Retour...
ARTICLE DU 01/06/2001
Moins de deux mois après sa dernière éruption, le piton de la Fournaise manifeste déjà des signes d'agitation. La brève crise sismique enregistrée hier matin a conduit l'observatoire volcanologique à recommander à la préfecture le passage en préalerte.

L'observatoire du piton de la Fournaise renforce sa surveillance après la crise sismique d'hier matin

Préalerte au volcan


Deux éruptions en 1999, trois l'an dernier, déjà une cette année : il n'y a pas à dire, le piton de la Fournaise tient la forme et semble vouloir conserver un rythme d'activité soutenu. Sans qu'il soit pour l'instant question d'en préciser la date, tout les indicateurs semblent annoncer une prochaine éruption. Ce qui a motivé hier le passage en préalerte, une procédure avec laquelle les Réunionnais doivent être désormais familiarisés.

La dernière éruption : très très brève

Depuis une huitaine de jours déjà, l'observatoire volcanologique de la Plaine-des-Cafres avait noté une reprise de la sismicité qui s'est accrue au lendemain du week-end dernier. Le nombre quotidien des événements est passé de moins d'une dizaine la semaine passée à 13 lundi, puis 22 mardi. Leur persistance allait justifier à elle toute seule une vigilance particulière lorsque au cours de la nuit de mercredi à jeudi s'est produite une brève crise, entre 3h29 et 3h39 du matin: seize séismes en dix minutes, de magnitude relativement modeste mais constituant des signaux suffisamment clairs. Leur nombre étant décompté sur 24 heures sur la base de l'heure universelle (0h UTC = 4 heures du matin à la Réunion), on a dénombré 37 séismes pour la journée de mercredi.
Aussi, sur recommandation de l'équipe scientifique, la préfecture a-t-elle activé la phase de préalerte, hier à 13h30. Cette phase n'entraîne aucune mesure particulière si ce n'est l'information des services appelés à être mobilisés en cas d'éruption d'imminente.
Dès la fin de la dernière éruption, d'une surprenante brièveté - huit jours entre le 27 mars et les 4 avril, au piton Tourkal - l'observatoire avait bien mis en évidence des déformations persistantes du volcan sur ses réseaux d'inclinomètrie et d'extensométrie. La soudaine reprise de l'activité sismique annonce-t-elle pour autant la proximité de la prochaine éruption maintenant attendue ? On se souvient que celle du piton Tourkal, émaillée de plusieurs crises sismiques avortées, était survenue un mois après le déclenchement de la préalerte et de mutiples péripéties !
En tout état de cause, l'équipe scientifique a remis à l'ordre du jour dès hier soir le principe des gardes vingt-quatre heures sur vingt-quatre et assure donc une surveillance humaine permanente.
L'accès à l'enclos est actuellement autorisé mais les randonneurs doivent rester conscients du risque éruptif potentiel. L'ONF devait installer dès hier après-midi les panneaux d'information habituels prévus dans ce cas de figure au départ du sentier du pas de Bellecombe.
Lisez-les attentivement si vous entreprenez une randonnée au volcan.
François Martel-Asselin
_________________
LES PHASES D'ALERTE

- La préalerte
décrétée hier correspond, aux termes du plan de secours spécialisé (PSS) éruptions volcaniques publié en 1992, à "une situation d'activité géophysique anormale". Les déformations associées au niveau de sismicité atteint depuis quelques jours en constituent un exemple.
Cette situation peut se terminer par un retour à un niveau d'activité normal (préalerte levée), se maintenir pendant une période quelconque (de un jour à plusieurs semaines) ou déboucher sur une crise éruptive (on passe en alerte).

- Alerte n° 1 :
éruption imminente. "L'observatoire détecte les signes d'une crise intrusive". L'accès à l'enclos devient interdit. En l'absence de sortie de la lave, il est possible de revenir en préalerte. C'est ce qui c'est produit au mois de mars dernier au cours de la longue attente de l'éruption du piton Tourkal.

- Alerte n° 2 :
éruption dans l'enclos.

- Alerte n° 3 :
éruption hors enclos. "Cette étape traduit la détection d'activité vers les zones basses". Les communes de la côte sont averties du risque de coulées. Dernières en date : août 1998, mars 1986, avril 1977.