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Après un mois d'attente, la Fournaise est entrée en éruption
Des torrents de lave

Le bouillonnement de roche en fusion commence juste au-dessus des cratères Morgabim et Pârvedi, formés lors des deux dernières éruptions de juin et octobre 2000.
Une première coulée a démarré de 2100 m. Peu alimentée, hier en fin de journée, elle n'avait parcouru que 300 mètres de dénivelée. ÉRUPTION À HUIS CLOS
La fissure la plus active traverse une zone au relief tourmenté, hérissée de cratères éteints à 2 000m. La roche s'est fissurée dans le creux d'une petite combe. On peut distinguer neuf fontaines qui arrosent à la ronde, mais il s'agit plutôt d'un rideau de feu au contours imprécis. La lave retombe au pied des geysers et bouillonne un moment avant de dévaler les pentes. Il a suffi de quelques heures pour que la coulée principale atteigne le pied des Grandes pentes et soit visible depuis la route nationale. Voilà une idée de sortie pour dimanche...
Cette fois encore, la Fournaise fait son show en catimini. On ne voit rien depuis le Pas de Bellecombe, à peine un panache de vapeur et de gaz. Pour les quelques visiteurs qui avaient tenté l'aventure du volcan, la déception a été grande. Le grand soleil qui a baigné le massif était un piètre lot de consolation. Dès l'entrée de la route forestière du volcan, ils avaient pourtant été prévenus : les mentions "éruption en cours, enclos interdit" figurent à chaque carrefour.
Hier au Pas de Bellecombe, les rares à afficher un sourire serein, ce sont les scientifiques, les cinéastes, les photographes qui pour les besoins de la cause ont pu se faire déposer sur le site de l'éruption avec l'autorisation de la Protection civile. Dans l'après-midi d'hier, sur le parking du gîte, ils ont été quelques-uns à boucler leur paquetage en prévision d'une nuit au clair de lave. LA BANDE DU VOLCAN NE MANQUE DE RIEN
Les scientifiques de l'Observatoire, reconnaissables à leurs combinaisons argent, ont réalisé les premiers prélèvements de lave. Les hélicoptères ont ensuite fait plusieurs rotations pour amener sur le site les éléments d'un bivouac. Tentes, jerricans d'eau, batteries et films en tous genre : la bande du volcan ne manque de rien. Il y avait là-haut des pilers de volcan, toujours prêts à répondre à l'appel du feu. Le cinéaste Alain Gérente et son équipe a été parmi le premier sur l'éruption, bientôt rejoint par Jean Perrin du Centre de diffusion et de documentation sur le volcanisme et par le photographe Serge Gélabert. Ces grands habitués de la Fournaise ont passé la nuit dernière accrochés au flanc du volcan. Une nuit douce, chauffée à cette première éruption du millénaire.
______________________VINGT CINQ MINUTES DE CRISE SEULEMENT
Le suspense durait depuis un mois exactement, depuis le passage en préalerte, le 27 février dernier, sans parler des signes précurseurs de l'éruption détectés dès le début janvier (lire par ailleurs). Après le passage en alerte 1 de dimanche (145 séismes), et un retour au calme tout relatif lundi (une centaine de séismes), une nouvelle crise sismique a surpris hier les scientifiques de l'observatoire à leur première bouchée du déjeuner : en vingt-cinq minutes très agitées, à partir de 12h55, le magma s'est frayé un chemin vers la surface. Une de ces crises brèves mais violentes, comme le Piton de la Fournaise en est coutumier : elles durent rarement plus d'une à deux heures, écrivions-nous il y a quelques jours.
Les séismes se sont enchaînés, avec un événement de magnitude 2, le plus fort enregistré ces derniers mois : il a même été ressenti par le sismomètre installé dans le cirque de Cilaos. A 13h20, le trémor était lisible sur les tracés, annonçant la sortie du magma à l'air libre : ce signal plus paisible et régulier témoigne de la libération des forces jusqu'alors emprisonnées sous terre et cherchant à s'en échapper... A 13h45, la préfecture déclenchait l'alerte 2 correspondant à une éruption dans l'enclos.
Une première reconnaissance de l'observatoire avec l'hélicoptère de la gendarmerie a permis d'observer cinq fissures en échelon partant du sud du sommet du cratère Dolomieu (environ 2 500 mètres) et descendant en arc de cercle vers le sud-est du pied du cône terminal. Mais les coulées qui s'en échappaient se sont rapidement taries, l'activité se concentrant rapidement sur un point de sortie situé vers 2 000 mètres d'altitude, soit légèrement au nord-ouest du piton Morgabim (éruption d'octobre 2000).
Deux coulées principales étaient visibles hier soir, la branche nord, la mieux alimentée, parvenant en fin d'après-midi vers 5 à 600 mètres d'altitude, où elle pouvait être admirée depuis la route nationale 2 dont elle ne devrait pas dans l'immédiat se rapprocher outre-mesure, confrontée au long replat qui fait suite aux Grandes Pentes.
Le trémor avait déjà baissé hier soir mais l'activité restait soutenue.
______________________L'OBSERVATOIRE VOLCANOLOGIQUE SE TENAIT PRÊT DEPUIS DÉBUT JANVIER
Les scientifiques n'auront guère eu plus d'un mois de tranquillité après la dernière éruption qui a donné naissance au Piton Morgabim entre le 12 octobre et le 13 novembre 2000.
- début janvier : le réveil.- Après un mois et demi de silence, les premiers signes d'une réactivation apparaissent.
- mi-janvier : les inclinomètres, chargés de suivre la modification des pentes du volcan, commencent à trahir à leur tour la lente mise en pression du massif, sous l'influence de mouvements de fluides (magma, gaz...).
- vendredi 2 février : premiers séismes.- La sismicité apparaît à son tour. Localisés entre le niveau de la mer et 500 mètres d'altitude sous le cratère Dolomieu, tous de faible magnitude, de quelques-uns les événements passent à une douzaine par jour.
- mardi 27 février: préalerte.- En quelques jours, le nombre de séismes quotidien atteint la quinzaine. Sur proposition de l'observatoire, la préalerte est déclenchée par la préfecture.
- Samedi 3 mars : crise sismique, alerte 1, enclos interdit.- Quatre semaines tout juste après l'apparition des premiers séismes du début février, dont le nombre quotidien atteint maintenant la trentaine, une crise débute vers 16 heures. Un séisme par minute! La préfecture déclenche l'alerte 1, pour une éruption imminente.
- Vendredi 9 mars : retour en phase de préalerte. L'accès à l'enclos reste interdit, au cas où...
- Lundi 12 mars : préalerte levée. La préfecture annonce la réouverture de l'enclos, en raison du retour au calme apparent.
- Mardi 13 mars : retour en phase de préalerte, pour la seconde fois en deux semaines! La sismicité, encore discrète la veille, croît, avec une vingtaine d'événements. L'accès à l'enclos reste toutefois autorisé.
- Week-end du 17-18 mars: après un répit de 24 heures le vendredi (1 seul séisme) la sismicité réattaque plus fort (un événement de magnitude 1,9 dimanche).
- Vendredi 23 mars : les séismes "migrent" brutalement, selon l'expression des scientifiques. En quelques heures, les hypocentres (foyers) sont descendus de un à deux kilomètres. Les séismes sont désormais localisés entre 1 000 et 2 000 mètres en dessous du niveau de la mer. Pour une raison encore inconnue, une modification vient de survenir dans le système d'alimentation en magma du Piton de la Fournaise.
- Dimanche 25 mars : à nouveau l'alerte 1, après une journée de calme quasi-total samedi. Une trentaine de séismes profond secouent le volcan tôt le matin puis, l'après-midi, soixante-dix séismes superficiels. L'alerte 1 est déclenchée, l'enclos est interdit au public.
- Mardi 27 mars : l'éruption débute après une très brève crise sismique.
______________________LA 6E ÉRUPTION DEPUIS "L'ÉRUPTION DU SIÈCLE" DE 1998
- 9 mars 1998 (Piton Kapor, piton Maurice-et-Katia-Krafft, cratère Hudson). Souvent appelée "l'éruption du siècle" (196 jours ), elle est survenue après plus de cinq ans et demi de sommeil depuis la précédente éruption d'août 1992. Elle s'achève le 20 septembre 1998, après avoir tenu en haleine la Réunion tout entière: il s'en est fallu de quelques mètres seulement pour que la route nationale 2 soit recouverte par les coulées en juillet; en août, plusieurs coulées jaillies hors enclos dans les hauts de Bois-Blanc (Sainte-Rose), se sont taries avant que les zones habitées ne soient menacées.
- 19 juillet 1999 : dix mois plus tard, la Fournaise remet ça. Brèves fontaines de lave au fond du cratère Dolomieu sur une fissure qui se prolonge
sur son flanc est-sud-est. L'éruption s'achève au bout de treize jours, le 31 juillet.
- 28 septembre 1999 (cratère Dupavillon) : deux mois plus tard, des fontaines de lave jaillissent brièvement du fond du Dolomieu. Le 8 octobre, un nouveau point de sortie apparaît dans le sud de l'enclos. L'activité près du sommet cesse au bout de vingt-six jours, le 23 octobre.
- 14 février 2000 (cratères Célimène et Legros): trois mois et demi après la fin de la précédente éruption, deux fissures s'ouvrent sur le flanc nord du cône terminal de la Fournaise alors qu'approche la forte tempête tropicale Eline. Un cône de taille importante se forme à côté d'un autre plus petit. L'éruption s'achève le
4 mars, après vingt jours d'activité.
- 23 juin 2000 (piton Pârvédi): deuxième éruption de l'année, trois mois et demi après la fin de la précédente, au sud-est du pied du cône terminal du volcan. Les coulées vont descendre jusqu'à quatre cents mètres d'altitude, soit à deux kilomètres de la route nationale 2. Le 30 juillet, l'éruption s'achève, après trente-sept jours d'activité.
- 12 octobre 2000 (piton Morgabim): dernière éruption du siècle et du millénaire. Installée vers 1950 mètres d'altitude, un peu au-dessus de la précédente, ses coulées vont très vite s'approcher à moins de deux kilomètres de la route nationale 2. Après une apothéose finale, au caractère spectaculaire exceptionnel, l'éruption cesse brutalement le 13 novembre, après trente-trois jours d'activité.
Philippe Petit/ F. M.-A. Photos Frédéric et René Laï-Yu



