ARTICLE DU 02/07/2001
Stable depuis une dizaine de jours, l'activité du piton de la Fournaise s'est brusquement modifiée hier matin durant quelques heures, ponctuée d'événements vraisemblablement liés à un phénomène de dégazage brutal.
Plusieurs heures d'activité intense hier matin
L'éruption entre aujourd'hui dans sa quatrième semaine
On a pu encore compter sur les doigts des deux mains les visiteurs du piton Madoré ce week-end. Avec le temps à ne pas coucher dehors qui sévit depuis une semaine maintenant sur le massif du volcan, et hier encore, il valait mieux rester chez soi. Brouillard, pluie presque toute la nuit de samedi à dimanche ont masqué en partie le spectacle ... et quel spectacle !
PEU DE TÉMOINS EN RAISON DU MAUVAIS TEMPS
Président du Centre de diffusion et de documentation sur le volcanisme, François Cartault a néanmoins passé un week-end intéressant puisqu'il a assisté à un épisode d'activité plutôt tumultueux hier matin. "Quand nous sommes arrivés samedi dans la journée pour bivouaquer, rapportait-il hier soir, il y avait peu de projections mais un véritable chalumeau, avec des "flammes" de près de dix mètres de haut, sur le cône amont qui émettait un bruit terrible tandis que le cône aval semblait peu actif.
ndlr: le piton Madoré est en fait formé de deux cônes accolés
Au cours de la nuit, nous nous en sommes aperçus au matin, une ouverture s'est produite à la base du cône, formant un autre chalumeau, accompagné d'un dégazage intense". L'activité a progressivement augmenté à partir de 7 h lorsque, vers 9h, estime-t-il, le sol s'est mis à trembler à plusieurs reprises, jusqu'à quelques dizaines de secondes d'affilée, sur une période d'environ deux heures. Un "déluge de projections et de blocs" a arrosé les environs du piton Madoré, poursuit-il, alors que la pluie cessait peu à peu de tomber sur le flanc est du volcan. Puis, le calme est revenu. Il y a eu très peu de témoins de cet épisode, selon le président du CDDV qui a pu tourner des images vidéo: seulement quelques randonneurs restés à bonne distance sur le balisage aménagé par l'ONF, la météo ne se prêtant guère à des fantaisies hors piste. L'observatoire volcanologique a pour sa part "assisté" lui aussi, mais de loin, à cet épisode que son réseau de surveillance a détecté : le niveau du trémor lié à l'éruption a triplé brusquement, ce dont les scientifiques ont aussitôt informé la préfecture, tout en notant l'absence de déformations : l'accroissement de l'activité ne semblait pas lié à une montée de magma pouvant déboucher sur une nouvelle phase éruptive. De fait, le trémor a retrouvé un niveau normal dès le milieu de la journée, cohérent avec les indications visuelles.
La présence d'observateurs avertis sur le site des éruptions présente un intérêt indiscutable, comme on le voit. Cinéastes, photographes, ou simples amateurs passionnés et de volcans, ils se relaient avec efficacité en rapportant ensuite leurs témoignages aux scientifiques qui apprécient de corréler leurs enregistrements instrumentaux avec des épisodes d'activités auxquels ils n'ont pu assister. Il leur arrive parfois aussi de ramener des échantillons "neufs" encore tièdes, comme c'est le cas ces derniers temps où la météo ne permet guère les sorties sur le terrain.
F. M.-A.
INDICES D'UNE FIN D'ÉRUPTION PROCHAINE ?
Les épisodes de ce week-end constituent-ils l'annonce d'un affaiblissement de l'éruption , qui entre aujourd'hui dans sa quatrième semaine ?
Les épisodes de dégazage comme celui observé ce week-end interviennent souvent dans de telles circonstances.
Lors des éruptions de ces dernières années, ils ont été parfois particulièrement bruyants (audibles dans l'enclos et au-delà, comparés à des "coups de canon"), générant dans certains cas une sismicité non négligeable, mais trompeuse, qui a conduit à plusieurs reprises à une fermeture de l'enclos (piton Célimène, en février 2000). Mais il était trop tôt hier soir pour qu'on affirme en être là.