Reconnaissance sur le Piton de la Fournaise cachépar le mauvais temps depuis lundi
L'éruption ne s'essouffle pas

Après avoir dû renoncer jour après jour àdescendre dans l'enclos, une équipe de l'observatoire a enfin puse rendre hier sur le site de l'éruption. Entre pluie et brouillard,les scientifiques ont pu constater que l'éruption de lundi se portebien : au moins deux cônes, dont l'un déjà assez imposant,crachent leurs laves.

Ils rongeaient leur frein depuis lundi dernier : après leur brèveincursion dans l'enclos du volcan ce jour-là pour échantillonnerles laves toutes "fraîches" du Piton de la Fournaise, lesvolcanologues avaient dû rester sur leur faim. Vexant. Impossiblede savoir ce qui se tramait derrière l'épais rideau de nuages,de gaz, de fumées et de pluie qui empêchait quiconque de pénétrerau royaume de Vulcain.
Leur tentative d'hier a donc été la bonne. Et en mêmetemps qu'un certain nombre de visiteurs accoudés à la barrièredu parking du Pas de Bellecombe ou d'autres partis marcher jusqu'au Pitonde Partage trouvaient une brèche dans la mer de nuages, eux sontparvenus au pied des cônes volcaniques en éruption.
Les touristes matinaux ont clairement vu les projections et les coulées,pas très longtemps il est vrai. Les scientifiques ont entrepris l'ascensionde la Fournaise pour essayer de retracer la genèse de l'éruption:celle de lundi dernier a-t-elle, comme celles de juillet et septembre 1999,commencé par l'ouverture de fissures dans le cratère Dolomieu? Ils ne connaissent pas la réponse à leur interrogation:le brouillard et la pluie les ont privés de toute observation unefois parvenus au sommet. Ils n'ont pas plus réussi à réparerdes capteurs du réseau de surveillance réduits au silencepar la foudre tombée la veille au soir.
En revanche, plus bas sur le flanc nord du volcan, dans la zone compriseentre le Puy Mi-Côte et le Piton Kapor (éruption de mars 1998),ils ont pu constater la vigueur persistante de l'éruption actuelle.Même si les conditions météo n'ont pas permis de dresserun panorama complet de la situation, Thomas Staudacher assure la présenced'au moins deux cônes : l'un d'une vingtaine de mètres de hauteur,avec des projections abondantes et continues; l'autre de sept-huit mètres,siège d'un puissant dégazage d'ailleurs audible hier jusqu'auPas de Bellecombe, avec des projections sporadiques jusqu'à vingt-cinqmètres de hauteur. Une coulée a également étéobservée, sans que l'on sache jusqu'où elle s'étendait.
Le retour de l'équipe de reconnaissance vers l'escalier du Pas deBellecombe ne s'est pas fait sans mal. La pluie se vaporisant sur les couléesencore chaudes empêchait presque de voir son voisin de marche A méditerpour les téméraires.
François Martel-Asselin
_______________________L'accès à l'enclos reste interdit
L'accalmie d'hier matin qui a permis aux scientifiques de se rendre surle terrain n'a constitué qu'une trêve. Dès la fin dematinée, la pluie et le brouillard reprenaient complètementpossession des lieux. A tel point que l'équipe du peloton de gendarmeriede haute montagne (PGHM) venue en reconnaissance n'a pas insistéaprès s'être approchée du site de l'éruption.
En raison des conditions météorologiques et de l'impossibilitéde reconnaître le site et donc de s'assurer des conditions dans lesquellesle public pourrait s'y rendre, l'accès à l'enclos reste interdit.Une mesure qui s'imposera, indiquait la préfecture dans un communiquépublié hier soir, tant que le PGHM et l'Office national des forêts(ONF) n'auront pas sécurisé et balisé la zone.
A noter que dans les premières heures de l'éruption, lundimatin, une fissure et une coulée ont coupé le sentier de laSoufrière.
Samedi 19 Février 2000