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  ARTICLE DU 03/03/1998 
Le volcan de toutes les surprises 

Chronologie du piton de la fournaise


1972-1973

Cette période d'une douzaine de mois, qui arrive après six années de sommeil du volcan, est marquée par treize phases d'activité ! Le 9 juin, le soudain réveil de la Fournaise surprend la population comme les autorités. A l'époque, aucun moyen de surveillance n'existe puisque l'observatoire verra le jour en 1979 seulement. Mais le volcan se rendort quarante-huit heures plus tard, dans la nuit du 10 au 11 juin. Fausse alerte ? Non : simple répétition ! Il n'avait ouvert qu'un il avant de sortir pour de bon de sa torpeur. Vers le 25 juillet (personne ne semble savoir quand a véritablement commencé l'éruption), le feu d'artifice commence pour de bon. Les coulées se stabilisent à 1 050 mètres d'altitude, dans les Grandes pentes, le 17 août. Hélas, la fête sauvage est endeuillée : trois marcheurs qui s'étaient rendus sur le site de l'éruption, situé loin en contrebas du volcan, en direction du Piton de Crac, ne parviendront pas à regagner le Pas de Bellecombe. Epuisés par la remontée, vaincus par le brouillard, la pluie et le froid de l'hiver austral à plus de 2 000 mètres d'altitude, ils succombent avant qu'on ne puisse les sauver. Jusqu'au 28 mai 1973, les éruptions vont s'enchaîner: treize épisodes au total, d'une durée variant entre 24 heures et plus de trois semaines. Naissent au fil des mois de nombreux cônes de scories (appelés improprement "cratères", mais l'usage local en a décidé ainsi !) immortalisés depuis sur les cartes de l'Institut géographique national. Le Gros Bénard (du nom du photographe), le Parfait, le cratère de Villèle, la mare de lave, mais aussi Magne (du nom d'une des victimes du volcan d'août 72, retrouvée non loin du futur cratère) viennent enrichir la toponymie 

1975-1976

Vingt-neuf mois de repos succèdent à cette période faste. Tout le monde souffle avant les neuf épisodes qui vont se succéder en l'espace d'un an très exactement. Le 4 novembre, l'activité démarre dans le fond du cratère Dolomieu et dans le Bory où elle reste confinée durant deux semaines. Après quoi la Fournaise s'offre un éternuement de quelques heures avant de reprendre du service pour de bon. A partir du 19 décembre, tunnels de lave, coulées fluides, descente des Grandes pentes. Le spectacle se déroule malheureusement dans la partie sud de l'enclos, jusque vers le pied du Nez coupé du Tremblet. Une zone hostile, à de trop nombreuses heures de marche du Pas de Bellecombe pour que le spectacle puisse s'offrir à tous. De surcroît, une pluie incessante tombe en cet été austral. Le volcanologue Maurice Krafft raconte en détail (Volcans du monde, L'Odyssée/Flammarion) les conditions dans lesquelles il a vécu et travaillé plusieurs semaines dans l'enclos du volcan pour filmer et photographier cette éruption. Sont apparus au fil des mois le Gérente (du nom du cinéaste et observateur du volcan), le Langlois, le Bonnet, le cratère du Passage, noms imagés, silhouettes familières à ceux qui ont osé parcourir les espaces vierges du sud de l'enclos. Ils témoignent aujourd'hui silencieusement des épisodes éruptifs successifs, jalons minéraux à découvrir dans la descente vers la mer. La route nationale 2 garde encore aujourd'hui une trace de leurs effusions: le 27 janvier 1976, à 22h15, une coulée engloutit le bitume sur trois cents mètres de largeur. Trois jours plus tard, elle s'arrête à 300 mètres du bord de la mer après avoir dévoré la forêt. Il faudra par la suite creuser une tranchée dans la coulée pour reconstruire la route en surplomb de laquelle une plate-forme d'observation dotée d'un point d'information a été aménagée. 

1977

La Maison du volcan a largement retracé l'an dernier, dans une exposition organisée à l'occasion du vingtième anniversaire de cette éruption hors normes, les événements qui ont marqué à jamais le petit village de Piton Sainte-Rose. Cette fois, le volcan "saute le rempart" et coule "hors enclos" en dehors de son enceinte naturelle, menaçant des zones habitées habituellement à l'abri de ses colères. Entre le 9 et le 15 avril 1977, des coulées d'une fluidité inhabituelle engloutissant forêt, terres agricoles, une partie de la localité (une douzaine de maisons, gendarmerie, église) et imposent l'évacuation de 2 500 habitants. La lave atteint la mer qu'elle agrandit de trois hectares de "terres" nouvelles. S'appuyant sur l'analyse des laves de cette éruption - cent millions de mètres cubes au total, peut-être seulement la moitié selon des estimations revues à la baisse - les scientifiques estiment que le réservoir de la Fournaise s'est vidé. Comme tous les promeneurs l'ont sans doute remarqué, le sable noir des "plages" de Piton Sainte-Rose est constellé d'innombrables cristaux verdâtres d'olivine. Or, ces cristaux qui s'accumulent - en raison de leur lourdeur - dans le fond du réservoir magmatique ont été drainés par l'éruption dont l'une des phases s'est déclarée à une altitude peu élevée: guère plus de 500 mètres. Le 24 octobre, six mois plus tard, nouvelle éruption, dans l'enclos cette fois. Les coulées s'arrêtent à 1,5 km de la route après plus de trois semaines d'activité. 

1979

Suit une période de "vaches maigres" de plus de dix-huit mois jusqu'à ces deux coups d'éclat des 28 mai et 13 juillet, dont la durée ne dépasse pas 12 à 24 heures ! Le répit se prolonge tandis que l'observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise, sous la houlette de son premier responsable, Xavier Lalanne, prend ses quartiers à Bourg-Murat (27e kilomètres, Plaine-des-Cafres) en cette fin d'année. 

1981

Victoire pour les scientifiques: après dix-sept mois de calme total, ils enregistrent le 23 janvier leurs premiers séismes annonciateurs d'une éruption et un gonflement du sommet du volcan. L'éruption survient le 3 février au soir (cratère Julien). Pour la première fois à la Réunion, on a pu annoncer le déclencement d'un tel événement et sa localisation. En même temps que cette phase s'achève, le 25 février, une autre démarre qui se termine le 30 mars. Enfin, dès le surlendemain 1er avril, peu avant 22 h, une troisième phase prend le relais dans les Grandes pentes. L'observatoire, pourvu d'une équipe réduite, n'en demandait pas tant pour un coup d'essai. Dans un élan d'enthousiasme, le Quotidien de la Réunion, lui, annonce à la une de l'édition du lendemain: "Le volcan coule hors enclos" ! Il n'en est évidemment rien. Les coulées s'arrêteront le 4 mai en n'ayant jamais menacé ne serait-ce que la route. 

1983-1984

Après deux ans et demi de repos, les scientifiques enregistrent une nouvelle crise qui aboutit le 4 décembre. L'éruption dure jusqu'à la mi-janvier et fait indirectement une victime : de nuit, un Portois de 29 ans trébuche au bord du cratère Bory dans lequel il effectue un plongeon mortel. Une nouvelle phase prend le relais le 18 janvier, caractérisée par de spectaculaires fontaines de lave. Se forment des "cheveux de Pélé" (du nom de la déesse hawaiienne des volcans), goutelettes de lave étirées par le vent, violent. Les ténus fils de verre dorés envahissent les hauts du Tampon, contaminant réserves d'eau et pâturages: les animaux qui les ingèrent en même temps que leur nourriture risquent des perforations intestinales mortelles. Heureusement, des pluies violentes surviendront à point pour lessiver les étendues herbeuses. Fin de l'éruption le 18 février. 

1985

Après quinze mois de repos, l'apparition de séismes et d'un gonflement donne le signal de l'alerte : l'enclos est fermé au public le 8 juin. Et on attend. L'éruption survient le vendredi 14 juin, la préfecture rouvre l'enclos le dimanche trop tard puisque l'éruption s'achève au même moment ! Ce n'est que partie remise. Dès le 11 juillet, des séismes viennent troubler le calme revenu. L'école internationale de volcanisme et de géothermie, qui se tient au campus du Chaudron, favoriserait-elle donc les soubresauts terrestres? Certains des meilleurs spécialistes mondiaux donnent leur avis tandis que l'enclos est à nouveau fermé ! Mais la Fournaise attendra le départ des scientifiques pour s'exprimer, le 5 août. Spectacle de fontaines de lave dans la nuit juste à côté du cratère Magne. Et comment croyez-vous qu'on nomma le nouveau cratère ? Charles, bien évidemment, comme l'auront deviné les amateurs de calembours. A une bonne heure de marche du Pas de Bellecombe, en terrain facile et plat, l'occasion est rêvée : un embouteillage monstrueux démarre dès les pentes du Nez de Buf jusque dans la plaine des Sables où certains abandonnent leur véhicule pour finir à pied. Des cohortes de marcheurs, femmes et enfants, se dirigent en file serrée vers le cratère, formant une procession lumineuse dans la nuit. Les compagnies d'hélicoptères organisent des survols depuis le parking du volcan. Alors que l'éruption précédente, après une lente agonie, s'achève le 1er septembre, une autre débute dès le 6 du même mois, à l'intérieur du cratère Dolomieu et en dessous du sommet, sur le flanc est. Au fil des mois, le suspense s'accroît: une menace potentielle pèse sur les installations de forage géothermique du Grand-Brûlé. Le chantier du programme expérimental de recherche de chaleur souterraine destinée à alimenter une centrale électrique est mis à l'abri de gigantesques digues de matériaux volcaniques édifiées à la hâte. Aucune coulée n'arrivera jusque-là pas plus que le programme de géothermie n'aboutira dans l'île ! Fin du spectacle le 10 octobre. Après une éruption éclair les 2 et 3 décembre, la cinquième éruption de l'année débute le 29. Un cône enserré dans une plate-forme de lave rougeoyante se forme dans le cratère Dolomieu. Un lac bouillonne. Le sentier du Bory et le tour des cratères sont interdits. Seul point de vue autorisé: le bord du cratère Dolomieu à proximité de la Soufrière. Quand l'éruption prend fin le 8 février 1986, la quantité de lave émise a remonté le plancher du cratère d'une quinzaine de mètres, gommant la séparation (toujours portée sur les cartes IGN actuelle !) entre l'enclos Vélain et le Dolomieu. 

1986

Neuf années seulement après Piton Sainte-Rose, on ne s'y attendait pas : le volcan sort de l'enclos pour la deuxième fois en ce XXe siècle ! Le 19 mars, une éruption somme toute anodine se produit au pied du Nez coupé du Tremblet. La lave cesse de couler au bout de moins de dix heures mais la crise sismique persiste. On attend la suite qui survient le lendemain vers 5 heures. A la stupéfaction générale, une longue fissure s'ouvre dans les hauts du village du Tremblet, commune de Saint-Philippe. Plan Orsec, évacuation de 250 habitants. Une première coulée coupe la route à 15h avant de s'arrêter à 200 mètres de la mer. Une seconde coulée traverse la nationale 2, deux heures plus tard, atteignant l'Océan vers 21h. Le 23, des fissures ouvrent une tranchée dans la forêt. Sous les yeux des observateurs, elle s'élargit au fil des heures jusqu'à provoquer une large et profonde entaille dans la route nationale 2. L'Ilet-aux-Palmistes est évacué à son tour. En fin d'après-midi, un magma pâteaux jaillit mollement de terre en contrebas de la route à 25 m d'altitude et à très faible distance de la mer. Le lendemain, c'est un flot de lave qui s'écoule et atteint la mer après s'être divisé en deux bras. Les cascades de feu dans l'Océan prennent fin le 29 mars. L'île est agrandie de 20 hectares. Huit habitations ont été détruites, 429 personnes ont dû s'exiler pour des périodes de durées variables. Dernier épisode de cette éruption, moins connu du grand public : le soir même du 29 mars, une violente crise sismique débouche sur une série de terribles explosions phréatiques qui secouent le cratère Dolomieu. La vidange de la colonne de magma par la récente éruption en bord de mer provoque l'effondrement d'une partie du sommet devenu "creux" et l'expulsion de cendres, de blocs énormes sur le pourtour du sommet, en pleine nuit heureusement. Comme découpé à l'emporte pièce, un "cratère-puits" (pit crater, en anglais) de 150 mètres de diamètre pour 80 mètres de profondeur se forme, dans lequel s'écoule un filet de lave rougeoyante, issu d'une poche de magma encore en place depuis une éruption précédente. Dès le 13 juillet, la Fournaise se prend à verser une larme de lave. Simple péripétie de quelques heures. Le 13 novembre, nouvel éclat dans le fond du cratère Dolomieu. La féerie s'achève le lendemain cette fois. Mais la crise n'est pas terminée, conduisant la préfecture à restreindre l'accès à l'enclos dès le 24 novembre seul le sentier du Bory est autorisé, le séjour dans l'enclos la nuit est interdit. L'éruption survient le 26 et s'achève une nouvelle fois dès le lendemain. Il faut attendre le 6 décembre pour enfin pouvoir admirer du vrai spectacle ! Une semaine plus tard, le cratère-puits du 29 mars est comblé. L'éruption se poursuit jusqu'au 6 janvier. 

1987

Le jour-même où s'achève dans le cratère Dolomieu l'éruption qui avait débuté le 6 décembre, un nouveau point de sortie naît au-dessus de la plaine des Osmondes, le 6 janvier. Les coulées s'étalent dans les Grandes pentes avec le Piton de Crac en toile de fond, jusqu'au 10 février. Le cratère Dolomieu, toujours lui, est à nouveau le théâtre d'une éruption du 10 au 29 juin. Les 19 et 20 juillet, une fissure fonctionne une trentaine d'heures durant dans le sud de l'enclos tandis que l'observatoire enregistre une activité qui traduit des effondrements dans l'ancienne cheminée volcanique qu'est la "Soufrière". Son périmètre de protection est élargi à 50 mètres. Du 6 au 8 novembre, nouvelle éruption rapide (35 heures) sur les pentes nord - nord-est du cône terminal. Mais il est dit que l'année 87 s'achèvera triomphalement: le 30 novembre, le spectacle commence près du cratère Château-Ford, dans le sud de l'enclos, pour durer plus d'un mois, jusqu'au 1er janvier 1988. C'est la troisième année consécutive que l'on peut fêter la nouvelle année sous les étoiles et au pied d'une coulée ! 

1988

Les éruptions longues se succèdent. Dès le 7 février, l'activité reprend, au sud de l'enclos vers les "Quatre-Gueules". Des randonneurs s'égarent dans le mauvais temps au fil des semaines que dure l'éruption, 55 jours exactement. On a donc nommé le cratère "Pékin". Les cinéphiles apprécieront. - 18 mai-1er août (74 jours). Il en restera le "Krafftère", en hommage au volcanologue qui arrive à Gillot le jour-même de l'éruption ! Maurice Krafft, disparu depuis en 1991 au Japon, traîne la réputation de réveiller les volcans sur son passage, mais tout de même L'éruption dure près de deux mois et demi et draine la foule puisqu'on y accède en moins de deux heures sans trop de difficulté. - 31 août-26 octobre (57 jours). On se bouscule du côté du Piton de Bert, balcon un peu éloigné mais si pratique sur la partie ouest de l'enclos. Une éruption longue mais peu spectaculaire. - 14-29 décembre (15 jours). L'année ne pouvait s'achever sans une quatrième éruption, accessible en une heure et demie de marche, à l'est du cratère Magne, dans le nord de l'enclos. Mais à deux jours près, ceux qui espéraient y passer leur nuit du nouvel an en auront été pour leurs frais. 

1990

18-19 janvier (17 heures). Soyez bref ! Une fissure s'ouvre dans le Dolomieu; une autre sur le flanc est. Pschtt Plus de temps pour le dire que cela n'a duré ! - 18 avril-8 mai (20 jours). Ceux qui ont observé cette éruption en parlent encore comme du "cratère la Galère": un temps quasi cyclonique règne. De surcroît, les belles fontaines de lave ne sont pas à la portée de tous, l'éruption étant localisée à proximité du Nez coupé du Tremblet. Certains randonneurs un peu téméraires s'y risquent à leurs dépens : plusieurs disparitions et accidents nécessitent la mise en uvre de moyens de secours importants pour rapatrier imprudents et malchanceux. Le Figaro-Magazine, consacrera un superbe reportage à cet épisode, sous la plume d'un reporter BCBG, avec ce titre "Ma semaine de camping en enfer" ! 

1991

Un feu d'artifice de 43 heures débute dans le cratère Dolomieu et s'achève le surlendemain un peu en contrebas du sommet sur le flanc est (19-21 juillet). Néanmoins, week-end oblige, les spectateurs seront nombreux à se presser autour des coulées, assez aisées d'accès. 

1992

De simples promeneurs se souviendront longtemps de la seule éruption de cette année-là : il est midi le 27 août lorsque le sol s'ouvre sous leurs pieds à l'intérieur et au bord du cratère Dolomieu. L'un d'entre eux n'hésite pas à mettre en route son camescope pour tourner des images que l'on verra ensuite à la télévision ! Ça fume, ça bouge et nos touristes prennent leurs jambes à leur cou. Les fissures actives, ensuite localisées sur les pentes sud-est des cratères sommitaux, ne permettront guère au grand public d'y accéder en raison de la nature du terrain et de l'éloignement du Pas de Bellecombe. Depuis cette éruption, un arrêté préfectoral interdit la descente dans le cratère Dolomieu (le grand cratère sommital) : l'expérience ayant montré que les éruptions peuvent se déclencher en moins de quelques heures, les points de sorties se situant fréquemment à l'intérieur même de ce cratère, le risque de voir s'ouvrir le sol sous ses yeux n'est pas négligeable le risque de se voir couper toute retraite aussi !
 
  L'éruption de 1998 met fin à une des plus longues périodes de repos que le Piton de la Fournaise ait jamais connues. Après l'effervescence des années 70-80 jusqu'à sa longue hibernation de 1992 à 1998, plongée dans les archives. Où l'on verra que crédité en moyenne d'une éruption tous les 14 à 16 mois, notre volcan sait se montrer toujours surprenant.