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BEAUCOUP D'IMPRUDENCES SUR LE CHEMIN DE L'ÉRUPTION

Les visiteurs ne méritent pas toujours leur volcan

Marcheurs torse nu ou des chaussures légères au pied, sans eau et sans provision, nombreux sont ceux qui depuis le début de l'ouverture de l'enclos au public confondent une sortie au volcan avec une visite guidée du Jardin de l'Etat. Les rappels à l'ordre des gendarmes n'y ont rien changé et l'on peut craindre le pire avec l'affluence du week-end.

"Pour votre sécurité, respectez le balisage". Le conseil tombe du ciel, répété au mégaphone depuis l'Alouette III de la gendarmerie. Il est 9h30 lorsque l'hélicoptère refait son apparition au-dessus de l'enclos survolant à plusieurs reprises le sentier balisé entre le débouché de l'escalier au pied du Pas de Bellecombe, la Chapelle de Rosemont et les deux belvédères aménagés en amont du site de l'éruption par le peloton de gendarmerie de haute montagne et l'ONF. Comme la veille, son intervention est justifiée par les imprudences des randonneurs.
Négligeant l'itinéraire jalonné de marques blanches certains n'hésitent à couper au plus court, s'enfonçant dans les gratons. Un terrain difficile à en croire le commentaire de ce marcheur : "J'ai coupé à l'aller, mais au retour j'emprunte le sentier. C'est trop difficile".
Au dernier belvédère, le panneau "Ne dépassez en aucun cas le balisage de sécurité (interdiction absolue), risques de chutes du fait d'un sol instable et abrasif, à la présence de crevasses. Risques de blessures graves par des projections de lave et d'égarement dans le brouillard", n'a droit qu'à un regard distrait. Il n'est même plus nécessaire d'enjamber le ruban de chantier fermant symboliquement le belvédère. Il gît sur le sol et nombreux sont les inconscients qui se lancent dans la pente pour approcher au plus près en dépit des risques les deux cônes et les coulées en contrebas séparés du point de vue par un terrain semé d'embûches.
" Moi, je marche à la Biafine et moi je marche plutôt à la bière Dodo". Avant l'effort, l'humour et la dérision ont droit de cité. Plaisanterie mise à part, certains marcheurs font preuve d'une étonnante inconscience. Les gendarmes en poste au départ de l'escalier se souviendront longtemps de cet homme bedonnant en bermuda, torse nu, sans bouteilles d'eau ni provision se lançant dans la descente la cigarette aux lèvres.
Moins caricatural, on ne compte plus les chaussures légères, les vêtements destinés davantage à affronter la plage de Boucan-Canot que l'enclos du volcan. Du coup, les mains tailladés par les laves coupantes et les genoux et les jambes écorchés jalonnent le parcours. Et pourtant, pour l'instant, les incidents se comptent sur les doigts d'une main. Tout au long de la journée d'hier, les gendarmes n'ont dû intervenir que pour une touriste victime d'un gros coup de fatigue au sommet du Pas de Bellecombe.
Si les admirateurs ne sont pas toujours à la hauteur du spectacle, le Piton de la Fournaise, lui, joue sa partition, indifférent aux bravos. Les heures magiques se situent au coucher et au lever du soleil.
Vers l'ouest à la tombée du jour, le ciel prend une teinte bleutée sur laquelle chacune des projections de l'un ou l'autre cône dessine des centaines d'étoiles filantes qui viennent retomber en étincelles sur les flancs noirs.
Dans le cône en contrebas, le lac de lave clapote, jetant sur les parois des langues couleur or. De temps en temps les entrailles de la terre semblent s'énerver et projettent des blocs en fusion aux dimensions parfois impressionnantes. Lorsque l'obscurité s'étend sur l'enclos, c'est l'invitation à un feu d'artifice toujours recommencé et toujours plus beau à chaque salve.
Le Kapor observe en connaisseur la progression de rivières de laves qui se précipitent vers sa base.
La mise en scène se renouvelle à l'infini, créant un décor changeant qui ne lasse jamais l'œil. L'éruption s'installe dans la durée. Tant mieux.
Alain Dupuis
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* Les pompiers et les gendarmes sur le terrain

Tout ce week-end, en plus des gendarmes mobilisés depuis le début de l'éruption au Pas de Bellecombe et dans l'enclos, le PGHM assurera une présence sur le site de l'éruption tandis qu'une équipe de quatre sapeurs-pompiers tiendra un poste de secours sous tente sur le parking.


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GROS PLAN

Le Piton de Partage, point de vue idéal

L'éruption qui a débuté le lundi 14 février sur le flanc nord du volcan, entre le Puy Mi-Côte et le Piton Kapor (éruption de mars 1998) se poursuit même si l'activité visible a décliné en l'espace de quelques jours. A condition de choisir son heure, la balade vaut toujours le coup d'œil, quoi qu'on en dise et pas forcément en descendant dans l'enclos. A vous d'apprécier.

La spectaculaire activité de fontaine de lave toujours visible plusieurs jours après le début de l'éruption - alors que l'enclos noyé dans le mauvais temps était encore fermé - a cessé. Aujourd'hui, au quatorzième jour, les deux cônes actifs, à une altitude proche de 2 250 mètres, ne projettent plus que des lambeaux de lave, à un rythme régulier cependant; des coulées sont visibles mais seulement en contrebas, à proximité du Piton Kapor, après leur sortie des tunnels grâce auxquels elles s'évacuent des cônes actifs. Du coup, le point de vue obtenu du belvédère aménagé au plus près de l'activité peut frustrer ceux qui ont marché déjà près de deux heures pour arriver là Ce qui explique sans doute que certains tentent de descendre - hors de tout balisage, avec les risques possibles - en direction des coulées.

NOTRE "BON CHOIX"

La réduction de l'activité est surtout sensible de jour, par temps ensoleillé. L'absence de contrastes ne permet guère de voir les projections et les coulées, assez lointaines en général au demeurant. Toutefois, d'un jour à l'autre, leur localisation peut changer : la sortie sans crier gare de coulées directement au pied des deux cônes sur leur flanc Est, comme cela a été le cas vendredi, constitue l'une des raisons pour lesquelles il est interdit de dépasser les limites des balisages en place. La même remarque sur la visibilité valant pour le Piton de Partage, nous conseillons à ceux qui ne craignent pas de marcher de nuit (et équipés de lampes !) de venir observer l'éruption au lever ou au coucher du soleil, seuls moments où s'installe désormais la magie du spectacle.
La randonnée de nuit n'étant pas à la portée de tous, surtout dans l'enclos, où le terrain se révèle difficile lorsqu'il faut descendre vers les deux cônes en activité, nous conseillons donc vivement d'aller vers le Piton de Partage (trente minutes aller environ), muni si possible d'une paire de jumelles. De là, au prix d'un effort très raisonnable, on verra de toute façon beaucoup mieux les coulées toujours rougeoyantes (qui ont inondé le fond de l'enclos entre l'éruption et le Piton de Partage) et le cratère actif, égueulé en direction des spectateurs juchés sur cet excellent point de vue. Prudence tout de même: en dépit des grillages mis en place, n'oubliez pas que vous surplombez une haute falaise. Respectez la propreté du site et les installations de l'observatoire volcanologique qui permettent de veiller sur notre sécurité.
François Martel-Asselin

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Attention, risque d'affluence
ce week-end

Au vu de l'affluence de ces derniers jours, la préfecture a préféré prévoir pour le week-end. Aussi, indique-t-elle, "en cas d'encombrement au Pas de Bellecombe, les services de gendarmerie assureront un système de régulation de la circulation à partir de Bourg-Murat".
Les capacités de stationnement ne dépassant guère 200 places au parking terminal, les automobilistes en surnombre seront invités, comme en 1998, à se garer sur des aires plus éloignées (sentier du Piton de Bert, Plaine des Sables), soit 800 places au total environ. En cas de véritable invasion, les automobilistes seront invités à attendre à Bourg-Murat, sur des aires de stationnement mises à disposition par la mairie du Tampon, que les parkings du haut se dégagent.
Ça ne vous rappelle rien ?


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Le volcan en 10 leçons

Une excursion au Piton de la Fournaise ne s'improvise pas. A plus de 2 000 mètres d'altitude, dans un environnement souvent défavorable, une préparation insuffisante peut se solder par une mésaventure ou pire.


1 - Il est déconseillé d'emmener de trop jeunes enfants
Ils doivent pouvoir marcher par leurs propres moyens. Même installés à dos dans un porte-bébé, ils risquent de graves blessures en cas d'éjection consécutive à une chute (les laves sont coupantes, ni terre ni végétation pour amortir). En plein soleil, insuffisamment protégés, ils risquent l'insolation; par mauvais temps, immobiles, ils se refroidissent très rapidement, beaucoup plus vite en tout cas qu'un adulte.

* Notre avis : les jeunes enfants se découragent en général assez vite s'ils n'ont pas déjà l'habitude de marcher. Or cette randonnée sera très longue pour eux (quatre à cinq heures), avec le risque de conditions éprouvantes (soleil, vent, pluie, froid). La déshydratation survient très vite chez les enfants. Encore plus que les adultes, ils doivent donc fréquemment boire, par petites quantités, et se protéger du soleil comme de la pluie et du froid.

2 - Etudiez la difficulté
Il est prudent d'avoir repéré les circuits proposés en lisant les panneaux mis à disposition au Pas de Bellecombe et estimé la durée probable de votre randonnée en fonction du degré de forme des marcheurs de votre groupe.

* Notre avis : le temps indiqué pour se rendre au plus près de l'éruption (deuxième belvédère, quatre à cinq heures aller-retour) est un temps moyen qui ne tient pas compte des arrêts. Certains marcheurs confirmés mettront beaucoup moins, d'autres moins aguerris beaucoup plus.

3 - Consultez la météo
Il ne suffit pas de regarder le bulletin du soir à la télévision, la région du volcan possède sa météorologie souvent imprévisible, capricieuse en tout cas. Le temps peut changer en l'espace de quelques minutes.

* Notre avis : être pris par la pluie en cours de route, passe encore. Se mettre en route sous la pluie relève d'une certaine inconscience : si vous vous sentez suffisamment "costaud", votre entourage (personnes peu en forme, enfants) l'est peut-être beaucoup moins et de mauvaises conditions météo risquent de gâcher une journée familiale. Sachez donc renoncer si nécessaire.

4 - Comment vous habiller
Il peut faire (très) froid dans la région du volcan, même durant l'été austral, surtout la nuit (températures de l'ordre de 10°). Il ne faut y compter sur aucun abri. Pluie et brouillard s'y invitent plus souvent qu'à leur tour. Prévoyez toujours un vêtement long réellement imperméable (un coupe-vent ne l'est pas, un poncho se retourne avec les rafales) pour éviter de marcher mouillé et transi, une fourrure polaire ou un pull-over, des sous-vêtements chauds et de quoi se changer en cours de route si nécessaire.

* Notre avis : anorak, bonnet, gants solides (froid et protection des mains en cas de chute) ne sont pas superflus si vous vous aventurez de nuit dans l'enclos. Ne riez pas : certains l'ont compris à leurs dépens ces jours derniers. Une casquette à large visière, protégeant la nuque, ou un foulard est indispensable par temps ensoleillé. Bien avant l'altitude de 2000 m, les rayons ultra-violets (UV) se déchaînent et on attrape au volcan des coups de soleil même par temps gris, voire pluvieux, aussi incroyable que cela puisse paraître (crème solaire indispensable surtout pour les peaux claires). Toujours prévoir dans la voiture pour le retour : des vêtements secs, à boire et à manger; des sachets en plastique pour ranger les habits sales ou mouillés.

5 - De vraies chaussures
Pour monter au volcan, beaucoup se contentent d'une bonne paire de chaussures de sport, convenables si l'on s'en tient aux sentiers balisés, mais des chaussures montantes paraissent souhaitables pour éviter les entorses fréquentes sur ce genre de terrain.

* Notre avis : attention, le sentier aménagé pour accéder à l'actuelle éruption comporte des passages très pentus dans les scories. Prévoyez des chaussures plutôt trop grandes que justes, solides et auxquelles vous ne tenez pas trop. Le basalte -la lave - possède de redoutables propriétés abrasives, d'où l'utilité de s'assurer aussi de la solidité de son fond de pantalon.

6 - Alimentez-vous et buvez
Pensez à boire avant d'avoir soif, tous les quarts d'heure par exemple. Grignotez régulièrement, avant même d'avoir faim. Réservez les barres énergétiques aux coups de pompe et préférez-leur une véritable alimentation à base de pain par exemple (sandwich), fruits frais (bananes, pommes, oranges), fruits secs.

* Notre avis : prévoyez quelques fruits secs faciles à atteindre pour le parcours et un pique-nique propre à assurer le moral des troupes, ni trop lourd, ni trop encombrant. 1,5 litres d'eau par adulte semble la quantité minimale recommandée pour une randonnée comme celle-ci. Pour économiser, buvez avant de vous mettre en route. Buvez même en l'absence de sensation de soif. Vous récupérerez d'autant plus vite de vos efforts et écarterez le risque de crampes.

7 - Sécurité
- Même si vous avez prévu de rentrer bien avant la tombée de la nuit mieux vaut emporter une lampe de poche et - pourquoi pas - un sifflet. Sachez que le téléphone portable fonctionne de manière très aléatoire dans l'enclos du volcan (voir notre édition d'hier). La présence d'un répéteur de la SRR ne garantit pas les communications, même en vue directe du Piton de Partage, en fonction des conditions météo. De nombreuses "zones d'ombre "existent en fonction de la topographie des coulées !

* Notre avis : notez les numéros d'urgence, le 112 sur votre téléphone portable (accès prioritaire au réseau) ou le 930 930 (peloton de gendarmerie de haute montagne - PGHM)

8 - Restez sur le sentier balisé
Ne vous écartez jamais des sentiers marqués à la peinture blanche par l'ONF. Le relief très accidenté ne permet pas, même en plein jour parfois, de retrouver le sentier tracé dans les coulées pour peu que l'on s'en éloigne même de vingt mètres.

* Notre avis : à plus forte raison par mauvais temps, ne jamais tenter de prendre des "raccourcis". La nuit ou en cas d'arrivée brutale du brouillard, les plaques de lichens sur la lave ressemblent à s'y méprendre aux taches blanches du balisage et induisent très facilement en erreur. Vous ne disposerez d'aucun point de repère (sommet, rempart).

9 - Ne vous surestimez pas
Calquez votre allure de marche sur vos compagnons les moins rapides. Un groupe doit éviter de se séparer pour éviter tout malentendu. N'allez pas au-delà de vos forces. Sachez renoncer en cas de mauvais temps.

*Notre avis en cas de coup de barre, reposez-vous en vous protégeant du soleil (mouillez votre casquette avec de l'eau) ou des intempéries (mettez un vêtement sec), selon le cas; buvez, grignotez. Ne restez pas seul.

10 - Marchez propres
N'enfouissez pas vos déchets, évitez d'utiliser les poubelles mises en place à la Chapelle de Rosemont et sur les sentiers du tour des cratères : souvent pleines, vidées par les bourrasques, elles ne peuvent être relevées aussi fréquemment que nécessaires.

* Notre avis : ramenez plutôt vos déchets dans votre sac et débarrassez-vous en à votre retour à la maison plutôt que dans les poubelles du Pas de Bellecombe (où ils s'envolent et attirent les rongeurs) .
F. M.-A.

Samedi 26 Février 2000