Sommaire


Troisième semaine d'éruption : l'observatoire enregistre un séisme, le Préfet ordonne l'évacuation du public

L'enclos interdit

Hier à 16h30, l'observatoire volcanologique a enregistré un séisme qui pourrait annoncer une reprise de l'activité en cours, voire une nouvelle éruption. Le préfet a aussitôt ordonné l'évacuation de l'enclos et une interdiction d'accès pour les prochaines 48 heures. C'est maintenant l'attente.

C'est le sous-préfet de Saint-Benoît, Serge Morvan - puisque le Pas de Bellecombe appartient à la commune de Sainte-Rose et se trouve placé sous son autorité - qui a pris la direction des opérations, relayant son homologue du Sud, Philippe Schaeffer, responsable de la mise en place du dispositif de surveillance et de sécurité déjà en place depuis le début de l'éruption, le 14 février.
L'observatoire volcanologique ayant enregistré un séisme de magnitude 1,8 à environ un kilomètre et demi sous le sommet du Piton de la Fournaise, son directeur a préconisé une fermeture de l'enclos pendant une durée de 48 heures, afin d'attendre l'évolution de la situation. Le préfet de la Réunion Jean Daubigny l'a suivi, afin de ne faire courir aucun risque aux très nombreux visiteurs, Réunionnais et touristes venus parfois en famille ou même en groupes entiers dont l'affluence dans l'enclos était croissante depuis sa réouverture, lundi dernier.

RABATTRE LES VISITEURS

En fin de matinée, hier, on comptait quelque sept cents randonneurs se dirigeant vers le lieu de l'éruption. Lorsque l'alerte d'évacuation a été donnée, ils n'étaient plus que 150 à160, pour tomber aux alentours de quatre-vingts à cent une heure plus tard. Le sous-préfet de Saint-Pierre Philippe Schaeffer, qui a passé une partie de la nuit de samedi à dimanche sur le site pour tester le dispositif de régulation de la circulation, avait constaté une augmentation du nombre des visiteurs, surtout en fin d'après-midi. Par radio, le sous-préfet de Saint-Benoît contactait immédiatement le poste provisoire de commandement de gendarmerie installé au Pas de Bellecombe, qui répercutait immédiatement par talkie-walkie aux sept gendarmes en patrouille de surveillance dans l'enclos, de rabattre tous les marcheurs vers le sentier. Deux hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) étaient déposés dans l'enclos pour venir renforcer le dispositif d'évacuation vers le Pas de Bellecombe. C'est l'hélicoptère de l'armée de l'air - l'Alouette de la gendarmerie se trouvant depuis quelques jours en révision -en cours d'intervention à Grand-Bassin dans le fond du bras de la Plaine, qui les acheminait aussitôt après.

19h 50: ÉVACUATION TERMINÉE

Pendant ce temps, deux autres gendarmes restés en poste sur le pourtour de l'enclos scrutaient à la jumelle les pentes du Piton. Avec la nuit tombante et un enclos sans la moindre traînée de brume, il devenait plus facile de repérer les retardataires grâce à la lueur de leurs lampes électriques et les militaires restés en bas allaient les prévenir qu'il fallait remonter car l'enclos serait dans les heures à venir interdit aux visiteurs, histoire de n'affoler personne et de ne pas courir le risque d'en voir certains se casser une jambe ou se tordre une cheville dans la précipitation.
L'hélicoptère a effectué plusieurs survols du site pour repérer d'éventuels irréductibles. Mais, apparemment, tout le monde a respecté les consignes. La discipline a été totale et pas le moindre incident n'a été à déplorer.
A 19 h50, les trois derniers randonneurs, suivis par les gendarmes qui fermaient la marche, arrivaient en haut du sentier. Entre-temps, le Fennec de l'armée était allé récupérer les deux gendarmes du PGHM afin de les rendre plus rapidement opérationnels sur d'éventuelles autres interventions.
Parmi les personnes évacuées de l'enclos, bon nombre se dirigeaient vers le Piton de Partage pour jouir de loin du spectacle qu'elles n'avaient pu apprécier de près. Le dispositif était alors allégé et, aux environs de21h30, il ne restait plus que trois gendarmes de la compagnie de Saint-Pierre en poste, deux sur le chemin de Piton de Partage et un à la radio. Au Pas de Bellecombe, la nuit se partageait entre deux repères: celui, sonore et tout proche, du groupe électrogène du poste de sécurité et celui, visuel et plus lointain, légèrement inquiétant, de la lueur rougeoyante du cratère toujours actif. Deux repères qui permettaient à la longue et double colonne des halos des torches se croisant sur le chemin du Piton de Partage de se positionner.
Jean-Pierre Santot


___________________________

Reprise de l'activité
ou nouvelle éruption ?

Alors qu'il entre aujourd'hui dans sa troisième semaine d'activité, le Piton de la Fournaise est plus que jamais sous surveillance. Le séisme enregistré hier après-midi par l'observatoire volcanologique, à l'origine de l'évacuation de l'enclos et de l'interdiction de tout accès pour quarante-huit heures, pourrait annoncer une reprise de l'activité en cours ou même une nouvelle éruption.

Au vu de la spectaculaire baisse de l'activité visible, depuis la veille du week-end (voir nos dernières éditions), on commençait à douter. Avec le ralentissement progressif du rythme des projections puis le retour au silence complet de l'un des deux cônes actifs, dans la nuit de vendredi à samedi, les signes de la fin de l'éruption du 14 février commençaient à apparaître. Et puis, samedi soir, vers 20 heures, le réseau de surveillance du volcan enregistre un "petit séisme", rapporte Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, suivi, hier après-midi à 14h10, "d'un fort séisme de magnitude d'environ 1,8à près de un kilomètre et demi sous le
sommet".
Même si aucun des visiteurs présents dans l'enclos ne l'a évidemment ressenti, l'alarme prévue pour se déclencher lorsqu'un certain seuil d'activité est atteint a retenti, attirant l'attention du scientifique de permanence à l'observatoire.
L'événement suscite une double interrogation. D'une part, en temps normal, les séismes font partie des signes précurseurs des éruptions et il ne s'en produit pas après le début de l'activité éruptive. D'autre part, souligne Thomas Staudacher, "les séismes d'une magnitude de 1,8 sont rares; il y a des mois où nous n'enregistrons même pas de séismes de magnitude supérieure à 1".Pour l'observatoire, "de tels séismes peuvent annoncer une autre phase de l'éruption en cours ou une deuxième ouverture, dont ni le délai ni l'endroit ne peuvent être prévus". L'autre phase évoquée correspondrait à l'hypothèse d'une obstruction du conduit d'alimentation de l'éruption actuelle et à une mise en pression génératrice de séismes comme ceux enregistrés ce week-end; la baisse de l'activitévisible constatée à la veille du week-end vient l'appuyer. Mais il n'est pas exclu que cette sismicité soit liée à une nouvelle montée de magma dans l'édifice du volcan, qui donnerait lieu à une nouvelle éruption.
En 1998, trois jours après le début de l'éruption du9 mars, au Piton Kapor, une nouvelle fissure s'était ouverte de l'autre côté de l'enclos, donnant naissance au cratère Fred-Hudson.
François Martel-Asselin


___________________________

Entre aurore et crépuscule

L'évacuation déclenchée hier après-midi a bénéficié du cycle horaire favorable des descentes dans l'enclos. Nombre de personnes, surtout en ce dimanche matin, avaient pris le sentier du Piton de très bonne heure, bien avant le lever du jour, pour bénéficier du spectacle féerique des douces teintes de l'aurore faisant écrin aux couleurs de feu de la lave. C'est ainsi qu'aux environs de 8 heures, on décomptait entre 320et 350 véhicules de toutes sortes sur le parking du Pas de Bellecombe et le long de la piste y conduisant. En début d'après-midi, on en comptait une bonne centaine de moins et le nombre diminuait d'heure en heure pour tomber à peine plus d'une centaine en milieu d'après-midi, ce qui correspond aux heures les moins prisées pour une ascension du volcan, les marcheurs craignant l'ardeur du soleil et se méfiant d'une apparition inopinée du brouillard. En revanche, le second flux de visiteurs, ceux de la fin d'après-midi, prêts à braver le froid pour mériter le spectacle d'un coucher de soleil passant de l'écarlate au mordoré sur l'ensemble du massif, était, en raison de la fin du week-end, réduit par rapport à la veille (samedi), et, par ailleurs, freiné parle premier barrage de deux gendarmes, dressé dès l'annonce de l'évacuation de l'enclos au début du chemin du volcan, juste après la route de la Grande-Ferme. Les militaires, sans interdire la route - l'accès au Pas de Bellecombe est toujours resté autorisé - expliquaient aux automobilistes qu'ils ne pourraient descendre dans l'enclos interdit pour 48 heures, mais qu'ils pourraient toujours marcher jusqu'au Piton de Partage pour voir le volcan. Beaucoup, alors, rebroussaient chemin.
J.-P. S.

Lundi 28 Février 2000