ARTICLE DU 07/07/2001
La coulée va-t-elle se jeter à la mer ?
Qui avant-hier aurait osé pronostiquer une coupure de la RN 2 par la coulée de l'éruption du 11 juin ? Même si, comme le notait encore hier le Journal de l'île, les coulées étaient visibles ces derniers jours dans les hauteurs du Grand-Brûlé, rien ne laissait prévoir un dénouement aussi proche.
Un survol effectué hier midi avec le Fennec de l'armée de l'air, l'Alouette de la gendarmerie étant indisponible, a permis d'évaluer la progression de la nouvelle coulée apparue depuis la fin de la semaine passée à soixante mètres à l'heure environ. A 12 h hier, elle se trouvait encore à 150 m de la RN 2; à 12h50 à 100 m, à 14h à 60 m; elle est finalement arrivée à la route à 15h33 exactement avant de la couper quelques minutes plus tard.
Au sommet du volcan, ceux qui ont pu survoler l'enclos hier matin décrivent un véritable festival de lave : au piton Madoré tout d'abord, où la lave jaillit d'un cône aux parois très verticales. Ensuite, des dizaines de coulées surgissent plus en aval, sur quelques centaines de mètres de largeur. Elle ruissellent dans les Grandes pentes avant d'attaquer la végétation où seule la coulée principale s'est frayée subrepticement un chemin ces derniers jours, à l'abri des regards le plus souvent puisque le mauvais temps a sévi sur le massif du piton de la Fournaise presque sans interruption ces quinze derniers jours.
La route à 900 mètres de la mer
De la coulée principale qui a franchi la route hier après-midi, un bras semblait s'être détaché, faisant route au nord du précédent d'abord vers l'est nord-est. Mais jusqu'où sera-t-il capable de progresser seul ?
Hier un panache volcanique très épais couvrait l'ensemble du sommet du volcan. La sismicité en augmentation constante qui prévalait depuis lundi a brutalement cessé hier matin vers 11h. D'une vingtaine de séismes lundi, on était passé à 51 mardi, 92 mercredi et 229 jeudi ! Hier soir, ce calme relatif durait encore alors que l'observatoire enregistrait un trémor toujours élevé.
Le débit se maintiendra-t-il encore aujourd'hui au point que la coulée soit toujours suffisamment alimentée pour atteindre la mer ? Si tel est le cas, ce serait la première
fois qu'un tel événement se produit depuis l'éruption de mars 1986.
Hier soir, la coulée semblait marquer un peu le pas après avoir franchi la route, en raison de l'atténuation de la déclivité. Sachant que moins de 900 mètres séparent la route de la mer, et au rythme d'une cinquantaine de mètres par heure, elle pourrait théoriquement atteindre la route dans la matinée de ce samedi. Mais le volcan se soucie-t-il vraiment des raisonnements mathématiques ? Et n'oublions pas qu'en 1976, une coulée du même type s'était arrêtée à 300 mètres de l'océan Indien après avoir pourtant coupé le bitume...
L'accès à l'enclos du volcan est interdit depuis mercredi après-midi.
François Martel-Asselin