ARTICLE DU 09/07/01
Les chercheurs déjà au travail
Pourquoi la composition de la lave a-t-elle changé au cours de l'éruption ?

Les scientifiques n'avaient pas vu arriver en surface ce type de lave depuis l'éruption de piton Sainte-Rose en 1977 et celle du cratère Hudson, le 12 mars 1998, passée relativement inaperçue du public, dans l'ouest de l'enclos, trois jours après le début de l'éruption du piton Kapor. La lave des derniers jours de l'éruption du 11 juin comporte en effet un taux inhabituel d'olivines (cristaux verdâtres brillants) de l'ordre de 5 %, qui suscite le plus vif intérêt chez les chercheurs. Dans le cadre de sa collaboration avec l'observatoire volcanologique, le laboratoire des sciences de la Terre de l'université de la Réunion va analyser les échantillons : "Ce qui est intéressant de savoir assez vite, souligne son directeur, Patrick Bachèlery, c'est l'origine de ces olivines. Il va falloir étudier leur morphologie et la chimie du liquide qui les a transportées". L'interrogation subsiste en effet : véritablement provenues des profondeurs avec le magma dans lequel elles baignaient ou tout simplement arrachées aux parois des réservoirs magmatiques superficiels où elles auraient sédimenté au cours du séjour du magma ? Seule l'étude des "lames minces", fines tranches de basalte découpées à l'aide d'un matériel possédé par le laboratoire, permettra de le déterminer. La réponse apportera un éclairage nouveau aux chercheurs sur le fonctionnement du piton de la Fournaise puisque cet aspect du puzzle manque encore à leurs travaux: créé en 1979, l'observatoire n'a pas eu l'occasion encore d'assister à un tel épisode éruptif dont il a enregistré cette fois tous les paramètres, inconnus pour l'éruption de 1977.
DES VISITEURS PAR MILLIERS
Malgré de sérieux embouteillages dans le sud, à Saint-Philippe et de gros ralentissements dans l'est, à Bois-Blanc, la discipline relativement bien consentie - notamment en ce qui concerne le stationnement - a permis ne pas subir le pire sur les routes proches du volcan ce week-end.
Les parkings de la Vierge au parasol ont été en permanence remplis hier encore, la gendarmerie autorisant la descente des rampes de Bois-Blanc au fur et à mesure de la libération des places. Tout chiffrage précis se révélant impossible, indiquait hier soir le capitaine Bonnet, commandant la compagnie de Saint-Benoît, on estime entre 3 et 5000 le nombre de visiteurs samedi et ... beaucoup plus encore hier venus contempler la seconde coulée qui avait coupé la RN 2 samedi matin. Malgré le temps particulièrement maussade sur une partie du Sud, plusieurs milliers de visiteurs ont également convergé tout au long de la journée d'hier vers la première coulée de vendredi, à la limite de séparation des communes de Saint-Philippe et de Saint-Rose. Vers 15h, les gendarmes en faction observaient la présence d'au moins 2 000 personnes. "Au moins autant à proximité que sur la route", corrigeait l'un d'eux, tant il semblait difficile de dénombrer les visiteurs même pas rebutés par la longue marche à entreprendre pour ne plus voir que des laves figées.
Aux postes de secours mis en place, à la Vierge au parasol comme à Citrons-Galets, gendarmes, pompiers et militaires n'ont enregistré que des interventions bénignes (brûlures légères, coupures...). Disciplinée, la foule aura respecté les consignes de prudence et de sécurité, dans le calme. N'oubliez pas que les coulées, refroidies en surface, restent brûlantes à l'intérieur (plusieurs centaines de degrés) pendant plusieurs semaines et que leur surface reste instable, pouvant s'effondrer sans prévenir...

La composition de la lave émise a varié au cours de l'éruption, comme le révélait dès dimanche le Journal de l'île. Un fait constaté samedi matin par Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, au vu des échantillons recueillis sur la coulée qui avait traversé la route la veille. S'agit-il de magma nouveau venu peu à peu d'une plus grande profondeur ou d'un simple accident de parcours ?
* L'accès à l'enclos reste interdit au public.
* La circulation sur la route des Plaines risque d'être plus chargée dans les semaines à venir en raison de la fermeture de la route du Grand-Brûlé.