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ARTICLE DU 13/07/01
Les coulées du volcan qui ont englouti la RN 2 il y a une semaine risquent bien d'être l'attraction ce week-end encore. Ça chauffe, ça rougeoie, ça fume toujours mais ce n'est pas forcément dangereux, pour peu qu'on reste raisonnable.

Le spectacle du piton de la Fournaise est toujours du côté de Sainte-Rose et de Saint-Philippe

Gratons à déguster chauds !


Le calme règne sur la route du Grand-Brûlé: et pour cause, vendredi et samedi derniers, deux coulées de l'éruption du 11 juin, n'en ont fait qu'une bouchée, la recouvrant d'une couche de quatre à cinq mètres de lave que les voitures ne risquent pas de franchir à nouveau avant une quinzaine de jours.
La coïncidence avec le début des vacances scolaires de l'hiver austral est sans doute trop belle pour ne pas en profiter : emmenez donc les marmailles se réchauffer non pas au coin du feu d'une cheminée des Hauts, mais sur les coulées encore rougeoyantes par endroit.
Car, ô miracle ! si le volcan s'est tu samedi dernier déjà, il n'a pas fini d'expirer. On peut aller sentir son haleine encore brûlante du côté de Sainte-Rose ou de Saint-Philippe. Et pourquoi se priver pour une fois qu'une éruption est à portée de voiture ?
Hier matin, entre un géologue en vacances ravi quoique un peu dépité ("Arrivés mardi, on a raté la coulée"), des Réunionnais en culottes courtes juchés sur la montagne de laves, avides de sensations mais pas téméraires ("Maman, ça craint !"), des touristes dubitatifs ("Monsieur, c'est vraiment de samedi ?"), le piton de la Fournaise n'a pas déçu son fan club. On a voulu toucher du doigt là où c'était chaud, faire flamber un bâton dans un trou rouge, faisant fi des panneaux recommandant de ne pas tenter d'escalader la coulée.
D'ailleurs, c'est tout juste si la succession des marcheurs n'y a pas taillé comme des marches et on commence déjà à deviner un cheminement dans les gratons, réduits en poudre à force d'être piétinés. Du haut de la coulée, on ne voit pas Montmartre, certes, mais l'Océan d'un côté, le sommet du volcan de l'autre. Le paysage s'étend à perte de vue, débarrassé des filaos qui limitent généralement la portée du regard dans le Grand-Brûlé. Il ondule, les ondes de chaleur le transforment en mirage...
Hier matin, un visiteur âgé équipé d'un système mobile d'assistance respiratoire n'osait pas trop s'approcher des coulées, inquiet pour la bouteille d'oxygène - véritable bombe dans un tel lieu, semblait-il craindre - qu'il portait sur son dos. Et pendant ce temps, au camion-bar de la Vierge au parasol, les affaires marchaient déjà avec l'arrivée du public. Le sandwich piment-mayonnaise gratiné semble en vogue. De là à faire fondre le fromage sur les coulées, peut-être pas.
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SUIVEZ LE GUIDE...

Les coulées étaient certainement moins dangereuses quand, incandescentes, à plus de 1100°, elles traversaient la route : au moins, personne ne pouvait les approcher, le mur de chaleur suffisant à tenir au large les plus inconscients. En revanche, aujourd'hui, on peut s'y écorcher, voire s'y brûler !

* Chaussures fermées et solides, pantalon et pourquoi pas des gants vous suffiront pour découvrir ces dernières coulées, encore chaudes, très chaudes... voire rougeoyantes à dix centimètres sous la surface en quelques endroits.
En vous équipant ainsi, vous éviterez tous les désagréments habituels : blessures dues au gratons coupants et brûlures, aux mains comme aux jambes. On estime en effet qu'une lave rougeoyante affiche une température de l'ordre de 800°. Ne laissez donc pas de jeunes enfants se promener inconsidérément...

* S'agissant de coulées de lave scoriacées (gratons), et donc très pâteuses, la présence de tunnels qui pourraient s'effondrer est peu vraisemblable. Il n'y a pas eu de coulées fluides comme à la Vierge au parasol en 1998, qui donnaient des laves lisses, propices à la formation de tunnels lorsque la lave finit de s'écouler et qu'ils cessent d'être alimentés, en fin d'éruption par exemple.
Néanmoins, prudence : les gratons, empilés sur plusieurs mètres d'épaisseur comme un jeu de mikado, sont instables et prennent un malin plaisir à basculer pour peu qu'on pose le pied au mauvais endroit.
• Les aspérités des blocs de lave valent parfois des aiguilles d'oursin; la vapeur qui sourd aux abords des coulées en bordure de route peut vous ébouillanter si vous en approchez les mains ou le visage.

* Enfin, ne prélevez pas trop d'échantillons. Laissez suffisamment de gratons pour que l'entreprise chargée de la réfection de la route puisse justifier la rétribution de sa prestation.

François Martel-Asselin




A VOIR

Un kilomètre et demi sépare les deux coulées dont la plus au nord mesure environ 80 mètres de large; elle s'est arrêtée 80 m en aval après avoir traversé la route samedi matin dernier vers 9h15. Elle comporte de beaux cristaux d'olivine (jaunes-verdâtres brillants) en plus grande quantité et plus gros (5-6 mm) que la coulée la plus au sud qui avait franchi la nationale 2 vendredi vers 15h30. Cette dernière mesure 100 mètres de large; elle est descendue 300 m en aval de la route. Lorsque l'on vient du sud, un surprenant panache de vapeur s'échappe à droite et en dessous de la chaussée avant même que l'on bute sur le mur de la coulée: la chaleur dégagée par la lave vaporise sans doute l'eau d'une petite nappe ou d'un ruisseau qui passait par là et n'avait rien demandé à personne.
La température immédiatement devant la sortie n'est pas soutenable (risque de brûlures). N'essayez pas d'y faire cuire vos bouchons.