ARTICLE DU 07/01/02
Les habitants des bourgs susceptibles d'être atteints par des coulées de lave ne montraient, hier, pratiquement aucun signe d'inquiétude face à la préoccupation pourtant manifestée par les autorités. Habitués aux caprices du volcan, ils considèrent tout simplement le scénario de 1977 comme l'exception qui confirme la règle.
Vu de Sainte-Rose
Sérénité au pied du volcan

Le sous-préfet de Saint-Benoît, Guy Mascrès, le déclarait hier matin et le maire de Sainte-Rose, Bruno Mamindy-Pajany, le confirmait hier soir : "Les habitants de Sainte-Rose, Bois-Blanc et Piton Sainte-Rose n'ont pas lieu d'être inquiets pour l'instant. La coulée de lave se limite à l'enclos même si les scientifiques n'excluent pas qu'elle se propage au-delà. "
Habitués, les habitants des bourgs susceptibles d'être atteints par les coulées de lave ne montraient donc aucun signe de panique ou d'angoisse, pendant la journée de dimanche.
"Nous sommes habitués, explique Jean-René Alzi, qui vit à Bois-Blanc, tout près de la sortie de l'enclos. La dernière fois (ndlr : en 1977), la coulée de lave s'est arrêtée à 500 mètres au-dessus de chez nous et elle a dévié sa trajectoire vers Piton Sainte-Rose. Nous ne sommes pas inquiets du tout", ajoute-t-il.
"ON A L'HABITUDE"
Même sentiment de sérénité chez Daniel, qui habite Piton Sainte-Rose avec sa femme et ses trois enfants. "Jusqu'où ira la lave, c'est l'affaire du Bon Dieu, déclare-t-il. Nous, nous écoutons les informations et nous savons simplement qu'il n'y a pas de risques pour l'instant. Sur le nombre de fois où la lave s'écoule, il est très rare qu'elle atteigne la route", rappelle-t-il.
"On a l'habitude confirme Jérôme K'Bidi, 17 ans, qui réside à Bois-Blanc. On sait que quand on entend les hélicos et que l'on voit de nombreux va-et-vient de voitures de gendarmes, le volcan est en éruption. S'il y a un problème, on ira loger dans la famille. Bon, ça fait quand même un peu peur d'imaginer ça mais on ne peut rien faire. Pendant la dernière éruption qui nous a menacé (ndlr : les petites coulées hors enclos de 1998), tout le village discutait dans le chemin. Mais tant que les coulées restent dans l'enclos, on ne s'inquiète pas. " Seuls les habitants qui ont vécu les frayeurs de 1977 savent combien l'éruption est imprévisible.
"J'ai peur à l'idée que la situation de 1977 se reproduise, explique Me Grondin, qui vivait déjà à Bois-Blanc à l'époque. Nous avions dû nous réfugier dans l'école du Piton. A notre retour, il n'y avait plus de chemin. Quand je me lève, le matin, vers 4 heures, j'ai toujours peur quand je vois que c'est rouge, en haut du Piton, comme en ce moment. "
Mais tout le monde ne levait pas la tête vers le piton de la Fournaise, hier. Sur le site de la Vierge au Parasol, les mêmes promeneurs dominicaux qu'à l'accoutumée, pas tous au courant encore que le volcan était entré en éruption la veille.
Seul un groupe de quelques jeunes semblait venu pour tenter d'observer le phénomène.
"J'ai téléphoné à la Maison de la montagne, hier, et l'on m'a expliqué qu'il fallait se rendre à la Vierge au Parasol pour observer l'éruption", explique Paul-Yann.
Mais déception, rien n'était visible du site pendant toute la journée. Les nuages n'ont pas laissé entrevoir quoi que ce soit aux jeunes, qui ne se sont pas découragés pour autant : "On ne voit rien pour l'instant mais on va attendre la nuit, les nuages vont peut-être dégager, affirme Pierrot. J'ai hâte de voir ce que ça va donner. De toute façon, dès que l'enclos rouvre, on monte", conclut-il.
S.D
