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ARTICLE DU 07/07/2001

Cinquante spectateurs ont franchi les barrières pour approcher la coulée

Neuf bornes pour voir la bête...


Hier, radios et télévisions ont relayé à longueur d'émissions le message frileux des pouvoirs publics : la coulée traverse la route, mais on ne peut pas y aller. Toutes les routes sont bloquées. On évoquait une mystérieuse "deuxième coulée", qui si elle existe effectivement, ne menaçait pas la route hier. Les cellules de crise se sont réunies à Saint-Denis, sous la présidence du secrétaire général. Il y avait vacance du pouvoir : le nouveau préfet n'arrive que ce matin à la Réunion.
Bien que dès 16h, il était évident que la coulée était stabilisée, qu'elle ne risquait pas de s'élargir davantage, la décision était déjà prise de ne pas laisser le public approcher avant le lendemain.
Les forces de l'ordre montaient la garde à la Vierge au Parasol, à 4,5 kilomètres de la zone à risque. Les spectateurs ont fait preuve de patience, convaincus que dès que la coulée aurait traversé, ils pourraient approcher. Mais non. Les plantons sont restés impassibles.
L'énervement gagnait. Les gens avaient bien vu que des petits malins, des proches, des sans uniformes avaient réussi à grimper à bord des voitures à gyrophare, bleu ou orange. "C'est toujours la même chose, on nous prend pour des sauvages, et on nous met derrière des barrières", martèle un père de famille. Il a vu les civils passer, et s'indigne avec raison.
Même chez les gendarmes chargés de surveiller la zone, on commençait à trouver ça un peu gros.
Quand il est devenu évident que la Préfecture avait définitivement ouvert sont grand parapluie et refuserait de laisser passer quiconque, une cinquantaine de visiteurs déterminée a, sans violence mais avec détermination, contourné les barrières de police. Les gendarmes en faction , à deux, n'étaient pas de taille.
Dans ce groupe hétéroclite, il y avait des familles entières, des mères en savate deux doigts a vaillamment avancé vers la coulée de lave. Il y avait dans le lot quelques Saint-Rosiens, qui refusaient de se voir privés de leur volcan, mais aussi de bons pères de famille avec leurs enfants. Malgré les injonctions des patrouilles de gendarmes, la troupe a avancé, le fleur au fusil.
En toute hâte, le capitaine Bonnet, qui commandait les forces de l'ordre autour de cet événement, a fait dresser une nouvelle herse de barrières de police à une cinquantaine de mètres de la coulée. Les gendarmes de la brigade proche ont accueilli avec beaucoup de diplomatie les marcheurs. Ils ont discuté avec eux, sympathisé, se sont raconté leurs histoires, et ont ainsi fait baisser la pression. Les marcheurs ont eu ce qu'ils voulaient et les ordres du préfet ont été, à peu près respectés.
Tout ce petit monde a regagné la Vierge au Parasol à pied, et avec quelques ampoules...
Hier soir, la gendarmerie avait déployé la plus grande partie de ses effectifs sur cette zone. Le public a attendu la nuit pour arriver, mais il est venu en nombre. Il ne manque que les marchands forains, les barbecues géants pour que l'on retrouve l'ambiance qui a accompagné la coulée de 1986.

Ph.P