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ARTICLE DU 10/07/2001
Un groupe de travail a été constitué hier à la direction de l'Equipement pour étudier la meilleure manière de déblayer les deux coulées qui coupent la nationale 2 entre Saint-Philippe et Sainte-Rose et de permettre à nouveau la circulation. Ce chantier reste pour l'heure une équation à plusieurs inconnues. En 1986, le choix retenu avait été de reconstruire la route au-dessus des coulées.

Les travaux de réouverte de la RN 2 ne devraient pas commencer avant deux semaines

Il fait trop chaud pour déblayer, laisser la lave refroidir


Au lendemain du déferlement des coulées hors enclos de 1986 de Takamaka et Citrons-Galets, l'Equipement avait travaillé dans l'urgence. Des villages étaient coupés du reste de l'île par la lave. Il fallait organiser le ravitaillement des animaux, et permettre au plus vite aux habitants de retrouver leur maison.
C'est pourquoi des pistes provisoires avaient été tracées dans des coulées encore très chaudes, une semaine à peine après le passage des laves. Les pneus d'un tractopelle avaient explosé sous la chaleur, et les techniciens de la DDE parlent de bulldozers qui prenaient feu en avançant sur la coulée. Il fallait les arroser au fur et à mesure que les flammes prenaient...
Cette fois c'est promis, on ne prendra pas autant de risques. L'axe Sainte-Rose / Saint-Philippe n'est pas d'un intérêt économique majeur. Les bus le fréquentent peu, et sans doute peu de Saint-Rosiens travaillent à Saint-Philippe, ni l'inverse. La route est surtout intéressante pour les touristes
et les autocaristes qui font le tour de l'île. La DDE se fixe donc comme dernière échéance pour ouvrir une voie la rentrée scolaire de septembre, pour qu'aucun lycéen ou élève de centre de formation ne soit lésé. Mais il se disait hier que l'on ne commencerait pas les travaux avant deux semaines, au plus tôt.

AU-DESSUS DE LA LAVE

Pour rouvrir la route, la méthode la plus rapide et la plus économique serait de passer au dessus des deux coulées. Il suffirait de tailler les entrées et sorties en une pente légère et d'y faire passer le nouveau ruban de bitume. La lave constitue un bon soubassement routier. Même percée de quelques tunnels de lave, elle résisterait aisément au passage des voitures. La structure en voûte des tunnels de lave en fait des structures solides.
En pratiquant de la sorte, on réduirait le délai avant le début des travaux, puisqu'il ne faudrait pas attendre le refroidissement du cœur de la coulée. La quantité de roche volcanique à extraire serait également limitée. Entre les déblais et les remblais nécessaires, la balance pourrait presque s'équilibrer. Ce qui réduirait d'autant la durée et le coût du chantier. On s'éviterait le problème de stockage de quelque 2000 mètres cubes de lave froide, une toute première estimation à confirmer.
C'est cette méthode qui avait été choisie en 1986 à Takamaka, ainsi qu'en 1976. Ces coulées-là étaient épaisses de près de 10 mètres et il avait fallu lisser la pente sur une longue distance. En passant au-dessus, la route devient un promontoire sur la coulée. Depuis les accotements on peut avoir une vue sur l'ensemble du phénomène.

FACILE À BRISER

Quant aux moyens qu'il conviendra de mettre en œuvre pour briser la lave, ils ne sont pas encore définis. La DDE attend de l'observatoire volcanologique des précisions sur la nature de la lave et sa résistance. Toutefois, même si la lave en refroidissant donnait des blocs particulièrement massifs, elle ne résisterait pas longtemps aux brise-roches hydrauliques que la DDE abrite dans ses garages.
Ce ne sont encore que des hypothèses, et l'on pourrait en savoir davantage mercredi, à l'occasion d'un point presse donné par le sous-préfet de Saint-Benoît.
Du côté de l'ONF, qui a en charge l'aménagement des lieux et l'accueil du public, on a abandonné l'idée d'ouvrir un sentier en bord de coulée, expliquait hier M. Dunoyer, directeur-adjoint. Le sol alentour, entièrement constitué d'anciennes coulées de lave, a été jugé trop chaotique pour qu'on puisse y créer un sentier digne de ce nom. En revanche, le site sera équipé - dès que les crédits le permettront - de panneaux d'information qui expliqueront précisément la nature de la coulée et l'histoire de son parcours de près de sept kilomètres depuis le piton Madoré, à 1800 mètres d'altitude, jusqu'à la route.


EDF ET FRANCE TELECOM SEREINS

Les réseaux câblés épargnés par le brasier
Enfouis à un petit mètre sous terre entre Saint-Philippe et Sainte-Rose, les réseaux câblés des deux entreprises nationales Edf et France Télécom ont semble-t-il supporté sans mal la chaleur dégagée par les coulées de lave.

Mise à mal par les flux de magma qui dévalent les pentes de l'enclos, la route reliant Saint-Philippe à Sainte-Rose par le sud de l'île n'est pas l'unique voie de circulation à emprunter cet itinéraire. Artères privilégiées du transport de l'énergie, de l'information et de la communication, les réseaux câblés de l'Edf ou de France Télécom sont enfouis en bordure de la route et se trouvent également sur le chemin des coulées de lave. Si le réseau Edf qui serpente sous le Grand-Brûlé ne fonctionne qu'en cas de panne d'alimentation sur les secteurs de Saint-Pierre et de Saint-Benoît, il semblait néanmoins légitime de s'interroger sur les éventuels dégâts provoqués par ces chaleurs pour le moins inhabituelles.
"Nos câbles ont été enfouis directement dans le sol, à un mètre de profondeur en moyenne, en même temps que ceux de France Télécom, en 1997. Par nature, ces câbles sont conçus pour résister à des températures élevées et faire face à des grosses tensions ou à des reports de charge. Ils ne souffrent donc pas de cette chaleur", explique le directeur de la communication d'Edf, M. Claude Vidot.
Son de cloche presque identique chez son homologue de France Télécom : "Lors de notre réunion hebdomadaire du lundi matin au cours de laquelle nous passons en revue tous les problèmes que nous pourrions éventuellement rencontrer sur notre réseau, le sujet a à peine été abordé", précise M. Sylvain Berthonneau. "Nous avons tout de même effectué des tests ce week-end sur le réseau de fibre optique, et il s'avère que tout fonctionne parfaitement."
L'enfouissement des réseaux câblés répond à des normes strictes. Son coût d'installation dépasse largement celui d'une ligne aérienne mais en respectant ces normes les entreprises s'évitent de nombreux désagréments ... tout en participant à la préservation du paysage.


DES PROPOSITIONS D'AMÉNAGEMENT

Sauver la coulée des buldozers
La découverte d'une coulée de lave récente et qui plus est très facilement accessible, peut-on rêver mieux comme support de travail pour des groupes scolaires ou comme attraction touristique ?
Les épanchements du piton Madoré qui ont atteint la route vendredi et samedi ne mériteraient-ils pas meilleur traitement qu'un vulgaire coup de bulldozer ? En 2001, quinze ans après les coulées de 1986 et vingt-cinq ans après celles de 1976 et de 1977, on pourrait imaginer que la notion de mise en valeur du patrimoine, quelle que soit sa nature, a fait un grand pas. On serait donc tenté de penser qu'on ne va pas raboter furieusement une telle création de la nature, malgré la noirceur de son âme... En deux mots, il serait sans doute judicieux de préserver au moins une des deux coulées arrivées ce week-end à la route, professent quelques esprits imaginatifs.
Dans cette optique, Patrick Bachèlery, directeur du laboratoire des sciences de la Terre de l'université de la Réunion, pointe du doigt l'insuffisance des travaux de déblaiement tels qu'ils ont été menés par le passé : "Souvent, ils ne vont pas assez bas. Ce qui serait bien, c'est d'avoir une vision de la coulée dans sa globalité, jusqu'au niveau du sol antérieur, au lieu de se contenter de travaux de terrassement grossiers".
Philippe Mairine, professeur au lycée Pierre-Poivre de Saint-Joseph, chercheur associé dans le même laboratoire de l'université et auteur, entre autres, d'un "Itinéraire géologique de la route du volcan" édité sous l'égide du conseil général, du rectorat et de l'observatoire volcanologique, abonde dans le même sens : "Il faudrait procéder à une coupe franche et massive. On pourrait y observer, en partant du sol originel, la couche de gratons tombés au fur et à mesure de l'avancée du front de coulée, le cœur de la coulée, assez massif et compact, et la couche supérieure de gratons en contact avec l'air libre". Une véritable tranche de vie en quelque sorte.
Seul hic, découlant des propos des responsables de la direction de l'Equipement (lire par ailleurs) : le coût du travail de déblaiement soigné nécessaire pour aboutir à un résultat flatteur pour l'œil et le pédagogue sommeillant en tout professeur de biologie qui se respecte. Plus le volume de matériau à remuer est important et plus l'addition augmente. Mais que pèsent quelques dizaines de milliers de francs mis en balance avec l'impact durable d'un aménagement raisonné du site ? La balle est dans le camp des aménageurs, conseil général et ONF en tête.


ENCORE PLUS D'OLIVINES DANS LA DEUXIÈME COULÉE

L'éruption terminée, samedi, l'observatoire volcanologique de la Plaine-des-Cafres n'en a pas pour autant fini. Une autre phase de son travail a débuté dès hier matin par une descente dans le Grand-Brûlé. Il s'agissait d'entamer la cartographie des coulées, au moyen d'un système GPS couramment utilisé par les scientifiques puisque le satellite fait depuis plusieurs année déjà partie de ses outils de mesure et de surveillance. Prélever des échantillons représentatifs des différentes phases de l'activité constituait un autre objectif. D'ores et déjà, notait hier soir le directeur de l'observatoire, une nette différence apparaît entre la première coulée qui a coupé la nationale vendredi et celle qui l'a traversée le lendemain : la seconde contient des cristaux d'olivine en quantité beaucoup plus importante et souvent de taille plus généreuse (plus de 5 mm), preuve supplémentaire que l'éruption a mis en jeu un magma de plus en plus différent alors qu'elle tirait à sa fin. Les échantillons prélevés sur la première coulée traduisaient déjà cette tendance par rapport à tous ceux recueillis depuis le début de l'éruption du 11 juin (notre édition d'hier).Les scientifiques devraient tenter dans les jours à venir de ramasser d'autres fragments de lave récents à proximité du piton Madoré, qui s'est tu samedi à 14h58 après 27 jours d'activité. Selon Thomas Staudacher, le niveau très élevé du trémor au cours de sa dernière demi-heure a dû correspondre à un épisode de projections intense.
Le peu de trémor qui subsistait après la fin apparente de l'éruption, samedi, a complètement disparu au cours de la nuit de dimanche à lundi. Le réseau de surveillance a encore enregistré hier quelques séismes de moyenne intensité. Pour les scientifiques, l'éruption est donc terminée et même si la fin brutale de l'éruption les intrigue - au même titre que celle du piton Morgabim au mois d'octobre par exemple -, il n'y avait hier aucun signe de reprise de l'activité.
Sauf contre-ordre, les gardes 24 heures sur 24 devraient donc être levées aujourd'hui même si la vigilance reste de mise puisque la préfecture a décidé le maintien provisoire de la préalerte.

Philippe Petit / Jérôme Jolivet/ François Martel-Asselin




Une coulée de lave, comment ça marche ?


Les gratons du dessus de la coulée s'effondrent en précédant son avancée. Ils forment un véritable tapis déjà solidifié et qui a perdu une partie de sa température .C'est sans doute cette couche de gratons déjà partiellement refroidie et en contact avec le sol qui empêche la chaleur du cœur de la coulée de se transmettre efficacement à la terre, elle-même un isolant à l'efficacité reconnue. Ces conditions suffisent à préserver les câbles enfouis à environ un mètre de profondeur (document Philippe Mairine)


L'ENCLOS ROUVERT AU PUBLIC

- L'accès à l'enclos est à nouveau autorisé;
l'alerte 2 (éruption en cours) est levée avec retour à la préalerte (vigilance). Les randonneurs doivent lire les informations affichées au pas de Bellecombe, se renseigner sur les conditions météo avant de se mettre en route et s'équiper correctement (vêtements chauds et imperméables, eau, nourriture, lampe...)

- Il n'y a plus de dispositif de sécurité
(gendarmes, pompiers...), ni au pas de Bellecombe, ni sur la RN 2 de part et d'autre des coulées.

Les coulées accessibles librement

- La route du Grand-Brûlé est toujours coupée
par les coulées et il faut donc emprunter la RN 3, route des Plaines, pour circuler entre Sainte-Rose et Saint-Philippe.

- En venant de Saint-Philippe comme de Sainte-Rose, les véhicules particuliers et les minibus peuvent désormais accéder jusqu'à 700 mètres environ des coulées.
Les bus et autres transports en commun doivent cependant toujours s'arrêter à la Vierge au parasol, au nord, et à Citrons-Galets, au sud, soit à plusieurs kilomètres du site. Respectez le règles de stationnement et ne gênez pas la circulation.

- Les piétons ont librement accès aux coulées.
Toutefois, la plus grande prudence est recommandée: elles sont très instables si on tente de les escalader. Hier, des zones d'incandescence étaient visibles parfois à une dizaine de centimètres sous leur surface (températures de l'ordre de 7-800°). Le risque de chutes et de blessures n'est pas négligeable (onze personnes soignées ce week-end selon la préfecture).