Toujours des séismes au Piton de la Fournaise
Une brève réactivation de l'éruption jeudi soir
Evacué dimanche dernier après que l'observatoire volcanologique
eut enregistré un fort séisme, l'enclos du Piton de la Fournaise
reste fermé, dans l'attente d'une possible nouvelle phase d'activité
: au fil des jours, le réseau de surveillance a en effet continué
de capter depuis des secousses dont les scientifiques s'expliquent mal l'origine
alors que l'éruption du 14 février se poursuit.
La situation n'a donc pas évolué hier encore: comme les jours
précédents, des séismes (huit dénombrés
à 17 heures) ont été enregistrés sous le volcan.
Seul moment d'animation de la journée : une reconnaissance menée
par l'observatoire sur la piste du Piton de Bert vers midi suite au témoignage
d'un pilote d'avion de tourisme recueilli le matin même. Mme Lucette
Narassiguin affirmait en effet avoir observé une nouvelle éruption
sur le flanc sud-ouest du volcan la veille au soir alors qu'elle se trouvait
aux commandes d'un avion de l'aéro-club du Sud Adam-de-Villiers,
accompagnée de deux amis.
"La nuit était très noire [ndlr: la lune n'est plus visible
ces jours-ci], rapporte Mme
Narassiguin. On ne s'attendait pas à quelque chose de merveilleux
puisque l'activité était décrite comme très
faible depuis plusieurs jours". C'est alors que dans la zone de l'éruption
du 14 février, poursuit-elle "nous avons vu une grande nappe
ressemblant à de la braise et, de l'autre côté [du volcan]
un cratère qui jaillissait à plusieurs mètres".
TÉMOIGNAGE TROUBLANT
Une équipe de l'observatoire volcanologique a tenté de percer
le mystère en menant une reconnaissance sur la piste du Piton de
Bert hier midi. En vain : elle n'est pas parvenue à localiser l'événement
décrit sur le flanc ouest du volcan, malgré une éclaircie
providentielle d'une dizaine de minutes qui a permis à l'enclos de
se découvrir. Aucune trace de nouvelle coulée n'a pu être
distinguée. D'ailleurs, le réseau de surveillance n'a enregistré
aucun signal pouvant correspondre à une telle activité.
Notre pilote a-t-elle été victime d'une illusion d'optique
? Il était environ 19h30 jeudi lorsque l'appareil survolait le fond
de l'enclos à une altitude proche de 3 200 mètres (9 700 pieds),
conformément à la réglementation, soit à près
de
1 000 mètres au-dessus du fond de l'enclos. De quoi chambouler la
perception des choses, une mésaventure survenue même à
des observateurs expérimentés du Piton de la Fournaise dans
de semblables conditions dans un passé récent.
A la décharge de Mme Narassiguin tout de même, un autre témoignage,
celui d'un membre de l'observatoire présent au Piton de Partage le
même soir vers 21 heures: il a lui-même assisté à
une réactivation de l'éruption en cours ce soir-là,
le cône encore en activité émettant sans doute pendant
quelques heures tout au plus des fontaines de lave estimées à
plusieurs mètres de hauteur. Notre pilote n'avait donc pas tout a
fait rêvé Les coulées qu'elle a aperçues sont
sans doute celles de la semaine dernière, encore incandescentes,
qui s'étalent entre le Piton de Partage et le Nez coupé de
Sainte-Rose. Et elle aurait mal apprécié la localisation de
l'éruption qu'elle décrit. "En tout cas, c'était
magnifique !", conclut-elle. Là, on la croit volontiers. Il
a fait suffisamment mauvais ces dernier jours pour se régaler d'un
tel spectacle.
François Martel-Asselin
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* L'enclos toujours interdit
L'accès à l'enclos demeure interdit en raison de la persistance
de la sismicité sous le volcan et de l'impossibilité de prévoir
l'évolution de l'activité.
Samedi 4 Mars 2000