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DES AGRICULTEURS DE LA PLAINE-DES-CAFRES METTENT EN CAUSEL'ÉRUPTION DU PITON DE LA FOURNAISE

Alerte aux pluies acides ?

Le panache de gaz de l'éruption qui a débuté lundia-t-il contaminé les pluies qui se sont abattues sur le massif duvolcan ? Seules les analyses de prélèvements d'herbe et deterre effectués hier matin au Nez-de-Buf permettront de le confirmerou non.

Un phénomène qui pourrait avoir une relation avec l'actuelleéruption volcanique a été observé sur certainspâturages du Nez-de-Buf, notamment sur l'exploitation de Marius Bègueet de Jean-Philippe Picard à la Plaine-des-Cafres. Ce dernier a eneffet découvert, lundi soir, un léger dépôt jaunâtresur certaines parcelles des pâturages qu'il utilise pour l'élevageextensif d'une centaine de bovins. Le lendemain, mardi, alors que le cyclones'approchait sérieusement de la Réunion, il remarquait, toujourssur les mêmes parcelles, que l'extrémité des pointesde l'herbe avait plus ou moins blanchi.
Il avertissait aussitôt ses partenaires du plan de développementagricole et, hier matin, l'EDE (Etablissement départemental d'élevage),la DAF (direction de l'agriculture et de la forêt), la chambre d'agriculture,l'UAFP (union des associations foncières et pastorales), la SicaREVIA, et la mairie du Tampon se rendaient sur le terrain pour visiter leslieux et effectuer des prélèvements d'herbe et de terre auxfins d'analyse par le laboratoire du CIRAD de Saint-Denis. Malheureusement,le temps abominable qui régnait dans les hauts de la Plaine-des-Cafresn'a pas permis de faire des investigations supplémentaires sur lessecteurs environnants.

PAS DE CHEVEUX DE PÉLÉ

Une chose est certaine: il n'a pas été constaté decheveux de Pélé dans les pâturages comme le bruit avaitcouru : le Nez-de-Buf est distant du cratère d'environ dix kilomètreset la pluie n'aurait pas permis au vent de transporter bien loin ces fins"cheveux", en fait des goutelettes de lave étiréesà chaud par le vent lorsqu'elles sont expulsées du cratèreen éruption. En revanche, Philippe Kowalski, responsable techniquede l'observatoire volcanologique, a bien remarqué lundi matin unpanache au-dessus de la Plaine-des-Cafres, et les pâturages en questionont pu être arrosés par des pluies acides. Toutefois, si c'estbien le cas, les pluies diluviennes de ces dernières quarante-huitheures auront littéralement lessivé l'herbe des pâturageset dilué les dépôts dans la terre qui risque toutefoisde présenter un taux de concentration supérieur à lanormale.
Selon Jean-Philippe Picard, lorsqu'il a pris l'herbe en main, mardi matin,elle dégageait une odeur soufrée et donnait l'impression "d'avoirété aspergée de désherbant". Mais il n'estpas non plus exclu que les pâturages soient victime d'une maladied'origine bactérienne ou mycosique
Les bovins, eux, sont en parfaite santé. Ils ne souffraient, hiersoir, d'aucune manifestation d'intoxication passagère par le soufrequi se traduit généralement par des diarrhées, ou detraces de brûlures sur le museau. La surveillance s'impose toutefois.En attendant les résultats des analyses, les bêtes ont ététransportées sur des zones où le phénomène n'apas été constaté.
J.-P.S.

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Accès à l'enclos toujours impossible

L'éruption qui a débuté lundi à 0h18 sur leflanc nord du volcan se poursuit. La journée d'hier n'a pas permisplus d'observations sur le terrain que la veille et l'accès àl'enclos reste interdit, indique la préfecture dans un communiquérendu public hier soir.
A l'observatoire volcanologique, Thomas Staudacher avoue, pour résumerabruptement ce que nous rapportions déjà dans notre éditiond'hier : "On peut dire que nous sommes aveugles". Même siMétéo-France prévoit une journée trèspluvieuse aujourd'hui encore, le vent devrait cependant se calmer et permettreune meilleure lecture des signaux transmis par le réseau de surveillancesismique, jusqu'alors soumis à un brouillage intensif du fait desrafales et du martèlement de la pluie.
La gendarmerie, qui s'était repliée mardi avec le passageannoncé en alerte orange et des conditions météo s'aggravant,a réactivé son dispositif du Pas de Bellecombe hier à14 heures. Elle confirmait hier soir une "visibilité nulle"et l'inutilité de se rendre au volcan en raison de la poursuite dumauvais temps, les radiers de la route forestière menaçantà nouveau d'être submergés comme la veille. Les "visiteurs"se sont d'ailleurs comptés sur les doigts des deux mains hier.
Une accalmie sera indispensable pour évaluer la situation et envisagerune éventuelle réouverture de l'enclos. Personne n'est eneffet aujourd'hui capable de dire où l'activité persiste encoresur les fissures actives lundi matin, ni l'importance des couléesmême si, selon la préfecture, "une forte reprise de l'éruptionest exclue".
F.M-A.


Jeudi 17 Février 2000