ARTICLE DU 20/07/2001
Seulement 13 jours après que la lave a coupé la route entre Sainte-Rose et Saint-Philippe, les bulldozers se sont lancés à l'assaut des montagnes de graton. Malgré la chaleur toujours vive des coulées, plus de 200° à un mètre sous la surface, les pelles mécaniques ont avancé de manière spectaculaire sur la roche volcanique. Selon la direction de l'Equipement, il y aura dès ce soir une piste carrossable ouverte à la circulation.
Une piste provisoire en attendant une voie de contournement de la coulée
Route de lave

Il n'aura donc fallu que 13 jours entre le passage des coulées, les 6 et 7 juillet derniers, et le lancement des travaux de réouverture de la route nationale 2. La DDE qui s'était jusqu'alors montrée prudente, envisageant le début des travaux en septembre, a finalement accéléré la cadence.
Le bureau régional d'études minières (BRGM) a assuré que la coulée était compacte et que l'on pouvait y engager des engins sans craindre de les voir s'enfoncer dans un tunnel de lave. Restait à gérer rapidement la consultation des entreprises. Il n'a fallu que quelques jours pour que les patrons des entreprises de travaux publics rendent leur copie, et que l'administration donne son feu vert. "Comme quoi, quand ils veulent ils peuvent", commentait un promeneur...
Côté Sainte-Rose, les bulls de la Sarl Law-Yat ont été retenus. À Saint -Philippe, SBTPC s'est mise au travail. Les sociétés se partagent un marché de près de 900 000F.
Les deux entreprises doivent relever le défi d'ouvrir une route provisoire complètement terminée dès la fin de la semaine prochaine. Hier matin, les ouvriers de ces deux entreprises ont tracé à la peinture orange les repères de la piste. Son tracé ne reprend pas exactement celui de la nationale. Elle va passer quelques mètres plus près de la mer, ce qui permet de ne pas aborder la coulée de front, depuis la route bitumée, là ou elle est haute de plus de quatre mètres.
La pelle mécanique s'est engagée sur la coulée vers 10 h, côté Vierge au Parasol. Le chantier de Saint-Philippe avait commencé un peu plus tôt dans la matinée.
VITE FAIT
Les engins ont avancé à une vitesse étonnante. "Ils n'ont pas à creuser dans la coulée, expliquait Slimane Bouakil, de la DDE, mais simplement à aménager des rampes d'accès et à tasser la surface. " De fait, la pelle mécanique servait davantage à casser les blocs qu'à les déplacer. Les larges chenilles de l'engin ont fait le reste, laissant derrière elles une tranchée dégagée, mais bouillante.
Le pilote du tractopelle a fait des pauses régulières. Même depuis le poste de pilotage de l'engin, il sentait bien les bouffées de chaleur monter du sol. Mis à rude épreuve, il n'en restait pas moins fier d'être le premier de cordée, le premier de coulée.
La mécanique n'a par contre pas du tout souffert de ces conditions de travail inhabituelles. Les vieilles histoires de bulldozers en surchauffe qu'il fallait arroser de peur que leurs réservoirs d'huile ne s'enflamment sont à ranger au musée des sciences et techniques. Les engins d'aujourd'hui sont apparemment capables de soulever des montagnes, même en feu. La mécanique a fait des progrès depuis 1986 et les coulées de Takamaka. Pourtant, par endroits, les conducteurs d'engins des deux chantiers ont préféré battre en retraite en passant sur des points chauds. On ne badine pas avec la sécurité...
Une fois la piste déblayée, la tranchée a été copieusement arrosée. Il ne s'agissait pas de refroidir la coulée en profondeur (il faudra des mois), mais simplement de permettre le passage des camions qui ont hier après-midi commencé à déverser du gravier sur la piste. D'ici ce soir les entreprises auront posé un tapis de près quatre-vingts centimètres de gravier, compacté au rouleau compresseur. La piste sera alors un peu isolée du chaud et permettra le passage des véhicules en toute sécurité, sans risque de voir la gomme des pneus fondre, ni la route s'ébouler dans les gratons.
Cette première phase de travaux s'achèvera en fin d'après midi. La DDE prévoit de laisser passer les voitures presque normalement ce week end. On y circulera à 30 km/h, vitesse normale pour une piste en chantier. La semaine prochaine, les ouvriers seront encore à l'œuvre pour consolider la voie et poser les nouveaux enrobés. La route sera ouverte épisodiquement, un quart d'heure toutes les trois heures. La nouvelle route provisoire, bitumée, large de six mètres et totalement sécurisée devrait être ouverte dans une semaine, le vendredi 27 juillet.
Texte : Philippe Petit - Photos: René Laï-Yu




QUEL TRACÉ POUR LA ROUTE DÉFINITIVE ?
La piste en construction n'est rien d'autre qu'une déviation provisoire. La DDE n'a encore rien décidé quant au tracé de la route définitive. Des réunions auront lieu dans le courant du mois d'août avec l'ONF, la direction de l'environnement pour choisir la meilleure manière de valoriser cette nouvelle curiosité géologique. Rien n'empêche en effet d'imaginer que le tronçon de route qui mène aux deux coulées soit purement et simplement transformé en parking et en aire de promenade tandis que la route nationale passerait quelques dizaines de mètres plus haut ou plus bas.
En procédant de cette manière, on se laisse une entière liberté dans l'aménagement du site. Pourquoi pas alors un parc volcanique, avec un sentier taillé à l'intérieur de la coulée, qui permettrait de se promener au cœur même de la lave? C'est une idée que défend Patrick Bachèlery, directeur du laboratoire des sciences de la Terre de l'université de la Réunion, et qui permettrait aux visiteurs de se rendre compte de la force du phénomène.
La DDE aurait comme limite pour l'achèvement des travaux de la nouvelle RN2 le début de la saison cyclonique, et la date symbolique du 20 décembre. Le budget de ce grand chantier voisine les 4,5MF.