réactions particulières de la part du public mais ce matin le téléphone n'a pas arrêté de sonner !", explique-t-on à Héli-Réunion. "En une matinée, nous avons rempli trois vols pour demain matin !". Même frénésie chez Hélilagon chez qui le nombre d'appels téléphoniques était deux fois supérieur à la moyenne.
Touristes et locaux ont répondu à l'appel du volcan et se sont rapidement renseignés sur les différentes possibilités de survoler l'île. Cependant, la curiosité s'est assez souvent limitée à une demande d'informations concernant le programme général des vols et les différents tarifs appliqués par les professionnels, dans l'ensemble assez élevés (environ 220 euros en hélicoptère, 157 euros en ULM).
Si le Piton offre actuellement un spectacle exceptionnel, le programme "spécial volcan" proposé par l'ensemble des prestataires n'est pas le premier retenu. Quitte à prendre de l'altitude, la clientèle préfère opter pour un tour complet de l'Île plutôt que de se limiter au volcan seul. Les héliports notent quand même une légère hausse des réservations. Côté aéro-clubs, rien de particulier n'est à signaler, nous affirme-t-on.
"Les passagers du vent", qui proposent plusieurs circuits en ULM parmi lesquels le survol du volcan au départ de la nouvelle base de Cambaie, considèrent quant à eux cette éruption comme une aubaine. Les chanceux ont effectué quatre vols au-dessus du volcan hier matin et en prévoient quatre autres aujourd'hui (dont deux pour le tour complet de l'île).
En dépit de l'actualité, l'ensemble des prestataires a conservé son programme habituel. Aucun vol supplémentaire, aucun circuit spécifique n'ont été ajouté.

François Martel-Asselin / B.L.




REPÈRES

• UN BALISAGE VERTS L'ÉRUPTION À L'ÉTUDE
Si la météo le permet, l'Office national des forêts et le Peloton de gendarmerie de haute montagne devraient entreprendre aujourd'hui une reconnaissance dans l'enclos en vue d'offrir dans les tout prochains jours au public un itinéraire vers l'éruption. Restera à réaliser le pancartage, le marquage au sol, et l'aménagement du site d'observation retenu.
Si l'évolution de l'activité permet la réouverture de l'enclos, selon la formule consacrée, encore faut-il souhaiter qu'elle ne tire pas à sa fin trop vite et que ces efforts ne soient pas déployés en vain.
L'itinéraire (testé dimanche par le Journal de l'île) est en tout cas beaucoup moins ardu que celui menant aux dernières éruptions.

• RAPPEL
L'accès à l'enclos du volcan reste interdit de même que le sentier qui mène au piton de Partage et au Nez coupé de Sainte-Rose.