

Enfin ! La première matinée de beau temps, hier sur le Sud et plus particulièrement au volcan, a permis à de nombreux badauds de se rendre au Pas de Bellecombe pour profiter du spectacle généré par la nouvelle éruption du Piton de la Fournaise. Plus de 650 véhicules circulant vers le Pas de Bellecombe ont été recensés par les deux gendarmes de la brigade motocycliste en poste sur la route du volcan, et le parking a accueilli en permanence 200 à 250 véhicules durant toute la matinée. Pas de réelle folie, donc, mais une affluence raisonnable qui a permis à tout un chacun d'accéder tranquillement au balcon de la Fournaise. Le ciel bleu s'est maintenu jusqu'à15 heures environ, et les plus courageux qui avaient entrepris de marcher jusqu'au Piton de Partage (environ une heure aller-retour) se sont régalés des projections et des coulées de lave affleurant le rempart en contrebas. Mais à partir de 15 heures, rideau ! Les nuages, une petite pluie farine et le brouillard ont repris possession des lieux et empêché à nouveau toute visibilité. Les derniers arrivés sont repartis dépités !
RECONNAISSANCE ET BALISAGE
Auparavant, le sous-préfet Philippe Schaeffer, le directeur de l'observatoire volcanologique Thomas Staudacher, le chef de groupe ONF au Tampon Michel Sicre, et deux hommes du PGHM (Peloton de gendarmerie de haute montagne)ont également pu aller se rendre compte de visu et dans de bonnes conditions, de l'état de l'éruption en cours au Puy Mi-Côte afin d'envisager ou non l'ouverture de l'enclos au public. "Jusque là, la météo exécrable avait empêché les reconnaissances et le balisage du site", explique Michel Sicre. "L'accès était très difficile et nous avions beaucoup de mal à nous repérer par rapport au sommet". Enfin, samedi, ils ont pu rétablir le sentier qui relie la Chapelle de Rosemont à la Soufrière (tour des cratères), et qui avait été coupé par deux fissures au début de l'éruption. "Nous avons contourné les coulées pour trouver un passage plus étroit qui évite au public de traverser les gratons".
Le sentier a été balisé à la peinture blanche, et il est donc impossible de vous tromper. Il mène à une petite plate-forme, un belvédère tout spécialement aménagé par l'ONF pour les randonneurs, qui domine le Puy Mi-Côte à environ 400 mètres d'altitude et permet une observation parfaite des projections des cônes actifs. Depuis le Pas de Bellecombe, vous emprunterez donc le chemin classique qui traverse l'enclos avant de bifurquer sur le sentier de la Soufrière (embranchement de gauche) après la chapelle de Rosemont, et. Vous cheminerez ensuite jusqu'au belvédère. Il faudra compter quatre heures environ aller/retour pour un marcheur moyen. Hier, après un survol en hélicoptère juste avant que le site ne se couvre, le préfet, en accord avec le sous-préfet, l'observatoire volcanologique, l'ONF et la gendarmerie, décidait donc vers 16h30 d'autoriser l'ouverture de l'enclos ce matin lundi 21 février à 8 heures, mais "uniquement sur le sentier normal menant à la chapelle de Rosemont et à la Soufrière".
UN DEUXIÈME BELVÉDRE EN COURS DE BALISAGE
Car s'il a été impossible d'aménager un sentier permettant d'accéder à l'éruption par le bas (les risques de coulées intempestives et de débordements brutaux sont pour l'heure trop importants)Thomas Staudacher et le PGHM préparaient hier, afin de satisfaire les observateurs les plus exigeants, un deuxième belvédère dans la lignée du premier. Accessible par le même parcours, il sera plus proche de l'éruption (environ 300 mètres en contrebas de la première plate-forme située sur le sentier de la Soufrière).Ce deuxième point d'observation sera balisé dans la matinée d'aujourd'hui par l'ONF et le PGHM si le temps le permet, pour être ouvert, selon les premières probabilités, à midi. Mais attention, le dénivelé est assez important sur ce parcours. Aussi, il faudra être marcheur confirmé pour y accéder et compter près deux bonnes heures de marche (aller/retour) supplémentaires, à partir du premier belvédère. Et ne vous imaginez pas pouvoir y emmener des enfants en bas âge, toute la famille ou vos animaux de compagnie !
Quant à l'avenir, un communiqué de la préfecture précisait hier que l'accès à l'enclos ne sera maintenu que si les conditions météo favorables persistent. Auquel cas, "il pourra être interdit à nouveau si celles ci se dégradent ou si l'évolution de l'éruption le commande".
Valérie Koch

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Si vous voulez que votre balade sur le site de l'éruption reste un vrai plaisir, évitez de jouer les "je-sais-tout" ou les "à moi, on ne me la fait pas" et prenez un minimum de précautions avant de vous lancer sur le sentier de la Soufrière qui mène sur les plates-formes d'observation au-dessus du Puy Mi-Côte. D'autant que l'instabilité actuelle du temps peut vous jouer de mauvaises surprises, brouillard et pluie débarquant aussi vite que le galop de la marée au Mont Saint-Michel. Alors, ne lésinez pas sur votre équipement qui doit impérativement être imperméable et vous protéger du froid (parka, chaussettes, pull ou polo, etc).Ayez de bonnes et solides chaussures de marche (terrain accidenté), des gants pour éviter de déchirer vos mains sur les "gratons" acérés, de quoi vous couvrir la tête, une lampe de poche(avec des piles neuves, tant qu'à faire !) ou frontale, et enfin au moins quelques fruits secs ou barres énergétiques et de l'eau. Et ne laissez pas vos déchets sur place. Pas la peine d'emmener les marmites de cari, le site (contrairement à l'éruption du Piton Kapor en 1998) ne se prête pas aux pique-niques en famille. Enfin sachez rester humble devant la nature, ne dépassez pas les belvédères aménagés (des pancartes vous le rappelleront en cas d'oubli) et ne sortez sous aucun prétexte du balisage du sentier, failles et crevasses menaçant de vous engloutir à tout moment.

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Depuis le milieu de la semaine dernière, les cheveux de Pélé(du nom de la déesse hawaiienne des volcans) s'éparpillent avec le vent sur la région ouest du Piton de la Fournaise. Ces fibres à la couleur dorée, aussi fines qu'un cheveu (d'où leur nom) se forment lorsque les fontaines (comme il y en a sur l'éruption en cours) projettent des gouttelettes de lave dans les airs: avec l'action supplémentaire du vent, celles-ci étirent derrière elles un fil de verre basaltique fondu qui durcit instantanément avant d'être transporté par le vent jusqu'à des dizaines de kilomètres dans les cas extrêmes. Samedi matin, les véhicules qui avaient passé la nuit au Pas de Bellecombe (le PC est installé dans l'enceinte du pavillon d'information du volcan) étaient recouverts de ces brindilles de lave brillantes et piquantes. Le phénomène ne s'était pas produit depuis plusieurs années. S'il n'est pas particulièrement dangereux pour l'homme, il en va tout autrement pour les bovins. Car les animaux qui paissent absorbent les aiguilles de lave répandues dans l'herbe de leurs pâturages, risquant d'avoir les entrailles perforées(estomac, intestin) ou de gros dégâts au niveau de l'eusophage, auxquels ils ne pourraient résister. Des cas de mortalités animales consécutifs à des pluies de cheveux de Pélé avaient d'ailleurs été relevés il y a plus d'une vingtaine d'années dans la région. Du coup, le groupement des éleveurs du Nez de Bœuf surveille de près ses pâturages et effectue constamment des prélèvements d'eau dans les abreuvoirs. Philippe Picard et Marius Bègue, les plus menacés, n'ont pour l'heure pas constaté la présence de cheveux de Pélé dans leurs pâturages du Nez de Boeuf. Mais si c'était le cas, ils envisageraient rapidement une transhumance de leurs troupeaux vers d'autres zones de pâturages au Piton de l'Eau.
Lundi 21 Février 2000