ARTICLE DU 08/12/01
"Une éruption est toujours possible dans les semaines à venir, indiquait-on hier à l'observatoire volcanologique du piton de la Fournaise, mais son imminence s'est éloignée" : si la préfecture a levé hier la préalerte en vigueur depuis le 1er octobre dernier, la vigilance reste donc de rigueur du côté des scientifiques.
Préalerte levée hier au piton de la Fournaise
Le faux retour au calme du volcan

Après sa dernière crise sismique, il y a huit jours (88 séismes en 23 minutes), le volcan a certes retrouvé son calme, mais de manière toute relative. Au cours de la semaine écoulée, le nombre des séismes s'est en effet limité à une dizaine par jour à peine, tous de faible magnitude, contrastant avec les dizaines de séismes quotidiens dénombrés ces dernières semaines. Du coup, la préfecture a décidé de lever la préalerte en vigueur depuis le 1er octobre, hier à 12 h.
Pour le jour de l'an ?
Néanmoins, le ralentissement de l'activité ne doit pas occulter une réalité : le piton de la Fournaise ne fait sans doute que marquer une pause. Si les valeurs atteintes par les inclinomètres (mesure du gonflement du volcan) stagnent depuis sa dernière crise sismique du jeudi 29 novembre, celles fournies par les extensomètres, capteurs qui mesurent l'écartement des fissures, continuent de progresser.
Comme on le sait, après la fin de l'éruption du piton Madoré (11 juin), dont les coulées ont traversé la route nationale 2 les 6 et 7 juillet dernier, la sismicité avait repris graduellement. Le seuil d'une dizaine de séismes quotidiens atteint, l'observatoire avait proposé à la préfecture, le 1er octobre, d'activer la préalerte. Deux brèves crises sismiques, les 5 et 29 novembre, avaient conduit la préfecture à activer l'alerte n° 1 dite d'éruption imminente et à interdire l'accès à l'enclos quelques jours à chaque fois.
Après ces trois mois plutôt agités - dont dix semaines de préalerte, du jamais vu - la probabilité d'une prochaine éruption demeure donc. "Une question de semaines peut-être", selon l'observatoire volcanologique. A l'appui de cette hypothèse, les scientifiques reviennent sur une méthode expérimentale grâce à laquelle ils ont pu prévoir avec une bonne précision la plupart des éruptions de ces trois dernières années. Ces éruptions étaient toutes survenues au bout d'environ 100 jours d'augmentation des valeurs indiquées par les extensomètres, qui avaient permis de déterminer un "seuil de rupture".
Mais, note Thomas Staudacher, responsable de l'observatoire volcanologique, "durant le mois de septembre, l'augmentation a été bien plus faible qu'avant les dernières éruptions, moitié moindre environ. Depuis mi-octobre cependant, poursuit le chercheur, l'augmentation est revenue à son niveau antérieur". D'où le pronostic de la possibilité d'une éruption dans les semaines à venir, livré hier avec prudence. Mais c'est le volcan qui décide en dernier ressort. Avec un peu de chance, rêvent déjà certains, on fêtera le passage à l'année 2002 sous les étoiles en admirant une éruption...
François Martel-Asselin