ARTICLE DU 28/02/2001
La probabilité d'une prochaine éruption
-la première du millénaire ! - se renforce: l'observatoire
volcanologique détecte de nouveaux signes d'activité qui
confirment le réveil du volcan constaté en janvier, quelques
mois à peine après la dernière éruption d'octobre
2000.
A voir sur le Web:
•
La webcam donnant sur le volcan
•
La site de l'observatoire
L'observatoire volcanologique
redouble de vigilance alors qu'il enregistre de nouveaux séismes
Préalerte à la
Fournaise

Dès le 3 février dernier, le Journal de l'île annonçait
la reprise d'activité du Piton de la Fournaise. Une lente montée
en pression depuis le début du mois de janvier, accompagnée
de séismes à partir de la fin de ce même mois. Puis,
il y a une quinzaine de jours, les sismomètres ont brusquement cessé
d'enregistrer ces secousses liées à des mouvements de magma.
Simple rémission ? Sans doute, puisque ce week-end les alarmes ont
a nouveau retenti à l'observatoire volcanologique de Bourg-Murat:
trois séismes samedi, treize dimanche, dix-neuf lundi, déjà
une quinzaine hier en début de soirée. Toujours d'une magnitude
assez modeste (* 1) localisés à l'aplomb du sommet, peu profonds,
dans une zone proche ou un peu au-dessus du niveau de la mer.
Après la première séquence du début du
mois, et constatant une augmentation du nombre des événements,
à défaut de leur intensité, Thomas Staudacher, directeur
de l'observatoire volcanologique, prévenait dès lundi la
préfecture pour proposer un passage en phase de préalerte,
décrétée hier. Même s'il est impossible pour
les scientifiques de se prononcer sur la date possible de l'éruption
maintenant attendue, elle ne fait en tout cas guère de doute. Toutes
les données enregistrées depuis huit semaines par le réseau
de surveillance confirment un gonflement perceptible du massif du volcan
qui ne s'est pas relâché. De fait, les permanences vingt-quatre
heures sur vingt-quatre ont repris hier à l'observatoire pour faire
face à toute éventualité.
__________________
PAS D'INTERDICTION D'ACCÈS À L'ENCLOS
En phase de préalerte, les marcheurs et autres touristes peuvent
arpenter à leur guise les pentes du volcan puisque l'accès
à l'enclos reste autorisé. Néanmoins, en pareille
situation d'attente, il convient sans doute de faire preuve de vigilance.
On sait que les crises sismisques sont parfois très brèves
au Piton de la Fournaise : la plupart du temps quelques heures, très
souvent une heure à peine. Moins de temps qu'il n'en faut pour prévenir
les randonneurs présents sur le site. La lave a d'ailleurs jailli
à plusieurs reprises sous leurs yeux ces dernières années,
sans aucun incident à déplorer, l'évacuation se déroulant
dans le calme, l'événement laissant les témoins sous
le charme !
Comme il n'est - heureusement - pas question d'interdire l'accès
à l'enclos en phase de préalerte, a chacun de prendre ses
dispositions. Mais le minimum serait que les visiteurs disposent d'une
information très claire sur le site du Pas de Bellecombe durant
une telle phase d'attente.
Entreprendre le tour des cratères par les temps qui courent est
donc sans doute à éviter. Autant parcourir un volcan en éruption
lorsque l'activité est stabilisée n'est pas forcément
plus dangereux que de circuler sur la route nationale 1, autant le risque
de voir s'ouvrir des fissures sous ses pas n'est pas à prendre à
la légère.
Si l'on doit se rendre au sommet du volcan ces jours-ci, mieux vaut emprunter
le sentier du cratère Bory, la bifurcation à droite peu après
la chapelle de Rosemont. Cette ascension directe - certes plus rude mais
aussi plus courte - fait traverser un secteur généralement
considéré comme à l'abri du risque éruptif.
La zone sommitale située à l'ouest du cratère Bory
semble relativement protégée de la même manière
puisqu'on n'y recense pas d'éruption depuis plusieurs décennies
au moins.
On ne peut pas en dire autant du sentier dit de la Soufrière (bifurcation
à gauche après la chapelle de Rosemont) qui permet d'accéder
au cratère Dolomieu: il a encore été coupé
par les fissures éruptives de l'éruption de février
2000. Même chose pour le sentier qui permet d'effectuer le tour complet
des cratères : il est recommandé de ne pas s'approcher de
sur leurs bords. Déstabilisées par les séismes, les
éruptions précédentes et l'érosion, les parois
s'éboulent périodiquement dans les secteurs les plus fragilisés.
En 1999-2000, plusieurs fissures éruptives se sont ouvertes dans
le fond du cratère Dolomieu, recoupant ses bords et le sentier qui
le longe...
Evitez donc de vous écarter des sentiers balisés. Lisez attentivement
les panneaux de recommandations de l'Office national des forêts.
Et n'oubliez pas qu'il fait compter environ deux heures pour regagner le
parking du Pas de Bellecombe depuis le sommet du volcan... si aucune coulée
ne coupe votre retraite !
François
Martel-Asselin
LES PHASES D'ALERTE
- La préalerte décrétée
hier correspond, aux termes du plan de secours spécialisé
(PSS) éruptions volcaniques publié en 1992, à "une
situation d'activité géophysique anormale". Cette situation
peut se terminer par un retour à un niveau d'activité normal
(préalerte levée), se maintenir pendant une période
quelconque (de un jour à plusieurs semaines) ou déboucher
sur une crise éruptive (on passe en alerte).
- Alerte n° 1 : éruption imminente.
"L'observatoire détecte les signes d'une crise intrusive qui selon
toute probabilité se traduira par une sortie de lave". L'accès
à l'enclos devient interdit. En l'absence de sortie de la lave,
il est possible de revenir en préalerte.
- Alerte n° 2 : éruption dans l'enclos.
- Alerte n° 3 : éruption hors enclos.
"Cette étape traduit la détection d'activité vers
les zones basses". Les communes de la côte sont averties du risque
de coulées.