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La situation au piton de la fournaise laisse l'observatoire perplexe
Nouvelle phase d'attente au volcan
Quelques séismes isolés, très faibles, ont été enregistrés hier par le réseau de l'observatoire volcanologique. "On ne peut même pas les exploiter", indiquait Philippe Catherine, électronicien, de permanence samedi après-midi. Pourtant, le volcan s'était montré encore très actif vendredi puisqu'on a comptabilisé 33 événements, un nombre qui reflète parfaitement la physionomie de la semaine écoulée, au cours de laquelle jusqu'à 42 séismes ont été enregistrés, en nette augmentation par rapport à la semaine précédente.
Mais surtout, il y a ce phénomène qualifié d'inhabituel par les scientifiques : la migration des séismes vers une zone plus profonde, ce qui ne s'est jamais vu depuis que le piton de la Fournaise fait l'objet d'une surveillance instrumentale, c'est-à-dire depuis 1979. Au cours de la nuit de jeudi à vendredi (voir notre édition d'hier), le foyer des séismes - les hypocentres, disent les chercheurs - s'est déplacé très rapidement d'une zone superficielle (entre le niveau de la mer et + 500 mètres) vers une zone comprise entre - 1 et - 2 kilomètres sous le niveau de l'océan, soit entre 3,5 et 4,5 kilomètres sous le sommet du Piton de la Fournaise. Par ailleurs, ces événements sont désormais localisés non plus à l'aplomb du cratère Dolomieu mais légèrement à l'ouest du cratère Bory.
Déjà une crise sismique le 3 mars
Les sismologues de l'observatoire avouent leur perplexité devant ce cas de figure nouveau pour eux. Cet épisode survient après quatre semaines de crise du volcan dont ils suivent le réveil depuis les premiers jours du mois de janvier. Après cette période d'agitation déjà assez longue pour le piton de la Fournaise, alors que ses éruptions surviennent le plus souvent avec des préavis très courts (quelques jours voire quelques heures) et rarement supérieurs à une quinzaine
de jours, faut-il reconsidérer la suite possible des événements ?
La crise sismique du 3 mars, qui avait justifié le passage en alerte 1 (éruption imminente) et la fermeture provisoire de l'enclos, a manifestement avorté, même si le gonflement du volcan sous la pression du magma s'est poursuivi depuis sans guère de relâche. Il est sans doute trop tôt cependant pour dire qu'un nouvel équilibre s'est installé au sein du système superficiel de stockage du magma, qui expliquerait la disparition de la sismicité dans cette zone, aux dépens de la mobilisation d'un système plus profond. Dans un tel cas, cela signifie-t-il qu'une nouvelle phase d'attente s'installe avant une prochaine éruption dont plusieurs chercheurs de l'observatoire volcanologique estimaient il y a quelques jours dans les colonnes du "Journal de l'île" qu'elle approchait ?
Il y a une semaine déjà, le piton de la Fournaise s'était offert une brève période de repos de vingt-quatre heures avant que la sismicité ne reprenne de plus belle à partir du week-end dernier.
F. M.-A.