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ARTICLE DU 06/01/02

L'éruption qui a débuté à 23 h, hier soir, après plus de six heures de crise sismique, a en quelque sorte soulagé les autorités qui n'excluaient pas, au vu des informations en provenance de l'observatoire volcanologique, le risque d'une éruption hors enclos, dans les hauts de Sainte-Rose. Mais cette éventualité n'était pas encore totalement écartée dans la nuit.

Le volcan en éruption

La réunion tenue en urgence à la sous-préfecture de Saint-Benoît tard hier soir traduisait bien une certaine préoccupation. Confronté à une interminable crise sismique qui durait depuis plusieurs heures déjà, le sous-préfet Guy Mascrès tenait à s'assurer que tous les services - gendarmerie, DDE, mairie de Sainte-Rose notamment - étaient bien prêts à faire face au risque d'une éruption survenant dans les hauts de la commune. Autrement dit à une éruption hors enclos, comme il s'en est déjà produit en 1977 à Piton Sainte-Rose, un événement comme il ne s'en produit pas plus d'une à deux fois par siècle.
Au dixième jour de cette nouvelle phase de pré-alerte au piton de la Fournaise, la crise qui a commencé à 16 h 37 n'a en effet débouché qu'à 23 h sur l'éruption attendue maintenant depuis plusieurs mois (lire par ailleurs). En deux heures, l'observatoire volcanologique enregistre 300 séismes, dont certains sont ressentis par la station de Cilaos, et des déformations concentrées sous le sommet du volcan.

Survol de la gendarmerie

L'hélicoptère de la gendarmerie nationale, avec des hommes du peloton de haute montagne à bord, survole l'enclos pour vérifier l'éventuelle présence de touristes.
Au fil des minutes, ces séismes et ces déformations commencent à migrer vers le nord - nord-est, en direction du Nez coupé de Sainte-Rose, signe tangible d'une progression du magma dans cette zone très fracturée.
Pour les scientifiques, cette situation inhabituelle présente tous les risques d'une éruption hors enclos. Pourtant, à 23 h, la lave jaillit... dans l'enclos. Quatre fontaines de lave sont visibles à la limite de la rupture de pente qui surplombe la plaine des Osmondes, vers 1850 mètres d'altitude. Elles illuminent largement le rempart du Nez coupé de Sainte-Rose, dont elles ne sont pas éloignées de plus de 400 mètres environ. De la Vierge au Parasol, les coulées n'étaient pas visibles hier soir, en raison du plafond huageux assez bas.
A 1 h du matin, autorités et scientifiques demeuraient dans l'expectative, guettant tout signe d'évolution de l'activité puisqu'une certaine sismicité persistait.

La huitième éruption en 29 mois !

Faisant suite à l'éruption du siècle de 1998, qui a duré plus de six mois entre mars et septembre, les éruptions se succèdent depuis tous les deux à six mois.

- 19 juillet 1999 : dix mois après "l'éruption du siècle". Brèves fontaines de lave au fond du cratère Dolomieu sur une fissure qui se prolonge sur son flanc est-sud-est. L'éruption s'achève au bout de treize jours, le 31 juillet.

- 28 septembre 1999 (cratère Dupavillon) : deux mois plus tard, des fontaines de lave jaillissent brièvement du fond du Dolomieu. Le 8 octobre, un nouveau point de sortie apparaît dans le sud de l'enclos. L'activité près du sommet cesse au bout de vingt-six jours, le 23 octobre.

- 14 février 2000 (cratères Célimène et Legros) : trois mois et demi après la fin de la précédente éruption, deux fissures s'ouvrent sur le flanc nord du cône terminal de la Fournaise alors qu'approche la forte tempête tropicale Eline. Un cône de taille importante se forme à côté d'un autre plus petit. L'éruption s'achève le 4 mars, après vingt jours d'activité.

- 23 juin 2000 (piton Pârvédi) : deuxième éruption de l'année, trois mois et demi après la fin de la précédente, au sud-est du pied du cône terminal du volcan.
Les coulées vont descendre jusqu'à quatre cents mètres d'altitude, soit à deux kilomètres de la route nationale 2. Le 30 juillet, l'éruption s'achève, après trente-sept jours d'activité.

- 12 octobre 2000 (piton Morgabim) : dernière éruption du siècle et du millénaire. Installée vers 1950 mètres d'altitude, un peu au-dessus de la précédente, ses coulées vont très vite s'approcher à moins de deux kilomètres de la route nationale 2.
Après une apothéose finale, au caractère spectaculaire exceptionnel, l'éruption cesse brutalement le 13 novembre, après trente-trois jours d'activité.

- 27 mars 2001 (piton Tourkal) : première éruption du siècle et du troisième millénaire, localisée tout près et au nord de la précédente. Précédée d'une phase de préalerte d'une durée inhabituelle (un mois) entrecoupée de deux mini-crises, elle prend fin au bout d'une semaine. Malgré d'importantes recherches, on n'a trouvé aucune trace d'un randonneur vu sur les coulées le 2 avril et porté disparu depuis.

- 11 juin 2001 (piton Madoré) : quatrième éruption successive sur le flanc sud-est. Un cône prend forme à 1800 mètres d'altitude. Après trois semaines d'activité, trémor et sismicité augmentent.
Deux coulées parviennent à la route nationale 2, qu'elle coupent sans atteindre la mer, les 6 et 7 juillet, jour où l'éruption cesse brutalement, en moins d'une minute !

François Martel-Asselin


D 'ou voir ?

L'accès à l'enclos est interdit depuis samedi 18 h 30, heure à laquelle l'alerte d'éruption imminente a été déclenchée. Hier soir, l'éruption était visible depuis le piton de Partage (40 minutes - 1 h de marche aller-retour facile). Nul doute que depuis le Nez coupé de Sainte-Rose, en continuant à longer le rempart, le spectacle devait être très beau (marche plus difficile (environ 3-4 h aller-retour, avec dénivelé de 300 m au retour).



Repères
L 'observatoire en alerte depuis le mois d'août

- Fin août : moins de deux mois après la fin de l'éruption du piton Madoré, dont les coulées ont atteint la route nationale 2 les 6 et 7 juillet, premiers frémissements du piton de la Fournaise.
- Septembre : une activité sismique discrète s'installe.
- 1er octobre : début de dix semaines de préalerte : le seuil d'une vingtaine de séismes quotidiens étant atteint, la préfecture active la phase de préalerte. Le 5 novembre : première crise sismique sérieuse ... qui cesse brusquement après une soixantaine d'événements en cinquante minutes. Néanmoins, l'alerte n° 1 d'éruption imminente est activée et l'enclos du volcan interdit. Il rouvre le 8 novembre. Le gonflement du massif du volcan se poursuit au cours des semaines suivantes, accompagné d'une sismicité importante : entre 30 et 50 séismes quotidiens. Le 29 novembre, nouvelle crise sismique avec 90 événements en vingt-trois minutes avant un retour au calme. Comme la première fois, la préfecture active l'alerte n° 1 d'éruption imminente et ferme l'enclos. Lorsqu'il rouvre, le 3 décembre, la sismicité n'a pas vraiment repris. La préalerte est levée le 7 décembre.
- Décembre : le piton de la Fournaise marque le pas. Sismicité quasi nulle. Les inclinomètres stagnent, indiquant l'absence de gonflement du volcan. En revanche, l'extensomètre qui mesure une fissure à la station cratère Magne (nord de l'enclos) continue de progresser.
- 27 décembre : une nouvelle période de préalerte débute. La veille, la sismicité a repris brusquement, avec une trentaine d'événements en 36 heures. Une crise sismique de 24 minutes, samedi dernier 29 décembre, reste sans suite.
- 5 janvier 2002, 23 h : éruption.