ARTICLE DU 08/07/2001
"On peut ou on peut pas"? C'est la question que des centaines de promeneurs se sont posé toute la journée d'hier à la Vierge au Parasol. Entre ordres et contrordres, il fallait vraiment avoir la foi pour marcher (avec ou sans permission) depuis le parking jusqu'à la seconde coulée. Finalement, les plus patients ont été récompensés. En fin de journée et malgré la menace lointaine d'une troisième coulée en travers de la route, les forces de l'ordre ont autorisé le public à approcher de la lave encore rouge, par petits groupes bien encadrés.
Volcanique Parc aujourd'hui c'est ouvert
Seul les plus patients ont accèdés à la coulée depuis la Vierge au Parasol

Hier matin, le grand parc d'attractions volcanique a joué a guichets fermés. Le public a été plus ou moins fermement tenu à l'écart. Il était interdit de franchir les barrières posées à la sortie du parking de la Vierge au Parasol. La foule ne s'y bousculait pas. Seuls quelques motivés ont coupé à travers les broussailles pour contourner le contrôle et tenter leur chance. Ils ont pu ainsi se rendre sans plus de problème jusqu'à nouvelle coulée. Les gendarmes qui montaient la garde à cet endroits les ont tolérés.
En début d'après midi, quand les resquilleurs sont devenus un peu trop nombreux et que de nouvelles informations envisageaient le passage d'une troisième coulée, le capitaine Bonnet a sonné la charge. Tous ceux qui se trouvaient sur la route ont été contraints de rebrousser chemin, devant les pare-chocs de deux voitures de gendarmerie.
Feu vert, feu rouge
Certains marcheurs étaient presque en vue de la coulée, après quarante bonnes minutes de marche. La grosse déception. Mais l'heure n'était plus aux négociations: "Il y aura une réunion en préfecture en fin de journée, et l'accès sera peut-être autorisé" laissait entendre un gendarme pour calmer le jeu. Mais, de fait, même au plus près de la lave, les informations étaient rares. Et les marcheurs avaient de bonnes raisons de pester.
Vers 14 heures, plusieurs techniciens de l'Office national des forêts sont revenus vers le site. L'ONF étant chargée, en de telles circonstances, d'organiser l'accueil des visiteurs, le vent avait-il tourné? Oui, "on s'achemine vers une solution favorable au peuple Réunionnais!" , tonnait avec emphase un gendarme. L'ouverture était prévue pour 15 heures.
Le cross des laves
Les forestiers ont en toute hâte abattu quelques mètres de goyaviers, fait tomber les arbres dont la chute pouvait menacer le public, et aménagé un parcours en boucle pour les spectateurs.
La DDE est arrivée dans la foulée avec un plein camion de barrière de police. En un clin d'œil, ses hommes ont transformé ce joli morceau de route forestière en une arrivée de marathon décoré à la rubalise. Pour l'ambiance nature, on pouvait repasser. En revanche les gens pouvaient accéder à une dizaine de mètres de la coulée.
À 15 heures tapantes, les gendarmes ont ouvert les grilles aux piétons et aux cyclistes. Plus de trois cents personnes ont pris le départ du cross des laves, de tous âges et de toutes origines. Les vélos ont pris un départ digne du prologue du tour de France... et ils ont eu raison. À peine cette cavalerie légère était-elle arrivée que le capitaine Bonnet a ordonné un repli stratégique.
La coulée qui a traversé surplombait la route, et débordait sur les côtés.
Une progression lente mais régulière à travers les goyaviers, jugée menaçante. Les premiers marcheurs étaient juste arrivés quand les gendarmes ont repoussé la limite d'une cinquantaine de mètres. Une prudence de bon aloi, même si elle a été mal perçue par la foule. Les spectateurs se sont pressés contre les barrière. Il a fallu user de diplomatie pour qu'ils restent à leur place. Plusieurs dizaines ont pris la tangeante à travers les broussailles pour approcher la nouvelle coulée. Depuis la route on entendait les cris de joie de ceux qui ont bravé les interdits et les règles élémentaires de prudence.
Après plusieurs reconnaissances dans les talus proches et pour contenter ceux qui ont fait l'effort de venir, les forces de l'ordre ont autorisé le public à avancer par petit groupes jusqu'au pied de la coulée. C'était à 16h30. Ils avaient 10 minutes pour sentir le coup de chaud et se faire photographier sur fond de lave. Le pli a vite été pris. Et ces visites guidées se sont poursuivi jusque tard dans la soirée. La route a pris des allures de piste cyclable et de sentier de randonnée.
Un seul marchand forain
À 17 heures, le parking de la Vierge au Parasol était rempli, et il arrivait un flot continu de candidats aux émotions fortes. Pourtant, un seul marchand forain assurait le couvert pour tout ce petit monde. Les patrons avaient prévu des bouchons et des sandwiches en quantité, mais sans plus. Pour les grillades, il faudra attendre que d'autres camions bar viennent s'installer.
Malgré l'affluence, ce n'est pas encore la fête à la Vierge au Parasol. Il ne fait aucun doute que si la menace de nouvelles coulées s'éloigne, et que l'autorisation d'accéder se maintient, le parking retrouvera l'air de fête qu'il avait en 1998.
On raconte qu'alors certains restaurateurs ont allumé leur barbecue, que les serveurs se relayaient, et que le public était nombreux de jour comme de nuit. Et qu'ils en avaient tiré un joli bénéfice. Pour certains, c'est vraiment de l'or qui coule du volcan.
Philippe Petit

