ARTICLE DU 12/06/01
La lave coule à nouveau dans l'enclos du volcan depuis hier après-midi. Le pronostic de l'observatoire volcanologique livré à la veille du week-end, selon lequel l'événement pouvait survenir à tout moment, s'est révélé juste, douze jours après le passage en préalerte.
* Un dispositif de gendarmerie permanent est en place au pas de Bellecombe avec un PC transmissions et un véhicule de logement pour les hommes de garde.
Deuxième éruption de l'année au piton de la Fournaise
Un train d'enfer

Tout ce week-end encore, le volcan a été agité par une quinzaine de séismes chaque jour. Rien de bien nouveau sous le ciel agité du piton de la Fournaise ? Si, puisque depuis le courant de la semaine passée, et cette tendance se confirmait, l'observatoire volcanologique enregistrait un ou deux séismes quotidiens sortant du lot par leur magnitude plus élevée (de l'ordre de 1,7). Par ailleurs, les différents capteurs qui auscultent le massif du piton de la Fournaise confirmaient son gonflement. Des variations de températures ont même été enregistrées sur la station du cratère Château-Fort dans le sud de l'enclos.
Hier à 13h27, sans crier gare, une crise sismique a débuté. Particulièrement brève et typique du comportement du piton de la Fournaise (130 événements enregistrés), sa durée n'a guère dépassé deux dizaines de minutes durant lesquelles le magma est monté vers la surface. A 13h50, il jaillissait depuis une série de fissures sur les flancs sud et sud-est du volcan.
Il s'agit de la quatrième éruption successive à avoir pour théâtre cette région de l'enclos. C'est aussi la septième en vingt-deux mois (lire en page 5).
Les gendarmes de la brigade de la Plaine-des-Cafres ont, comme d'habitude, été les premiers à se rendre au pas de Bellecombe pour empêcher les randonneurs de s'engager dans l'enclos. A cette heure, le mauvais temps qui sévissait à la Plaine-des-Cafres avait sans doute réussi à dissuader les visiteurs, il n'y avait pas plus d'une vingtaine de voitures au parking.
DES COULÉES TRÈS ÉTALÉES ET LOIN DE LA ROUTE
Au cours d'un survol de reconnaissance avec l'hélicoptère de la gendarmerie, les responsables de l'observatoire volcanologique de Bourg-Murat ont pu évaluer l'ampleur de l'éruption. Deux ou trois fissures partant en dessous du sommet, sur le flanc sud du cratère Dolomieu (vers 2500 m d'altitude), laissaient échapper des coulées dont l'une au moins a coupé le sentier emprunté par les marcheurs lors des dernières éruptions, à l'est du cratère Château-Fort. Ces fissures devaient assez rapidement devenir inactives selon l'estimation de Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire. Pour de simples questions de loi de la physique, l'activité devrait en effet se concentrer sur les points de sortie aval d'une autre série de fissures, au nombre de deux, situés comme en mars dernier sur le flanc sud-est du Dolomieu, vers 2 050 m d'altitude, au niveau du Signal de l'enclos. Ces fissures partent de plus bas que les premières (environ 2 250 m) mais s'étendent aussi beaucoup plus bas, jusque vers 1 800 m.
Les coulées qui en sont issues longent celles de mars dernier sur leur rive nord. Très étalées, elles n'avaient pas beaucoup progressé dans les grandes pentes hier après-midi : selon le témoignage d'un pilote de la section aérienne de la gendarmerie, elles n'étaient pas descendues en dessous de 1500 m d'altitude.
François Martel-Asselin

