Sommaire


L'observatoire enregistrait des séismes depuis lemois de janvier

Troisième éruption en huit mois

Une fois de plus, la Fournaise se manifeste presque sans crier gare.En moins d'une heure, dimanche soir, le magma a jailli de plusieurs fissuressur le flanc nord du volcan, deux coulées principales se rejoignantpour finalement longer le rempart nord de l'enclos, comme durant l'éruptionde mars 1998.


La nouvelle n'a qu'à moitié surpris tous ceux qui suiventl'activité du Piton de la Fournaise. Lorsque le volcan est entréen éruption dans la nuit de dimanche à lundi - pour la troisièmefois en huit mois - ils s'y attendaient un peu, après l'avertissementdu mois de janvier, une lente et discrète montée en puissance- jusqu'à une dizaine de séismes quotidiens -, annoncéeà l'époque par le Journal de l'île. Pourtant, en finde semaine dernière, l'activité sismique du volcan semblaits'amenuiser. Mais, lorsque les alarmes de l'observatoire se déclenchentdimanche à 23h25, aucun doute n'est permis aux scientifiques : çay est, la Fournaise entame une crise sans doute semblable aux deux précédentesde juillet et septembre 1999.
En quelques dizaines de minutes, du magma stocké à faibleprofondeur sous le sommet accomplit son ascension vers la surface, commeles milliers de bulles d'une bouteille de champagne trop agitée.Le mélange de gaz et de roches fondues, déstabilisépour on ne sait quelles raisons, fuse de toute part, fissurant le sous-solpour se frayer une voie vers l'air libre. Le réseau de surveillancede l'observatoire enregistre des centaines de secousses qui s'enchaînentjusqu'au moment où les sursauts des tracés sismiques sontremplacés par un signal dense, d'amplitude plus réduite etplus régulier : le trémor, signe de la sortie de la lave àl'air libre. Il est alors 0h18 hier matin. Une fois les autoritésprévenues, une partie de l'équipe scientifique se rassembleà l'observatoire. La caméra braquée sur l'enclos tentepéniblement de se jouer du brouillard. L'écran de contrôlelaisse apparaître d'amples coulées, parfois visibles sous formede halos, au gré des caprices de la météo.

Un cône égueulé déjà en place hiermatin


Tandis que deux hommes se mettent en route à pied pour gagner lePiton de Partage, poste d'observation idéal pour localiser les fissureséruptives, les gendarmes prennent leur faction aux portes du volcan.Pas de risque de devoir rapatrier des touristes en goguette à cetteheure comme lors des deux dernières éruptions qui s'étaientdéclarées en plein jour !
Bientôt les informations relayées par la radio de l'observatoiretombent: cinq fissures déchirent le flanc nord du volcan : troispetites en dessous du sommet, et deux plus importantes au-dessus du PuyMi-Côte et du Piton Kapor.
Hier à l'aube, un semblant de cône égueulé auxsolides proportions s'est déjà édifié au-dessusdu Puy Mi-Côte lui-même envahi de lave toute fraîche,de la longue fissure proche du Kapor jaillit un rideau de feu. Deux torrentsde feu descendent en direction du Piton de Partage et se rejoignent pouremprunter la même trajectoire que les coulées du Kapor il ya presque deux ans déjà, en mars 1998. Au loin, au pied durempart, des bouquets de branles s'embrasent à intervalles réguliers.
Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, accompagné de deuxscientifiques, se lance dans la
tourmente. A la faveur d'accalmies, ils vont tenter des prélèvementsd'échantillons de lave et reconnaître les fissures et coulées.
Au prix de la traversée d'une coulée encore rougeoyante quelquescentimètres sous leurs pieds, ils parviennent à arracher quelqueslambeaux à une coulée active. Une observation sommaire suffità leur confirmer que la Fournaise puise toujours dans ses réservesde magma habituelles déjà en place et qu'il n'y a pas de surpriseà attendre de ce côté-là.
Mais pas question d'aller explorer plus loin, le brouillard, la pluie persistanteet les rafales l'interdisent. Retour à l'observatoire.
Hier soir, le niveau de l'activité avait déjà bienbaissé : s'il n'a pas été possible de le confirmervisuellement, le réseau de surveillance peut en témoigneravec un niveau de trémor divisé par trois ou quatre par rapportau matin.
Dès hier matin, les coulées avaient atteint le rempart deBois-Blanc et atteignaient le cassé de la plaine des Osmondes. Deséruptions passées ayant montré les limites des pronosticsen matière de longévité, on peut seulement espérerqu'elle durera suffisamment jusqu'au retour du beau temps !
Textes et photos :
François Martel-Asselin

______________________________

Vers un retour au rythme de croisière ?


Les deux dernières éruptions du Piton de la Fournaise ontduré du 19 juillet au 31 juillet 1999 (13 jours) et du 28 septembreau 23 octobre 1999 (26 jours). Elles faisaient suite à "l'éruptiondu siècle" du 9 mars 1998 (Piton Kapor) d'une durée exceptionnellede 196 jours, elle-même consécutive à un sommeil nonmoins exceptionnel de près de cinq ans et demi de notre volcan.
Le Piton de la Fournaise est-il en train aujourd'hui de retrouver son rythmede croisière depuis l'an dernier. On serait tenté de le penser.S'il est généralement crédité d'une éruptiontous les douze à dix-huit mois sur la période historique (depuisl'occupation de l'île par l'homme, soit trois siècle et demi),on se souvient aussi des années faste 83-86, où l'on a dénombréjusqu'à 6 ou 7 éruptions par an !

_______________________________

Hier lundi matin à l'aube, chance exceptionnelle alors quela pluie a déjà noyé l'enclos du volcan la veille dimanche: durant moins de trois heures, entre 5 heures et 8 heures, la pluie, lebrouillard et les rafales s'effacent parfois, dévoilant àchaque fois brièvement la Fournaise. Depuis le Puy Mi-Côte,on observe un nouveau cône naissant, quelques heures à peineaprès le début de l'activité. Un panache éruptifbleuté balaye l'enclos, pique les yeux, irrite les poumons alorsque rugissent les gaz en s'échappant des entrailles de la terre.





__________________________________

Dans la chaleur de la nuit


Dans un décor incertain, les coulées s'étirent,les fontaines de lave jaillissent des
fissures. Des nappes de gratons refroidissent déjà en frémissant,laissant entrevoir des charbons ardents quelques centimètres sousleur surface. Dans le ciel tout juste bleuté du petit matin de l'enclosdésert, seuls les hurlements des gaz éruptifs éjectésdes cratères sont en mesure de répondre au vent qui étireles nuages et le panache bleuté de l'éruption. Lorsque levacarme cesse, la pluie crépite sur les coulées figéesdont la température atteint encore parfois quelques centaines
de degrés.





Mardi 15 Février 2000