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ARTICLE DU 30/03/2001

Les premiers signes de réveil

Si la préalerte a été déclenchée un mois avant le début de l'éruption, l'observatoire volcanologique avait détecté les premiers signes d'agitation du volcan dès les premiers jours du millénaire qui venait de commencer...

- début janvier : le réveil.- Après un mois et demi de silence (l'éruption précédente s'est achevée à la mi-novembre au piton Morgabim) les premiers signes d'une réactivation apparaissent. Les extensomètres du réseau de l'observatoire volcanologique, répartis en différents points du massif, notent une modification progressive de l'écartement des fissures qu'ils surveillent. Si elles s'élargissent, c'est que le volcan gonfle, comme parfois la surface d'un gâteau se déchire au cours de sa cuisson. Au volcan, rien de visible à l'œil nu, car cela se joue en centièmes de millimètres, mais rien n'échappe à l'électronique !

- mi-janvier : les inclinomètres, chargés de suivre la modification des pentes du volcan, commencent à trahir à leur tour la lente mise en pression du massif, sous l'influence de mouvements de fluides (magma, gaz...).

- vendredi 2 février : premiers séismes.- La sismicité apparaît à son tour. Localisés entre le niveau de la mer et 500 mètres d'altitude sous le cratère Dolomieu, tous de faible magnitude, de quelques-uns les événements passent à une douzaine par jour. Le processus semble bien enclenché désormais et tout semble indiquer que la première éruption du siècle ... et du millénaire se rapproche. Alors c'est pour quand ?

- samedi 24 février : alors que débute le week-end, la sismicité reprend alors qu'elle avait disparu depuis la mi-février

- mardi 27 février: préalerte.- En quelques jours, le nombre de séismes quotidien atteint la quinzaine. Sur proposition de l'observatoire, la préalerte est déclenchée par la préfecture, car tous les signes de la probabilité d'une éruption, dans un délai impossible à préciser, sont désormais rassemblés.

- Samedi 3 mars : crise sismique, alerte 1, enclos interdit.- Quatre semaines tout juste après l'apparition des premiers séismes du début février, dont le nombre quotidien atteint maintenant la trentaine, une crise débute vers 16 heures. Un séisme par minute ! La préfecture déclenche l'alerte 1, pour une éruption imminente. La gendarmerie n'aura à procéder à aucune évacuation puisque l'enclos, aussitôt fermé au public, est vide de randonneurs quand l'hélicoptère survole le site en fin d'après-midi. Mais la crise n'aboutit pas. Les gendarmes prennent tout de même leurs quartiers sur le parking du volcan.
C'est l'attente. D'autant qu'un silence sismique complet règne à nouveau désormais. Incompréhensible.

- Vendredi 9 mars : retour en phase de préalerte. L'accès à l'enclos reste interdit, au cas où... Car la sismicité n'a pas complètement disparu et le volcan continue de gonfler doucement.

- Lundi 12 mars : préalerte levée. La préfecture annonce la réouverture de l'enclos, en raison du retour au calme apparent.

- Mardi 13 mars : retour en phase de préalerte, pour la seconde fois en deux semaines ! La sismicité, encore discrète la veille, croît, avec une vingtaine d'événements. L'accès à l'enclos reste toutefois autorisé.

- Mercredi 14 mars : deux séismes de magnitudes 1,6 et 1,4 sont enregistrés sous le sommet.

- Week-end du 17-18 mars : après un répit de 24 heures le vendredi (1 seul séisme) la sismicité réattaque plus fort (un événement de magnitude 1,9 dimanche), une tendance qui se confirme au fil de la semaine qui suit, le nombre des événements augmentant, une trentaine en moyenne chaque jour avec un maximum de 42.

- Vendredi 23 mars : les séismes "migrent" brutalement, selon l'expression des scientifiques. En quelques heures, les hypocentres (foyers) sont descendus de un à deux kilomètres. Les séismes sont désormais localisés entre 1000 et 2000 mètres en dessous du niveau de la mer. Pour une raison encore inconnue, une modification vient de survenir dans le système d'alimentation en magma du piton de la Fournaise.

- Dimanche 25 mars : à nouveau l'alerte 1, après une journée de calme quasi-total samedi. Une trentaine de séismes profond secouent le volcan tôt le matin puis, l'après-midi, soixante-dix séismes superficiels. L'alerte 1 est déclenchée, l'enclos est interdit au public.

- Mardi 27 mars : l'éruption débute après une très brève mais intense crise sismique (120 événements dont un de magnitude 2).



L'éruption du Piton de la Fournaise se poursuit

La coulée ne progresse plus


Une reconnaissance aérienne effectuée hier matin a permis d'établir que la coulée de l'éruption de mardi n'a pas sensiblement progressé. Elle aurait atteint une altitude estimée à 400 mètres, ce qui la mettrait à environ 1,5 km de la route nationale 2, a constaté hier Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique. Toutefois, elle semblait figée. A 2 000 mètres d'altitude, les flots de lave continuent à se déverser vers les Grandes Pentes, au rythme de vingt mètres cubes par seconde. Ils s'échappent par un profond chenal, large de deux à trois mètres. Il ne subsistait plus hier que deux fontaines de lave au niveau du cône qui a commencé à se former. Secoué par les explosions, il s'effondre régulièrement et des blocs de plusieurs mètres de hauteur dévalent la pente à ses pieds.
Le trémor associé à l'éruption, après avoir baissé comme après chaque début d'éruption, semblait continuer à fléchir doucement hier. Mais on observe couramment des hauts et des bas en la matière, il ne faut pas désespérer. En l'espèce, il faut espérer que la réouverture de l'enclos au public surviendra avant la fin de l'éruption... La stabilisation de l'activité devrait fournir un encouragement dans ce sens. Encore faudrait-il qu'une décision soit prise par la préfecture afin que l'ONF puisse mettre au point le balisage d'un itinéraire.
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DEPUIS LE GRAND-BRÛLÉ : BÉATS D'ADMIRATION


Depuis le début de l'éruption du Piton de la Fournaise, c'est la RN2, entre Bois-Blanc et le Tremblet, qui offre le meilleur point de vue sur les coulées. Un spectacle impressionnant où se pressent spécialistes, badauds et touristes.

Sainte-Rose. L'adrénaline se pointe et accélère le rythme cardiaque. Dans le ciel constellé d'étoiles, admiratrices privilégiées du spectacle, une boule de feu, nuage aux reflets couleur de lave, participe à l'excitation. Environ 21h, encore quelques kilomètres sur la RN2 et la seule coulée rescapée s'offrira aux crépitements des flashs. Depuis la tombée de la nuit, le public afflue.
Bois-Blanc. L'éphémère déesse dévoile enfin ses apparats. Sur l'asphalte, le ballet des voitures, chassé-croisé incessant d'un point de vue à un autre, transporte des files de dévots. La vitesse réduite pallie l'inattention des pilotes. Les gendarmes, vestales de la sécurité, contrôlent le flux.
"Nous arpentons le coin pour éviter que les gens s'installent n'importe où, expliquent les hommes en bleu. Et puis nous sommes présents si jamais la lave atteint la route." Aucun risque. Solitaire et inaccessible, quasiment figée à plus d'un kilomètre et demi de la civilisation, la rivière de lave garde ses distances.

"JE VOULAIS VOIR ÇA AVANT DE MOURIR"


La Vierge au Parasol. Site d'observation privilégié. Une centaine de personnes s'extasie. Les superlatifs pleuvent. Deux dames, venues grâce à un bus spécialement affrété de Saint-Gilles, rivalisent d'éloquence : "Merveilleux", "Incroyable", "Les photos, à côté, ce n'est rien", " C'est gravé à jamais dans ma mémoire". L'émotion est palpable. Chacun désire partager l'intensité du moment. La timidité s'envole et les dialogues se nouent pour échanger des impressions. "Vous êtes déjà allé en haut, ça fait du bruit ?" demande une jeune femme à sa voisine. "Ah, oui ! beaucoup de bruit, ça fait tof, tof, tof", répond l'autre.
Mais, pour profiter des plus jolies vues, il faut reprendre le volant et tailler la route jusqu'au Tremblet. Sur le chemin, dans les recoins les plus improbables, "Titine" garée sur la pelouse et penchée dans le ravin, le volcan offre ses meilleurs profils. Là, Basile cherche une cigarette. Surtout une façon d'engager la conversation. À 42 ans, c'est une grande première pour ce natif de la Réunion. "J'avais jamais eu l'occasion de venir. Je voulais absolument voir ça avant de mourir. Les cyclones, les volcans, toutes ces forces de la nature reflètent la mentalité des gens d'ici, généralement calmes mais pouvant éclater à tout moment", s'enflamme-t-il, lyrique.
Plus loin, Guy, guide touristique, délivre quant à lui un avis d'expert : "La plus belle éruption, c'était en 98, ou peut-être en 77 quand la coulée a atteint Notre-Dame des Laves. Cette fois-ci, ça n'a pas la même ampleur, mais le plaisir est toujours identique."
Spécialistes, curieux ou touristes, tous ont la sensation de vivre des instants d'exception. "Je n'avais jamais vu une lumière d'une telle couleur et d'une telle intensité dans le ciel, le jeu des nuages et de la fumée, c'est top", s'enthousiasme ainsi Claire, une jeune Parisienne de passage.
Déjà 23h30, il est temps de regagner ses pénates. La faim tenaille les estomacs des derniers acharnés. Rien de tel pour clore cette soirée magique qu'une bonne pizza au Piton Sainte-Rose, dans un restaurant niché au milieu de nulle part, l'unique ouvert sur des dizaines de kilomètres à la ronde au milieu de ces espaces où mère Nature règne en maître.

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Les éruptions récentes du piton de la Fournaise

- 9 mars 1998 (Piton Kapor, piton Maurice-et-Katia-Krafft, cratère Hudson). Souvent appelée "l'éruption du siècle" (196 jours ), elle est survenue après plus de cinq ans et demi de sommeil depuis la précédente éruption d'août 1992. Elle s'achève le 20 septembre 1998, après avoir tenu en haleine la Réunion tout entière: il s'en est fallu de quelques mètres seulement pour que la route de la nationale 2 soit recouverte par les coulées en juillet; en août, plusieurs coulées jaillies hors enclos dans les hauts de Bois-Blanc (Sainte-Rose), se sont taries avant que les zones habitées ne soient menacées.


- 19 juillet 1999 : dix mois plus tard, la Fournaise remet ça. Brèves fontaines de lave au fond du cratère Dolomieu sur une fissure qui se prolonge sur son flanc est-sud-est. L'éruption s'achève au bout de treize jours, le 31 juillet.

- 28 septembre 1999 (cratère Dupavillon) : deux mois plus tard, des fontaines de lave jaillissent brièvement du fond du Dolomieu. Le 8 octobre, un nouveau point de sortie apparaît dans le sud de l'enclos. L'activité près du sommet cesse au bout de vingt-six jours, le 23 octobre.

- 14 février 2000 (cratères Célimène et Legros) : trois mois et demi après la fin de la précédente éruption, deux fissures s'ouvrent sur le flanc nord du cône terminal de la Fournaise alors qu'approche la forte tempête tropicale Eline. Un cône de taille importante se forme à côté d'un autre plus petit. L'éruption s'achève le 4 mars, après vingt jours d'activité.

- 23 juin 2000 (Piton Pârvédi) : deuxième éruption de l'année, trois mois et demi après la fin de la précédente, au sud-est du pied du cône terminal du volcan. Les coulées vont descendre jusqu'à quatre cents mètres d'altitude, soit à deux kilomètres de la route nationale 2. Le 30 juillet, l'éruption s'achève, après trente-sept jours d'activité.

- 12 octobre 2000 (Piton Morgabim) : dernière éruption du siècle et du millénaire. Installée vers 1950 mètres d'altitude, un peu au-dessus de la précédente, ses coulées vont très vite s'approcher à moins de deux kilomètres de la route nationale 2. Après une apothéose finale, au caractère spectaculaire exceptionnel, l'éruption cesse brutalement le 13 novembre, après trente-trois jours d'activité.

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De la préalerte à l'érutption : un système bien rodé

Pour les scientifiques, la préalerte entrée en vigueur le mardi 27 février a signifié la mise en place contraignante d'une garde vingt-quatre heures sur vingt-quatre à l'observatoire. Malheureusement, ils ne sont qu'une poignée à pouvoir se relayer ainsi pour faire face à tout signe indiquant une évolution de l'activité. Or, ces hommes et femmes, qui sont avant tout des chercheurs, doivent également continuer d'assurer le fonctionnement normal de l'observatoire.
Pour les autres institutions, la préalerte ne constituait qu'une simple phase de vigilance d'ordre purement administratif. A l'origine, elle était même à usage interne, limitée à l'observatoire, la préfecture et la gendarmerie. Désormais l'ONF implante au Pas de Bellecombe un panneau informant les randonneurs du risque éruptif dont l'observatoire ne peut fixer le délai.
Si l'alerte 1 (éruption imminente) est à son tour déclenchée - comme cela a été le cas samedi 3 puis le dimanche 25 mars en raison de la survenue d'une crise sismique - les services concernés (gendarmerie, Office national des forêts, Equipement...) doivent eux-mêmes envisager toutes dispositions utiles, comme stipulé dans le cadre du "PSS éruption volcaniques". Cela va de l'organisation de l'évacuation de l'enclos du volcan à l'information des randonneurs au moyen de panneaux, en passant par la signalisation sur la route forestière, voire la RN 2 dans le Grand-Brûlé si les coulées se font menaçantes pour la route (cas rare), pour les mesures les plus classiques.
L'alerte 2 (début d'une éruption) succède logiquement à l'alerte 1 . Toutefois, il peut arriver, comme le 3 mars, que certes dernière débouche sur un retour à la phase de préalerte si la crise sismique s'estompe. Lorsque l'éruption a débuté le mardi 27 mars en tout début d'après-midi, l'alerte 1 avait déjà été mise en place depuis quarante-huit heures.
L'alerte 3 correspond à l'ouverture de fissures éruptives à basse altitude, c'est-à-dire à une éruption hors enclos. La dernière remonte au mois d'août 1998, lorsque la lave a commencé à sortir à plus de 1500 mètres d'altitude dans les hautes de Bois-Blanc (Sainte-Rose). Heureusement, cette phase de "l'éruption du siècle" n'a pas duré ni menacé les zones habitées du pied du volcan. Les éruptions hors enclos les plus célèbres sont celles de 1977 (Piton Sainte-Rose) et de 1986 (Le Tremblet, Saint-Philippe) durant lesquelles il fallut évacuer la population.
Un PC gendarmerie est actuellement en place au Pas de Bellecombe. Mais l'éruption n'étant pas visible depuis le terminus de la route forestière et en raison de l'interdiction d'accès à l'enclos, personne ne s'y bouscule !

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Faurait-il fermer l'enclos
dès l'activation de la préalerte ?


L'administration n'a pas pour habitude de badiner avec la sécurité du public. La fermeture prolongée de l'enclos, comme en 1998 en a été l'exemple. Au copntraire, lors de la dernière éruption d'octobre 2000, sans avoir l'air de céder à une quelconque pression du public, la préfecture a tout mis en œuvre pour permettre dans les meilleurs délais l'accès à l'éruption, située hors de tout sentier et dans un secteur réputé difficile. L'enclos était ainsi rouvert au bout de quarante-huit heures.
Toutefois, en matière de sécurité, c'est surtout l'attente d'avant éruption qui est sur la sellette, une éruption stabilisée au bout de 24 ou 48 h ne présentant que peu de risques. Ainsi en 1992, en phase de préalerte, une éruption avait débuté sous les yeux de plusieurs groupes de randonneurs. La fréquentation touristique augmentant, ce cas de figure s'est répété ces dernières années.
Une fermeture de l'enclos dès l'entrée en vigueur de la préalerte supprimerait-elle tout risque ? Sans aucun doute, mais on imagine son impopularité, les phases de préalerte jouant souvent les prolongations, comme en février-mars 2001. Il est sans doute aussi simple et raisonnable d'exiger des randonneurs de limiter leur randonnée à l'ascension du cratère Bory, peu exposé au risque éruptif, tandis que la plupart des éruptions prennent naissance au sommet ou sur les flancs du cratère Dolomieu.
L'ONF, sur sa signalétique affichée en phase de préalerte, donne déjà ce conseil, mais il ne fait l'objet d'aucun arrêté préfectoral contrairement à la descente à l'intérieur du cratère Dolomieu, interdite depuis 1992.

F. M.-A / Philippe Romain