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ARTICLE DU 13/06/01
Des quatre fissures qui se sont ouvertes lundi après-midi sur le flanc sud-est du piton de la Fournaise, une seule, hier, laissait encore échapper de la lave. Comme à l'accoutumée, le volcan n'est pas chiche sur le spectacle avec des fontaines de lave de plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Pour l'instant, tout cela se joue à huis clos à l'exception du survol de quelques privilégiés en hélicoptère.

Des quatres fisures ouvertes lundi, il n'en restait plus qu'une hier.

Éruption en pointillé


En route vers la Plaine-des-Cafres et le Pas de Bellecombe, point de passage obligé de toute randonnée au volcan, inquiétude. Passé Sainte-Suzanne, aucune lueur en direction de l'Est. Dans la montée vers la Plaine-des-Palmistes le ciel est toujours noir. Plus inquiétant, au pas de Bellecombe, seuls les phares d'une voiture de gendarmerie trouent la nuit. L'éruption aurait-elle cessé brusquement sans crier gare ?
Dans le doute, nous nous mettons en route. Au pied du rempart on plonge dans un brouillard humide, mais l'incertitude est levée. En avalant les marches, le fond uniformément blanc qui masque le cratère principal se teinte d'orangé sur la gauche. Décidément non, l'éruption n'a pas dit son dernier mot.
Cap sur le piton Kapor. C'est vraisemblablement de ce côté que sera balisé le sentier permettant de rejoindre le site de l'activité si celle-ci se maintient. Hier matin, deux gendarmes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) ont été déposés en hélicoptère sur place afin de reconnaître l'itinéraire sur le chemin du retour.
Jusqu'à quelques encablures du piton Kapor, la progression est facile sur de larges dalles de lave. Le problème est de retrouver ce qui reste du balisage conduisant à l'éruption de 1998. Les marques blanches ont été soigneusement recouvertes de noir afin d'éviter d'éventuelles escapades hors piste involontaires.
Au fur et à mesure que l'on se rapproche du Kapor, on retrouve les marques blanches mais il s'agit cette fois du balisage de secours orienté de manière à n'être visible qu'en direction du Pas de Bellecombe. Il se fraie difficilement un passage dans une large coulée de gratons de l'éruption de février 2000.
De nuit, la progression est difficile. Après le Kapor, les choses s'améliorent un peu mais pas question de faire des pointes de vitesse même si le balisage est amélioré.
Partis peu avant 4h du matin du parking du Pas de Bellecombe, il n'est pas loin de 6h lorsque nous doublons la cabane du flanc Est où l'observatoire a installé des instruments de mesure.
Le ciel commence à s'éclaircir. Plus de traces de brouillard. Le spectacle est déjà là. Un mur de projections incandescentes dresse son rideau devant nous. L'éruption est encore à près d'une heure de marche et pourtant elle nous écrase déjà de toute sa superbe. Le souffle rauque venu des entrailles de la terre en longues pulsations rythme chacun de nos pas. Dans l'air flotte un parfum de soufre amené par le vent glacé.

L'ENTRÉE EN SCÈNE DES MIRAGES
Les étoiles s'éteignent une à une. Dans les premières lueurs de l'aube le volcan nous offre une prestation dantesque. A mesure que le soleil émerge des nuages les langues de feu rouges et noires prennent une couleur orangée. De toutes les fontaines de lave, celle la plus en aval est de loin la plus vigoureuse. Vers le ciel s'envolent des nuées de scories, qui en retombant, commencent déjà à construire un cône qu'observent dédaigneux le Signal de l'Enclos et le Ducrot, voisins immédiats de l'éruption. Un flot puissant de lave prend la direction des Grandes pentes.
Le photographe Serge Gélabert et Georges son assistant ont été une bonne partie de la nuit les témoins privilégiés des humeurs du volcan. De l'autre côté du Ducrot, Jean-Luc Allègre a pour sa part immortalisé les derniers instants des trois autres failles. "Quand je suis allé me coucher lundi soir, il y avait au moins 14 bouches en activité, confie-t-il. Ce matin, tout s'était arrêté".
Le ballet des hélicoptères commence. Il est troublé par deux visiteurs inattendus. Très haut au-dessus de l'enclos, deux Mirage F1 venus de Djibouti pour l'exercice Ylang-Ylang à Mayotte commencent à tourner. Ils descendent prudemment vers l'éruption. Et soudain, un premier, puis un second passage au ras des moustaches des fontaines de lave et ils s'évanouissent vers le nord.
Il est temps de s'arracher. Le retour par le Kapor nous sera épargné. L'hélicoptère stop cela marche parfois. Merci Serge. Avant de mettre le cap sur le pas de Bellecombe, un dernier regard d'ensemble. Loin de l'endroit où elles ont surgi des profondeurs de la terre, les coulées attaquent les grandes pentes mettant le feu à la végétation.


UNE FISSURE ACTIVE DE PLUS DE 100 MÈTRES
Après avoir décru dans la nuit de lundi à mardi, l'activité qui a débuté lundi à 13h50 sur le flanc sud-est du piton de la Fournaise restait globalement constante hier soir, selon l'observatoire volcanologique.
Seule une des fissures qui se sont ouvertes entre le sommet et le fond de l'enclos fonctionnait encore hier, à 1 850 mètres d'altitude, en-dessous des cratères du Signal de l'enclos et Ducrot. Spectacle plutôt inhabituel, elle s'étend sur une longueur de 100 à 150 mètres, orientée ouest-est et ponctuée d'une série de fontaines de lave qui ont commencé à édifier un rempart continu de part et d'autre de ses lèvres. Une coulée s'en échappe en aval. Après avoir progressé dans la nuit, elle avait atteint hier matin une altitude estimée à 500 mètres. Mais la modestie de son débit ne permet pas de penser qu'elle puisse aller plus loin, dans l'immédiat au moins. Il est impossible par ailleurs aujourd'hui d'affirmer si cette deuxième éruption de l'année va durer ou non.
Les prélèvements effectués hier matin sur les coulées par l'observatoire volcanologique n'ont pas mis en évidence de modifications de la composition du magma par rapport aux récentes éruptions.

UN ITINÉRAIRE DIFFÉRENT DES DERNIÈRES ÉRUPTIONS
Une reconnaissance aérienne et à pied réalisée hier matin par le Peloton de gendarmerie de haute montagne a permis de confirmer la supériorité de l'itinéraire contournant le cône terminal du piton de la Fournaise par le nord et l'est, en passant par le piton Kapor.
Plusieurs raisons dictent ce choix :
- l'itinéraire menant aux trois dernières éruptions localisées dans le même secteur, contournant le sommet par l'ouest et le sud, a été coupé par une coulée à l'est du cratère Château-Fort;
- l'éruption, située un peu au nord des précédentes, devient plus aisément accessible et on évite la pénible traversée des coulées de juin et octobre 2000 et de celles de mars 2001;
- enfin, le point d'arrivée des randonneurs offre une meilleure vue sur l'éruption.
Il faudra compter entre 6 et 8 heures aller-retour (sans compter les pauses) selon le niveau des marcheurs. A noter que cet itinéraire, partie intégrante du balisage de secours qui ceinture le volcan, offre un terrain de scories souvent pénible que le passage de centaines de randonneurs contribuera sans aucun doute à aplanir...Et n'oubliez pas qu'il fait désormais très froid la nuit au volcan. Vous voilà paré en prévision de la prochaine réouverture de l'enclos.

Alain Dupuis / F.M.-A.


* RÉOUVERTURE DE L'ENCLOS AVANT CE WEEK-END ?

Fermé lundi, aussitôt connue l'imminence de l'éruption, l'enclos du volcan pourrait rouvrir au public dans les jours à venir. C'est ce que laissait entendre hier le service de la protection civile de la préfecture, en le disant sans le dire, prudence oblige sans doute s'agissant de la sécurité des populations.
Toutefois, et le Journal de l'île est en mesure de le révéler, on s'est démené hier du côté du Barachois. Une équipe du PGHM a été priée de procéder à la reconnaissance d'un itinéraire possible vers l'éruption et de donner son avis technique; dans l'attente d'un ordre de mission, l'ONF affûtait déjà ses pinceaux et comptait les pots de peinture pour compléter le balisage existant; quant aux scientifiques de l'observatoire volcanologique, ils ont déjà paraphé leur ordonnance: hier, le piton de la Fournaise ne semblait présenter aucune contre-indication à une réouverture...
Avec un peu de chance, les râleurs de la dernière éruption pourraient cette fois être autorisés à descendre dans l'enclos dès samedi matin et non dimanche, comme le 1er avril - ce n'était même pas un poisson. Mais il n'est pas interdit d'espérer une réouverture plus tôt, ce qui ferait taire les mauvaises langues...