ARTICLE DU 17/06/2001
L'enclos toujours fermé, il ne reste que les images pour s'émerveiller du spectacle toujours renouvelé de l'éruption... en attendant des jours meilleurs. Puisse-t-elle jouer les prolongations, pas comme celle de mars dernier dont les feux s'étaient éteints au bout d'une semaine d'activité !
Spectacle à huis clos
Terre de feu

La sismicité enregistrée depuis le début de l'éruption, lundi dernier, a finalement conduit la préfecture à ne pas rouvrir l'enclos au public samedi comme cela avait été prévu. Depuis vendredi, pourtant, la sismicité est revenue à un niveau très bas, autant par le nombre des événements enregistrés que par leur magnitude. Sauf nouvel imprévu, voilà qui augure bien pour les randonneurs frustrés de ne pouvoir admirer cette deuxième éruption de l'année.
Car l'activité n'a pas faibli. Ce sont les dernières nouvelles communiquées à leur retour, hier, par quelques privilégiés qui se trouvaient sur le site depuis jeudi. Ce sont des passionnés du volcan, regroupés au sein d'une association, le Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme (CDDV), créé en 1980. Photographes et cinéastes, ils observent - pour certains depuis près de trente ans - les moindres sursaut du piton de la Fournaise. Témoins de premier ordre, ils constituent de précieux auxiliaires pour les scientifiques auxquels ils communiquent renseignements et images capables d'aider à comprendre l'évolution des phénomènes étudiés.
Des bulles de gaz géantes explosent sur le lac de lave
Cette poignée de fidèles du volcan a passé deux nuits sous tente, entre jeudi et samedi, près des cratères en formation. François Cartault, président du CDDV, a été surpris par l'évolution du paysage en quarante-huit heures : "Sur la longue fissure qui fonctionnait depuis lundi avec plusieurs fontaines de lave, l'activité s'est petit à petit concentrée sur un seul point et un véritable cône commence à s'édifier". S'il grandit suffisamment pour former un point remarquable dans l'enclos, il sera donc sans doute baptisé.
Vendredi soir, entre 17h et 19h, ils ont assisté à un spectacle pyrotechnique comme on a rarement l'occasion d'en observer : "Le chenal par lequel s'évacuait la lave s'est peu à peu obstrué, entraînant une montée du niveau du lac . Des bulles de gaz sphériques de plusieurs mètres de diamètre éclataient à sa surface, comme rarement. Ensuite, ça s'est débouché et le cône a depuis grandi en taille".
Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, confirmait hier soir la vitalité de l'éruption: "Il n'y a plus qu'une fontaine de lave mais elle crache sous forme d'un jet permanent". Déposés en milieu de matinée par l'hélicoptère de la gendarmerie sur les coulées afin de prélever les échantillons, lui-même et son collègue Louis-Philippe Ricard ont eu du mal à opérer en raison de la configuration du terrain : "La lave n'était pas très belle; elle s'écoulait dans un chenal encaissé et son état très pâteux a rendu le travail difficile". Au demeurant et à première vue, sa composition n'a pas changé depuis les éruptions précédentes et par rapport aux premiers prélèvements de mardi.
Après quoi, les deux scientifiques ont dû entamer la remontée à pied vers le pas de Bellecombe : les incertitudes de la météo n'ont pas permis à l'hélicoptère de les récupérer ! Evidemment rompus à ce type d'exercice, ils ont regagné l'observatoire en fin d'après-midi avec dans leurs sacs quelques kilos d'échantillons et le matériel de prélèvement qui va avec...
Ce n'était pas la foule au parking. Seuls veillent toujours des équipes de gendarmes, relevées matin et soir, chargées de la sécurité depuis lundi dernier. Le groupe électrogène ronronne pour alimenter le matériel de transmission et assurer l'éclairage ainsi qu'un minimum de confort. De rares visiteurs viennent aux nouvelles. Il est vrai qu'ici, dans le meilleur des cas, on n'aperçoit que des lueurs, et la nuit seulement. Cette fois encore, le sommet du volcan dissimule le spectacle aux regards puisque pour la quatrième fois en un an, l'éruption a pour théâtre le flanc opposé de la Fournaise. Les marcheurs devront donc s'armer de courage lorsque l'enclos rouvrira : le chemin est long et semé d'embûches.
François Martel-Asselin



