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ARTICLE DU 30/11/2001
L'observatoire volcanologique est confronté à une situation sans précédent : depuis deux mois exactement, la sismicité enregistrée au piton de la Fournaise se maintient à un niveau élevé. Une nouvelle crise, survenue hier soir, n'a pas trouvé pas son dénouement. Selon un chercheur, "ce n'est pas une éruption habituelle qui se prépare".

Nouvelle crise sismique hier soir au volcan

Volcan : l'enclos interdit


La situation au volcan devrait alimenter les discussions, ce matin, du traditionnel comité de liaison annuel qui réunit scientifiques et élus du Département, l'un des bailleurs de fonds de l'observatoire volcanogique de l'Institut de physique du globe de Paris. D'autant qu'une nouvelle crise sismique qui s'est produite hier soir a tourné court, à l'image de la précédente du 5 novembre dernier.
Les chercheurs se déclarent bien perplexes face à cette situation inédite pour eux : depuis la création de l'observatoire, fin 1979, et sur près de trente-cinq éruptions étudiées, ils ne possèdent pas d'exemple d'une phase d'attente qui s'inscrive dans une telle durée (lire par ailleurs). Sans tomber dans le jeu des prédictions, "on n'ose plus rien dire", confiait par exemple ces jours derniers Philippe Kowalski, le responsable technique. Un sentiment qui trouve écho auprès de ses collègues. Après l'éruption du piton Tourkal (mars 2001), qui s'était déjà singularisée par une crise d'un mois jugée inhabituellement longue, les chercheurs doivent se rabattre aujourd'hui sur de prudentes hypothèses.
"Trois mois, cela fait très long, effectivement", relevait hier Patrick Bachèlery, directeur du laboratoire des sciences de la Terre de l'université de la Réunion. Fort de vingt-cinq ans de fréquentation du volcan de la Réunion, il admet que la situation actuelle échappe aux schémas classiques.

Des similitudes avec les laves de l'éruption de 1977


D'où un jeu de remue-méninges, destiné à explorer les diverses pistes possibles, quitte à balayer une hypothèse à peine énoncée, histoire de ne négliger aucun élément objectif. "Une des possibilités, poursuit l'universitaire sur ce thème, mais c'est purement gratuit, c'est que l'activité actuelle soit plus tectonique que magmatique. Il pourrait s'agir de réajustements ou d'effondrements". Ainsi l'éruption hors enclos de Saint-Philippe, en 1986, s'était-elle conclue, après la vidange du réservoir de magma, par un effondrement de son "couvercle" et la formation d'un gigantesque puits à l'intérieur du cratère Dolomieu.
"Cela dit, à l'encontre de ce schéma, souligne-t-il dans la foulée, il y a le gonflement actuel du volcan. Si c'était tectonique avec des effondrements, on verrait plutôt une déflation ndlr : un dégonflement
. Or, à la fois les inclinomètres et les extensomètres montrent un gonflement de la zone centrale. Ce qui va plutôt dans le sens, au contraire, d'une préparation d'éruption".
Cela posé, le chercheur rappelle la crise du volcan Karthala, aux Comores, en 1991, qui s'était achevée sur une gigantesque explosion à l'intérieur du cratère. "Trois mois de préparation sismique pour déboucher sur une éruption phréatique ndlr : mise en contact, explosive, d'eau contenue dans le massif du volcan avec le magma
, précédée de dix jours de crise sismique très intense. Mais nous n'en sommes pas là.
En tout état de cause, pour Patrick Bachèlery, "ce n'est pas une éruption habituelle qui se prépare, a priori. Cela serait vraiment décevant si cela se terminait par une petite éruption magmatique classique". Et de poursuivre : "Je pense que la pression augmente dans le système. Est-ce que c'est du magma qui monte et qui remplit les structures superficielles ? Mais il n'y a pas de séismes profonds..."
Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, rapporte pour sa part l'analyse de son collègue Michel Semet, géochimiste à l'Institut de physique du globe. Fondée sur l'étude de la composition des laves émises au cours de l'éruption de juin-juillet dernier au piton Madoré, elle offre peut-être la clé de l'éruption attendue. Remarquables par leur composition, inhabituelle (un taux d'olivines, ces gros cristaux verdâtres et brillants bien reconnaissables, proche de 7 %), ces laves de juillet ont de surcroît évolué rapidement en fin d'éruption : les scientifiques sont même venus à distinguer les deux coulées qui ont traversé la route à vingt-quatre heures d'intervalle !
Ainsi le chercheur y a-t-il trouvé, entre autres indices, une très forte teneur en magnésium. Ces données ouvrent la voie à de nouvelles idées sur l'origine peut-être profonde de ce magma à l'aspect peu évolué, qui n'aurait donc pas stagné dans une chambre plus superficielle. Dès le mois de juillet, des rapprochements avaient d'ailleurs été effectués avec l'éruption de 1977, aux laves riches en olivines ... comme on n'en a jamais revu depuis. Une éruption remarquable par l'importance du volume de lave émis et sa fluidité. Mais faute d'observatoire à l'époque, on ne possède aucune donnée sur la crise qui l'a précédée. Aussi Michel Semet évoque-t-il aujourd'hui prudemment la possibilité d'une "belle éruption" ...
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APRÈS DEUX MOIS DE PRÉALERTE

Hier soir, 90 séisme en 23 minutes...

Alors que les gardes se poursuivent 24 heures sur 24 depuis deux mois à l'observatoire volcanologique, une deuxième crise sismique, après celle du 5 novembre, a été enregistrée hier soir, laissant penser à l'imminence d'une éruption. Mais elle a pris fin au bout de 23 minutes, après 90 séismes...

- Fin août dernier,
premiers frémissements du piton de la Fournaise après la fin de l'éruption du piton Madoré, le 11 juin dernier, dont les coulées ont atteint la route nationale 2, les 6 et 7 juillet, en même temps que l'activité prenait fin.
- En septembre,
une activité sismique discrète s'installe et débouche, le 1er octobre dernier - cela fera donc deux mois exactement demain - sur l'activation par la préfecture de la phase de préalerte, le seuil d'une vingtaine de séismes quotidiens étant atteint.
- Le 5 novembre,
soit cinq semaines plus tard, débute une crise (activation de l'alerte n° 1 d'éruption imminente) dont tout laisse à penser qu'elle peut déboucher sur l'éruption attendue. Elle cesse brusquement après une soixantaine de séismes en cinquante minutes. L'enclos du volcan, aussitôt interdit, rouvre le 8 novembre, en raison d'un relatif retour au calme.
- Depuis,
le gonflement du massif du volcan se poursuit, la sismicité reste plus que jamais présente (entre 30 et 50 séismes quotidiens), confirmant qu'il se passe bien quelque chose dans les entrailles du volcan. Depuis quelques jours, l'observatoire enregistre des séismes de magnitude plus importante, proche de 2, qui pourraient bien traduire une évolution de la situation.
- Hier soir,
entre 22 h 21 et 22 h 40, nouvelle crise sismique. Quatre-vingt dix événements (magnitude maximale : 2) en vingt-trois minutes. Alerte n° 1. L'accès à l'enclos est interdit.


COLLOQUE INTERNATIONAL, DU 3 AU 5 DÉCEMBRE

L'imaginaire du volcan

Contes, mythes, légendes, oeuvres artistiques inspirées par les montagnes de feu... L'imaginaire du volcan sera le thème du colloque organisé de lundi à mercredi par l'université de la Réunion. Des intervenants de plusieurs régions du monde apporteront leur contribution à cet échange de réflexions à dominante littéraire.


Pour une fois, le volcan ne sera pas l'objet de réflexions scientifiques et techniques. Le colloque consacré, la semaine prochaine, aux montagnes de feu, abordera ces phénomènes naturels sous l'angle des sources d'inspiration qu'ils ont représentées et qu'ils représentent toujours, à travers le monde
Sous le titre "L'imaginaire du volcan", le colloque ouvert au public se tiendra du 3 au 5 décembre, à l'université de Saint-Denis pour la première journée, à la Maison du volcan pour la deuxième, et à l'IUT de Saint-Pierre pour la dernière.
Ce quatrième colloque organisé par la faculté des lettres et des sciences humaines cette année, en partenariat avec le CIEP (Cente international d'études pédagogiques), la SEML Réunion Muséo-Maison du volcan et l'IUT de Saint-Pierre, accueillera des intervenants des Comores, de Madagascar, de Mayotte, d'Afrique du Sud et du Japon.
Françoise Sylvos, maître de conférence en lettres modernes à la faculté des lettres et des sciences humaines de l'université de La Réunion, a imaginé et organisé la manifestation.
"Comment l'homme, effrayé et fasciné par une catastrophe naturelle qui peut anéantir en quelques heures des villes entières se représente-t-il le volcan ?, interroge-t-elle. Sacralisation, diabolisation, humanisation, monstruosité font partie des lieux-communs de la représentation volcanique. Parce qu'il effraie, le volcan stimule l'imagination et se trouve à l'origine de mythes, de contes, d'œuvres artistiques... "
Plus de trente exposés, discussions et conférences littéraires seront données sur les trois jours. "Ce n'est sans doute pas un hasard si le volcan continue d'être un objet littéraire privilégié dans une région, la nôtre, où il est toujours en activité", affirme Françoise Sylvos.
La journée centrale du colloque, mardi, à la Maison du Volcan, sera consacrée aux volcans de l'océan Indien. Entre autres conférences, Sophie Linon-Chipon, du CRLV (Centre de recherches sur la littérature de voyages, Paris-Sorbonne), abordera le sujet de la place du volcan sur les cartes de l'île de La Réunion, des origines à 1800. Où l'on voit que l'imaginaire a longtemps situé le volcan au centre de l'île, sans lien avec la réalité géographique.
"A travers les légendes et les représentations du volcan, le sujet du colloque concerne au premier chef l'histoire, le patrimoine culturel, linguistique, humain de La Réunion", conclut Françoise Sylvos.

François Martel-Asselin / Séverine Dargent


Accès à l'enclos interdit

Suite à la crise sismique d'hier soir, la préfecture a activé, à 23h30, l'alerte n° 1 dite d'éruption imminente. En conséquence de quoi, l'accès à l'enclos du piton de la Fournaise est à nouveau interdit au public pour une durée encore indéterminée.