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ARTICLE DU 02/04/2001
Les mauvaises conditions météorologiques qui ont sévi sur le Piton de la Fournaise une partie de la journée d'hier n'ont pas découragé les amoureux du volcan. Dès l'ouverture de l'enclos à 5h du matin, et même pour certains un peu avant, ils se sont rendus nombreux au chevet de l'éruption.

Les visiteurs affluent sur le site de l'éruption

Ruée vers l'or de la Fournaise


François Cartault, président du Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme (CDDV), caméra au poing au chevet de l'éruption. Depuis trois décennies, il fait partie de ceux qui répondent présent dès que le piton de la Fournaise a ses humeurs.

Une masse de nuages sombres sur la mer en direction de l'Est fait craindre pour le reste de la journée. L'enclos du piton de la Fournaise est encore largement dégagé en ces premières heures de la matinée, mais lorsque l'Ecureuil commence son approche vers le site de l'éruption, des langues de brume accrochent déjà les Grandes Pentes.
Vu du ciel, le spectacle est grandiose. Le cercle du cône déjà bien formé est largement échancré vers l'aval et laisse échapper un torrent de lave qui dévale la pente. L'écran de nuages tamise la lumière et les coulées ressemblent à des fleuves d'or en fusion.
Au sol, de minuscules fourmis s'agitent, taches de couleurs sur le noir des scories. De toute évidence dès l'ouverture de l'enclos, et sans doute même un peu avant, certains se sont mis en route afin d'être parmi les premiers sur les lieux.
Posé acrobatique sur une plaque jaune de soufre. L'Ecureuil dégage. Un terrain chaotique et une longue pente de scories nous séparent du cône qui crache vers le ciel des larmes de feu. A chaque retombée, un bruit de mitraille. Accrochés à la pente un peu en arrière du cratère qui commence à prendre forme, François Cartault, Alain Mussard et leurs équipiers filment sans discontinuer. Ils ont planté leur tente de l'autre côté et vivent depuis la veille au rythme de l'éruption. La nuit dernière, ils ont essuyé un déluge, nous confient-ils.
La barrière symbolique en ruban de chantier tendue par l'ONF à une distance respectable du cône n'a pas arrêté longtemps les curieux. Les plus sages ont poussé jusqu'au piton Morgabim (éruption du mois d'octobre 2000), les autres n'ont pas hésité à descendre en aval pour admirer la coulée de lave s'échappant de l'échancrure. Seuls quelques téméraires osent s'approcher du cœur de l'éruption, rapidement dissuadés par la chaleur et les gaz qu'un vent capricieux vous renvoie soudain en plein visage.

UNE CHAÎNE HUMAINE


Au fur et à mesure que la matinée s'avance, les conditions météorologiques se dégradent. Elles ne découragent pas les visiteurs. Les premiers curieux sont rapidement rejoints par une petite foule et à un moment entre le piton Morgabim et le terminus du parcours balisé depuis le pas de Bellecombe s'étend une véritable chaîne humaine.
L'espoir de voir revenir l'hélicoptère s'éloigne. Le temps oscille entre la farine de pluie et l'averse. Par moment, nous sommes enfermés dans un cocon de brouillard.
Pas d'autre alternative que de se mettre en route à pied. Pour rejoindre le balisage, la progression se fait sur un sol bouleversé où l'on avance comme sur une mer de lave figée avec crêtes et creux. En chemin nous croisons les premiers imprudents comme ce père de famille transportant son fils sur ses épaules au risque de le projeter à terre à la moindre chute.
Le terminus du balisage est le dernier salon où l'on cause. Des marcheurs organisés y ont même planté une tente qui suscite des regards envieux. Chacun spécule sur l'avertissement clairement affiché invitant à ne pas pousser au-delà. Mais, pour la plupart, la tentation est trop forte d'autant que de là, à l'exception de quelques projections plus hautes que les autres et d'un grondement sourd, on ne voit rien surtout lorsque le brouillard noie le paysage.
A partir de là, nous sommes en terrain connu. Les centaines de visiteurs qui se sont portés au chevet des éruptions du Pârvedi et du Morgabim ont littéralement damé la trace balisée qui moutonne en direction du fonds de l'enclos.
En chemin, les mêmes questions reviennent dans la bouche de ceux que l'on croise : "Voit-on quelque chose ?" , "C'est encore loin ?"
Le ciel s'est remis au bleu. L'hélicoptère va pouvoir venir nous récupérer. Dans l'enclos, depuis le pied du Pas de Bellecombe, un mince trait noir s'étire. Chaque petit point est un marcheur.
Alors que l'Ecureuil met le cap sur Gillot, survol du parking, plein à craquer de voitures. Décidément le volcan fait toujours recette.
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"ON CROYAIT À UN POISSON D'AVRIL"


Harry, Yannick, Teddy et Alain, originaires de l'Etang-Salé, n'avaient jamais eu la curiosité de se rendre sur une éruption au piton de la Fournaise. "On s'est décidés d'un coup, confient-ils. Nous sommes d'abord allés voir en passant par Saint-Philippe mais nous n'avons rien vu dans le Grand-Brûlé. Alors on est monté au pas de Bellecombe".
En découvrant les images à la télé et en apprenant que l'enclos serait ouvert dimanche matin à 5h, Harry, Yannick et les autres ont cru à une blague. "On était sur que c'était un poisson d'avril".
Partis de l'Etang-Salé, ils étaient au Pas de Bellecombe à 5h et sur l'éruption deux heures trente plus tard. D'abord réfugiés sur un petit piton au pied des coulées, les jeunes gens se sont enhardis à escalader la pente pour aller jeter un coup d'œil rapide à l'intérieur du cratère.
Gilles, lui, a décroché la timbale. "Je suis venu plusieurs fois à la Réunion, explique-t-il, mais à chaque fois c'était avant ou après une éruption. Je suis maintenant installé ici depuis quatre mois et pour rien au monde je n'aurais manqué cela. J'ai tout de même été un peu refroidi par les temps de marche annoncés : entre 8h et 10h. Ça m'a fait peur. Je suis parti à 5h10 du Pas de Bellecombe. Il n'y avait aucun gendarme. Dans l'enclos on distinguait parfaitement les lumières de ceux qui s'étaient mis en route avant l'ouverture officielle. J'ai mis très exactement deux heures pour venir. Il est certain que je reviendrai, et cette fois j'essaierai de décider mon amie réunionnaise."

Textes et photos : Alain Dupuis



Légende photo 2 : Six jours après le début de l'éruption, le cône à acquis une stature respectable, accroché à la pente.


Légende photo 3 : Les hommes apparaissent bien petits à l'échelle des soubresauts de la nature.

Légende photo 4 : La barrière symbolique fermant la trace balisée n'a guère retenu les curieux.
Les plus prudents ne se sont pas hasardés au-delà du piton Morgabim.


Légende photo 5 : Ces jeunes de l'Etang-Salé n'étaient jamais montés au volcan. Cette éruption est leur baptême du feu. Enthousiasmés, ils se sont promis de revenir.

Légende photo 6 : Au cœur de l'éruption. Sur fond de projections, la lave bouillonnante se fraie un passage avant de dévaler la pente.

Légende photo 7 : Dès l'ouverture de l'enclos, les amoureux du volcan se sont mis en route.
Légende photo 8 : La pancarte est explicite, mais après un instant d'hésitation, on franchit allègrement les rubans de chantier.