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Des quatres fisures ouvertes lundi, il n'en restait plus qu'une hier.
Éruption en pointillé

L'ENTRÉE EN SCÈNE DES MIRAGES
Les étoiles s'éteignent une à une. Dans les premières lueurs de l'aube le volcan nous offre une prestation dantesque. A mesure que le soleil émerge des nuages les langues de feu rouges et noires prennent une couleur orangée. De toutes les fontaines de lave, celle la plus en aval est de loin la plus vigoureuse. Vers le ciel s'envolent des nuées de scories, qui en retombant, commencent déjà à construire un cône qu'observent dédaigneux le Signal de l'Enclos et le Ducrot, voisins immédiats de l'éruption. Un flot puissant de lave prend la direction des Grandes pentes.
Le photographe Serge Gélabert et Georges son assistant ont été une bonne partie de la nuit les témoins privilégiés des humeurs du volcan. De l'autre côté du Ducrot, Jean-Luc Allègre a pour sa part immortalisé les derniers instants des trois autres failles. "Quand je suis allé me coucher lundi soir, il y avait au moins 14 bouches en activité, confie-t-il. Ce matin, tout s'était arrêté".
Le ballet des hélicoptères commence. Il est troublé par deux visiteurs inattendus. Très haut au-dessus de l'enclos, deux Mirage F1 venus de Djibouti pour l'exercice Ylang-Ylang à Mayotte commencent à tourner. Ils descendent prudemment vers l'éruption. Et soudain, un premier, puis un second passage au ras des moustaches des fontaines de lave et ils s'évanouissent vers le nord.
Il est temps de s'arracher. Le retour par le Kapor nous sera épargné. L'hélicoptère stop cela marche parfois. Merci Serge. Avant de mettre le cap sur le pas de Bellecombe, un dernier regard d'ensemble. Loin de l'endroit où elles ont surgi des profondeurs de la terre, les coulées attaquent les grandes pentes mettant le feu à la végétation.
UNE FISSURE ACTIVE DE PLUS DE 100 MÈTRES
Après avoir décru dans la nuit de lundi à mardi, l'activité qui a débuté lundi à 13h50 sur le flanc sud-est du piton de la Fournaise restait globalement constante hier soir, selon l'observatoire volcanologique.
Seule une des fissures qui se sont ouvertes entre le sommet et le fond de l'enclos fonctionnait encore hier, à 1 850 mètres d'altitude, en-dessous des cratères du Signal de l'enclos et Ducrot. Spectacle plutôt inhabituel, elle s'étend sur une longueur de 100 à 150 mètres, orientée ouest-est et ponctuée d'une série de fontaines de lave qui ont commencé à édifier un rempart continu de part et d'autre de ses lèvres. Une coulée s'en échappe en aval. Après avoir progressé dans la nuit, elle avait atteint hier matin une altitude estimée à 500 mètres. Mais la modestie de son débit ne permet pas de penser qu'elle puisse aller plus loin, dans l'immédiat au moins. Il est impossible par ailleurs aujourd'hui d'affirmer si cette deuxième éruption de l'année va durer ou non.
Les prélèvements effectués hier matin sur les coulées par l'observatoire volcanologique n'ont pas mis en évidence de modifications de la composition du magma par rapport aux récentes éruptions.
UN ITINÉRAIRE DIFFÉRENT DES DERNIÈRES ÉRUPTIONS
Une reconnaissance aérienne et à pied réalisée hier matin par le Peloton de gendarmerie de haute montagne a permis de confirmer la supériorité de l'itinéraire contournant le cône terminal du piton de la Fournaise par le nord et l'est, en passant par le piton Kapor.
Plusieurs raisons dictent ce choix :
- l'itinéraire menant aux trois dernières éruptions localisées dans le même secteur, contournant le sommet par l'ouest et le sud, a été coupé par une coulée à l'est du cratère Château-Fort;
- l'éruption, située un peu au nord des précédentes, devient plus aisément accessible et on évite la pénible traversée des coulées de juin et octobre 2000 et de celles de mars 2001;
- enfin, le point d'arrivée des randonneurs offre une meilleure vue sur l'éruption.
Il faudra compter entre 6 et 8 heures aller-retour (sans compter les pauses) selon le niveau des marcheurs. A noter que cet itinéraire, partie intégrante du balisage de secours qui ceinture le volcan, offre un terrain de scories souvent pénible que le passage de centaines de randonneurs contribuera sans aucun doute à aplanir...Et n'oubliez pas qu'il fait désormais très froid la nuit au volcan. Vous voilà paré en prévision de la prochaine réouverture de l'enclos.
Alain Dupuis / F.M.-A.