ARTICLE DU 08/07/2001
Hier, à 15 heures, en moins d'une minute, le trémora totalement disparu des enregistrements de l'observatoire volcanologique, une situation qui prévalait toujours en milieu de soirée.
Est-ce à dire que l'éruption du 11 juin est achevée ?
Silence radio hier soir
Eruption terminée ?

Que se passe-t-il au piton de la Fournaise ? La situation laisse les scientifiques de l'observatoire volcanologique perplexes. Après une importante réactivation de l'éruption il y a une huitaine de jours, c'est le silence radio quasi total depuis hier après-midi 15 heures. Dans la soirée encore, les sismographes restaient muets et paralysés.
D'un trémor au niveau élevé et d'une sismicité "démentielle" (jusqu'à près de 250 séismes ces derniers jours, de forte magnitude), on est passé hier dans l'après-midi à un calme étonnant. Une première interruption de la sismicité, vendredi entre 11 heures et 20 heures, puis l'arrêt total du trémor ensuite, hier à 15 heures, sèment le doute. Hier soir, on enregistrait encore des séismes mais en nombre plus réduit et de magnitude plus faible. Signe d'une fin d'éruption brutale ?
La lave s'était déjà tarie dans les Grandes pentes hier soir, les tunnels qui l'acheminaient jusque là se vidangeant peu à peu sans doute, mais la gendarmerie annonçait toujours qu'un troisième bras de coulée signalé l'après-midi n'était plus qu'à quelques mètres de la chaussée..
On ignore l'origine de la sismicité de la semaine écoulée, même si des parallèles ont été établis par l'observatoire avec la phase finale de l'éruption de 1986 qui avait vu la formation d'un immense pit-crater (un puits d'effondrement) dans le fond du cratère Dolomieu, au sommet du volcan, après la vidange des réservoirs magmatiques par l'éruption. Devenus "creux", ils n'auraient pu supporter le poids de leurs propres structures et se seraient effondrés brutalement dans une gigantesque explosion.
Toutes les hypothèses envisagées
Mais les chercheurs de l'observatoire volcanologique restent prudents et n'excluent pas par exemple une reprise de l'activité, ailleurs éventuellement, avec ouverture de nouvelles fissures. L'énergie énorme dégagée par la sismicité au cours de la semaine écoulée intrigue l'un d'entre eux : le niveau de trémor atteint correspondait à un débit de magma maximal ces derniers jours; or, relève-t-il, s'il ne peut pas en sortir plus, "il faut que ça sorte ailleurs".
Par ailleurs, un rapide examen des échantillons prélevés sur la coulée sud hier matin a convaincu les scientifiques qu'il y a eu modification de la composition du magma au cours de l'éruption du 11 juin. La lave arrivée à la route nationale 2 contient en effet de nombreux cristaux d'olivine (verdâtres et brillants) dans une proportion estimée entre 5 et 10 %. Ces cristaux, qui se forment par sédimentation lors du séjour du magma dans les chambres, s'accumulent généralement dans leur fond ou sur leurs parois. Leur présence dans les laves de la RN 2 signifierait donc qu'on touche au fond du "réservoir" ou que l'importante sismicité enregistrée entre le niveau de la mer et 500 mètres d'altitude sous le sommet du volcan a pu y provoquer une intense agitation. L'information retient en tout cas l'attention des chercheurs qui attendaient depuis longtemps la remontée à la surface de telles laves qu'ils n'ont pas vues depuis l'éruption de 1977 à Piton Sainte-Rose.
François Martel-Asselin