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ARTICLE DU 27/07/2001

Le piton de la Fournaise un volcan actif et touristique

Suite à diverses plaintes de M. Yves Séverin dans un quotidien, je me suis décidé, malgré le peu de temps libre, à prendre ma plume pour remettre quelques faits concernant le piton de la Fournaise à leur juste place.
Le piton de la Fournaise est effectivement considéré comme un volcan-laboratoire. Vu ses éruptions fréquentes, il permet d'étudier les précurseurs annonçant les éruptions et de tester des outils de surveillance. Ce travail de surveillance et de recherche n'est pas effectué seulement pendant les éruptions, mais toute l'année, sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et surtout, c'est un laboratoire ouvert au public : les nombreux randonneurs, créoles et métropolitains, et les touristes, qui nous interrogent sur le terrain, qui posent des questions sur le volcan, sur nos instruments et sur la surveillance, ont toujours reçu des réponses aimables et peuvent en témoigner.
D'après M. Séverin, l'enclos a été transformé en laboratoire gardé. Ceci est bien sûr faux, et inutile pour les scientifiques, puisque pratiquement toutes les informations recueillies sur le volcan sont transmises par radio à l'observatoire et peuvent y être consultées en temps réel. M. Séverin confond certainement les chercheurs avec les photographes, cinéastes et journalistes, qui eux ont des intérêts personnels et commerciaux. Précisons que l'Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise n'a rien à voir avec l'attribution de laissez-passer pour ces derniers.
Mais revenons à une des tâches essentielles de l'observatoire : la surveillance dans le cadre de la sécurité civile. Il est de mon devoir, dès qu'il y a des signes d'éruption ou risque d'effondrement dans le Dolomieu, de prévenir les autorités qui, elles décident, après discussion avec l'observatoire, d'une éventuelle fermeture du Pas de Bellecombe. D'après M. Séverin, ceci semble inutile, puisque "pratiquement aucune éruption n'a jamais touché les sentiers balisés". Je tiens en réponse à rappeler la liste des éruptions qui ont dernièrement coupé un ou plusieurs sentier(s) :
- 9 mars 1998 (sentier vers la Soufrière)
- 19 juillet 1999 (sentier des cratères vers Maillard)
- 28 septembre 1999 (sentier des cratères au sud du Dolomieu)
- 14 février 2000 (sentier vers la Soufrière)
- 23 juin 2000 (sentier de secours)
- 12 octobre 2000 (début à proximité du sentier des cratères)
- 27 mars et 11 juin 2001 (début à proximité du sentier des cratères).
Toutes les éruptions ont par ailleurs coupé le sentier de secours, qui est également fréquenté par le public, à un ou plusieurs endroits.
Le risque pour les randonneurs, qui par beau temps fréquentent ces sentiers par centaines, me semble donc plutôt réel.
Je me permets également de mentionner une anecdote datant de "l'ancienne époque", si chère à M. Séverin : en 1986, une crise sismique intense sous le sommet pendant une éruption avait annoncé un effondrement dans la partie Est du Dolomieu. La formation d'un trou de 200 mètres de diamètre et 80 mètres de profondeur avait provoqué des projections de roches décimétriques sur un rayon d'environ 500 mètres, couvrant le bord Est du Dolomieu jusqu'au Maillard : tout le sommet était couvert par une couche de poussière rocheuse. Heureusement l'effondrement s'était produit en pleine nuit et la fréquentation touristique de l'époque était encore très faible.
Lors de la dernière éruption, une situation similaire est apparue : nous avons observé des centaines de séismes par jour sous le sommet. Fallait-il laisser les touristes se débrouiller tous seuls dans un éventuel déluge de roches ? N'en déplaise à certains, la réponse de l'observatoire est assurément "non", le risque était tout sauf négligeable.
En ce qui concerne les coulées dans le Grand Brûlé, il n'existe malheureusement pas d'instruments pour surveiller leurs fronts. Il faut regarder, ouvrir les yeux. La surveillance des coulées qui s'approchent de la RN2 incombe aux autorités et n'est pas le travail de l'observatoire volcanologique. D'ailleurs en juillet de cette année, la gendarmerie l'avait annoncé en temps utile. Ensuite, c'est à la préfecture de décider des mesures à prendre et de régler la circulation.
Bref, si le piton de la Fournaise est un lieu de randonnée magnifique, il est aussi et avant tout un volcan actif avec actuellement plusieurs éruptions par an, cependant parcouru par des dizaines, voire des centaines de marcheurs. Négliger le danger lors des risques d'éruption ou des moments de sismicité importants serait faire l'autruche, et jouer avec la sécurité du public, si ce n'est avec sa vie. C'est pourquoi quelques mesures raisonnables s'imposent, pour que les éruptions du piton de la Fournaise continuent de ne tuer personne.
Thomas Staudacher
(La Plaine-des-Cafres)
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