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ARTICLE DU 25/06/2001

Une troisième semaine d'éruption commence
Piton de la Fournaise : Feu d'artifice


C'est comme l'ouverture de la chasse, ça ne se rate pas. Au volcan, c'était le premier week-end autorisé au public depuis le début de l'éruption, le 11 juin, et il était au rendez-vous. Pas la foule du Kapor : beaucoup trop loin et beaucoup trop ardu cette fois encore avec un itinéraire que tout le monde découvrait, passant - justement - par le piton passé à la postérité en 1998 et les flancs nord et est du volcan pour arriver au piton Madoré.
Le mythe du volcan à voir ab-so-lu-ment de nuit tient toujours. Samedi soir, les randonneurs ont afflué à la nuit tombée et bien après encore sur le site de l'éruption. Quelques tentes ont fleuri, les retardataires, lourdement chargés, ayant pris position plus haut, n'osant pas entreprendre la descente dans le chaos des coulées plus ou moins récentes. Après s'être réchauffée face aux coulées, la longue file de lucioles a entamé le parcours inverse vers le pas de Bellecombe au fil de la nuit. Il en fallait du courage pour entreprendre cette fastidieuse remontée de trois à quatre heures au minimum, à la seule lueur des lampes, faute de lune, souvent dans les gratons...

LA DESCENTE DONNE DES AILES

Dimanche, autre public. Moins aguerri sans doute et assez souvent mal équipé malgré les conseils clairement affichés par l'ONF. Dans le désordre: quelques tenues de plages, deux chiens, beaucoup de sacs à dos d'une inquiétante maigreur ou un sac pour trois. Mais c'est l'intention qui compte et l'important c'est d'y croire. L'aller, avec la descente, donne des ailes... Le retour, on y pensera en temps voulu. Mais ce matin, ils seront certainement nombreux à arriver à leur travail avec une petite mine: vu l'heure à laquelle ils se sont mis en route, ils auront passé une partie de la nuit ailleurs que dans leur lit !
Le spectacle de l'éruption se mérite ? Et même plus, tant pis pour la galère. Deux cônes sont actifs depuis deux semaines qu'a commencé l'éruption. Les projections sont permanentes et visibles de très loin, bien avant d'arriver au terminus de l'itinéraire balisé, de même que les coulées, qui disparaissent parfois sous terre pendant de longues heures, il faut être honnête.
L'observatoire volcanologique confirmait hier soir que le trémor associé à l'éruption se maintient à un niveau assez élevé. Pourvu que ça dure !
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AU NOM DE LA SÉCURITÉ ?

L'administration garante de la sécurité des citoyens ne veut surtout pas d'ennui. On retiendra longtemps la légendaire prudence du préfet Pommiès. En 1998, il avait su garder si fermement sous le coude l'éruption du piton Kapor que le Journal de l'île avait titré à l'époque "Le volcan confisqué", cité ensuite par le magazine Géo qui s'en était ému à son tour.
Aujourd'hui, rien n'a vraiment changé: les réticences officielles vis-à-vis du volcan et de ses éruptions persistent au grand dam de ceux qui en ont de tout temps fait leur terrain de jeu. L'accompagnateur de montagne qui étalait sa colère dans le courrier des lecteurs de samedi exposait un point de vue largement partagé. De fait, l'administration va souvent bien au-delà des recommandations de l'observatoire volcanologique. Imaginez qu'au moindre avis de houle de Météo-France on interdise baignade et sorties en mer... Imaginez que les soirs de fête, au vu des statistiques de la DDE, on interdise aux automobilistes de circuler... Combien de vies sauvées ?
Et quand l'enclos rouvre au public, celui-ci est tenu à distance plus que respectable, cantonné à une plate-forme d'observation officielle. Ce week-end, on n'y pas pas vu grand-monde : seuls quelques égarés sans doute puisque tous les randonneurs ont atterri comme un seul homme dans la zone de l'éruption. Ils voulaient sentir la chaleur des coulées, pas seulement le parfum de soufre qui flottait dans l'air. Pour cela, ils ont quitté le non moins officiel balisage, pour descendre dans les gratons vers les cratères en éruption. Au risque, en cas de mauvais temps, de ne pas retrouver le chemin du retour, ce qui est arrivé à plusieurs reprises sur les éruptions de 2000.
Quand on parle de sécurité, vaut-il mieux afficher sa volonté de ne pas prendre de risques pour mieux s'en laver les mains en cas de pépin ou accompagner le public dans une démarche de prise de conscience des vértitables dangers ? La question mériterait d'être une bonne fois pour toutes débattue avec tous les utilisateurs du volcan pour en finir avec ce détestable malentendu.

François Martel-Asselin - Photos : Serge Gélabert



Deux cônes accolés se dressent à 1 800 mètres d'altitude sur le flanc sud-est du volcan. Très actifs et d'une taille imposante, ils se sont déjà inscrits dans le paysage de l'enclos où de nombreux randonneurs sont venus les découvrir.