Retour...
ARTICLE DU 14/06/2001
L'éruption qui a débuté lundi constitue vraisemblablement un baptême du feu pour l'Observatoire réunionnais de l'air (ORA). Parmi les polluants qu'elle surveille, le seuil de vigilance a été atteint en ce qui concerne le dioxyde de soufre. Responsable présumé: le piton de la Fournaise.

L'observatoire réunionnais de l'air a relevé des concentrations en dioxyde de soufre en hausse dans le nord-ouest de l'île

Le volcan, une véritable usine à gaz


Les volcans, on le sait, sont de véritables usines à gaz. Ils rejettent des kilomètres cubes de matériaux issus des entrailles de la Terre mais aussi, on le voit moins, des milliers de tonnes de vapeur d'eau et des gaz divers, qui entrent pour une bonne partie dans la composition du magma.
L'Observatoire réunionnais de l'air, association créée en 1998 mais qui monte doucement en puissance, mesure notamment les concentrations en SO 2, l'un des principaux polluants surveillés, grâce à des capteurs installés principalement près des centres industriels de l'île, pollueurs en puissance.

EN FONCTION DU RÉGIME DES VENTS

"L'alerte a été donnée mardi par les stations de Saint-Paul, du Port et de La Possession, et à un degré moindre par celles de Saint-Denis", explique Bruno Siéja, directeur de l'ORA. "Cela a commencé en début de soirée à Saint-Denis, puis à La Possession, Le Port et Saint-Paul en début de nuit". Contact a alors été pris avec l'observatoire volcanologique et Météo-France. Le responsable du laboratoire de Sainte-Clotilde détaille ensuite les conditions météorologiques qui concourent à la diffusion du polluant bien au-delà des limites de la région sud-est de l'île : en cette saison d'hiver austral dans une île soumise à l'influence des alizés, il faut compter avec des phénomènes tels que les inversions thermiques et les modifications de régime des vents entre le jour et la nuit (brise de terre, brise de mer).
Les valeurs atteintes ont donc dépassé le seuil de vigilance. Selon les normes, la concentration de SO2 ne doit pas en effet excéder 200 microgrammes par mètre cube sur 1 heure. Pas d'affolement toutefois: il faudrait que ce chiffre passe à 300 microgrammes pour que soit rendue obligatoire l'information de la population. On parle alors de seuil d'alerte pour les populations à risque (asthmatiques...). Quant au seuil d'alerte proprement dite, il a été fixé à 600 microgrammes, on en est loin.
"On va voir ce qui se passe", commentait hier soir Bruno Siéja, puisque la météo de la nuit commande les concentrations en SO 2. Jamais étudié à La Réunion jusqu'à présent, ce phénomène sur lequel l'ORA ne possède pas de références constitue un sujet d'études pluridisciplinaire nouveau, donc porteur.
En 1998 déjà, au plus fort de l'éruption du piton Kapor, un panache teinté de jaune avait été remarqué au-dessus de la région du Port et identifié comme de possible origine volcanique.


TOUJOURS TROIS FONTAINES DE LAVE

L'activité était stabilisée hier soir au piton de la Fournaise, au troisième jour de l'éruption qui a débuté lundi à 13h50. Trois fontaines de lave subsistaient hier en fin d'après-midi selon un observateur présent sur le terrain, dont l'une très active, sur la fissure située à 1850 m environ sur le flanc sud-est du volcan.
Une reconnaissance menée hier matin par la gendarmerie a permis d'établir que la coulée de lundi est finalement parvenue à environ 380 mètres d'altitude, au nord de la limite entre les communes de Saint-Philippe et Sainte-Rose qui divise horizontalement en deux parties l'enclos du volcan. Mais cette coulée semblait figée et ne devrait donc plus progresser. L'observatoire volcanologique a par ailleurs enregistré depuis mardi quelques séismes dont il ne semble pas avoir lieu de s'inquiéter, indiquait hier soir son responsable. Thomas Staudacher rappelle en effet qu'il s'en est produit de semblables lors des récentes éruptions et qu'ils n'ont pas débouché sur l'ouverture de nouvelles fissures. Ils n'indiquent pas des mouvements de magma mais correspondent peut-être tout simplement à des étranglements dans le système de "plomberie" du piton de la Fournaise qui génèrent ce que l'on pourrait assimiler à des "bruits". Des variations du trémor ont également été enregistrées.

François Martel-Asselin


L'ONF sur le terrain pour baliser l'itinéraire

Après le feu vert donné par la préfecture, l'Office national des forêts doit envoyer une équipe sur le terrain ce matin pour baliser l'itinéraire vers l'éruption (voir notre édition d'hier). Sauf modification, l'enclos devrait rouvrir au public samedi se murmure-t-il.