ARTICLE DU 06/04/2001
Laurent Fortin, un infirmier de 28 ans, a été vu pour la dernière fois au bord des coulées, dimanche soir. Il n'a pas reparu depuis ni pris l'avion mercredi pour la métropole, comme il l'avait pourtant prévu. Un dispositif de recherches important doit être mis en place ce matin, malgré les caprices attendus de la météo.
PITON DE LA FOURNAISE : RETOUR À LA PRÉALERTE
L'éruption du 27 mars s'est achevée mercredi matin (voir notre édition d'hier) mais deux précautions valant mieux qu'une, l'observatoire volcanologique a décidé de maintenir jusqu'à ce soir son système de garde 24 heures sur 24. La préfecture, pour sa part, a levé hier l'alerte 1 mais maintenu la phase de préalerte, la vigilance restant de mise pendant quelques jours encore. Rien de changé pour l'accès à l'enclos, autorisé depuis dimanche dernier. Mais en raison de la situation météo (vigilance cyclonique) il est recommandé de toute façon de s'abstenir de s'engager dans des randonnées : la pluie risque de prédominer sur les hauts.
Contrariées par le mauvais temps, les premièes recherches sur le piton de la Fournaise n'ont rien donné
Volcan : Disparu depuis dimanche soir

Ses compagnons de randonnée ont expliqué aux gendarmes que Laurent Fortin a préféré rester seul sur le site de l'éruption, dimanche soir, plutôt que de regagner avec eux la côte ouest. Vers 20 h, ils l'ont laissé un peu plus bas que le piton Tourkal, formé par l'éruption du 27 mars, à proximité des coulées dont ils s'étaient approchés après avoir dépassé les limites du balisage officiel, comme la plupart des nombreux randonneurs encore présents à cette heure. Depuis, personne ne l'a revu.
L'inquiétude était de mise, hier, alors qu'on restait sans nouvelles du jeune homme qui ne s'était toujours pas manifesté. Il devait en effet prendre l'avion mercredi pour regagner définitivement la métropole; or, il ne s'est jamais présenté à l'aéroport.
Il devait rentrer par ses propres moyens
Un concours de circonstances explique le déclenchement tardif des opérations de recherches, engagées seulement mercredi en fin d'après-midi, lorsque le Peloton de gendarmerie de haute montagne a enfin été alerté. La personne qui l'hébergeait dans la région de Saint-Gilles s'est étonnée que Laurent Fortin, 28 ans, n'ait récupéré ni ses affaires personnelles ni ses papiers alors que le jeune homme, infirmier de profession, devait prendre l'avion le même jour.
Ce jeune homme de solide stature (1,83 m), habitué à voyager - il était rentré il y a peu d'un séjour de plusieurs mois à Madagascar - exerçait par intermittence sa profession d'infirmier à la Réunion où il était arrivé il y a un an. Il était hébergé chez un habitant de l'Ouest qui ne s'est pas alarmé plus tôt en raison de l'indépendance affichée par son hôte. Ce dernier a donc participé à une sortie en groupe, dimanche, au volcan, après l'annonce de la réouverture de l'enclos au public le même jour.
Un radiesthésiste contacté
Ses compagnons, qui le connaissaient assez peu, l'ont quitté vers 20h, à l'heure du retour vers le pas de Bellecombe. Laurent Fortin les a informés qu'il rentrerait plus tard par ses propres moyens, sans doute en stop.
En quelques coups de téléphone, au gîte du volcan notamment, les gendarmes se sont d'abord assurés de la réalité de la disparition de Laurent Fortin. Les secouristes sont en effet régulièrement confrontés à des disparus qui ont tout simplement oublié de déclarer leur retour alors que leurs proches avaient fait déclencher des opérations de recherche ! Et tandis que les "rescapés" se refont une santé, les gendarmes sillonnent en vain crêtes et ravines...
Mais il n'était plus question de cela hier soir, après vingt-quatre heures d'alerte. Quatre jours après avoir été vu pour la dernière fois, Laurent Fortin, s'il a vraiment disparu le long des coulées, ne doit plus disposer de nourriture et d'eau - hormis celle de la pluie. La météo, de surcroît, s'est nettement dégradée depuis quarante-huit heures dans la région du volcan, la pluie et les nuages s'étant abattus sur l'enclos.
Les recherches entamées mercredi soir avec l'aide de l'hélicoptère de la gendarmerie n'ont rien donné. Leur poursuite s'est révélée impossible hier. Reste donc l'espoir de voir surgir Laurent Fortin du côté de la route nationale 2, s'il s'est engagé dans la descente des pentes du volcan, un exercice très difficile en raison du terrain et de la végétation.
Le père du jeune homme, originaire de Paris, est attendu à la Réunion. Il fonde quelque espoir sur les affirmations d'un radiesthésiste qu'il a contacté et qui situe son fils en un lieu "au sud du piton de la Fournaise".
Les recherches devaient reprendre ce matin à 7 h.
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VINGT GENDARMES ET L'HÉLICOPTÈRE SUR LE VOLCAN DÈS CE MATIN
La vigilance cyclonique déclenchée depuis hier soir 18h en raison du mauvais temps attendu lié à l'approche de la forte tempête tropicale Evariste, risque malheureusement de contrarier les opérations de recherche prévues aujourd'hui. De gros moyens doivent en effet être engagés à compter de 7 heures ce matin. L'adjudant-chef Philippe Godart, à la tête du Peloton de gendarmerie de haute montagne, a annoncé hier soir le dispositif en deux volets auquel prendront part une vingtaine d'hommes, membres du PGHM et de l'Eli (Elément léger d'intervention).
Pour ne négliger aucune piste, une équipe de cinq gendarmes explorera à pied le sentier (GR 2) entre le Pas de Bellecombe et le Nez coupé du Tremblet. Une autre, déposée sur ce dernier point par l'hélicoptère, rejoindra à pied la route nationale 2. Inutile de dire qu'elle aura sans doute fort à faire si la pluie continue de tomber sur le massif du volcan: de nombreuses ravines coupent ce sentier réputé difficile, les ponceaux qui les franchissent sont souvent peu sûrs.
Laurent Fortin ne se trouve vraisemblablement pas sur ce sentier, en dehors de l'enclos et donc sans rapport avec l'éruption, mais les indications d'un radiesthésiste au père du disparu le situent "au sud du piton de la Fournaise"...
Par ailleurs, d'une base installée à la Vierge au parasol, sur la route nationale 2 à Sainte-Rose, une équipe de dix gendarmes sera héliportée, si la météo le permet, sur le site de l'éruption. De là, les hommes devraient suivre le cheminement des coulées en descendant vers la côte. Un parcours qui s'annonce très difficile en raison du terrain, pentu - 40° d'inclinaison par endroits - et chaotique, hérissé de scories. Sur la fin, lorsque la pente s'adoucit à l'approche du littoral, la coulée bute dans une forêt de filaos peu pénétrable. Malgré la proximité de la route, dont elle s'est approchée jusqu'à 1,5 km environ le lendemain de l'éruption, ils ne seront donc pas au bout de leurs peines.
Auront-ils d'ici là retrouvé Laurent Fortin ?