
Alors que l'enclos devait rester fermé pour quarante-huit heures en attendant l'évolution de la situation, l'interdiction d'accès au site a été reconduite hier après-midi en raison de l'enregistrement de trois nouveaux séismes, lundi. "On n'a jamais vu cela", insistait hier Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, confirmant l'analyse livrée par les scientifiques dès dimanche soir, selon laquelle on pourrait assister soit à une réactivation de l'actuelle éruption sur le déclin, soit à une nouvelle éruption. Mais deux jours plus tard, l'éruption du 14 février se poursuit avec un trémor constant depuis la veille du week-end.
Après un premier séisme samedi soir, c'est en fait celui enregistré dimanche après-midi, à 16h10, qui a déclenché l'évacuation du public présent dans l'enclos. D'une magnitude de 1,8 - rarement atteinte au Piton de la Fournaise - il a été localisé à 1,5 kilomètre sous le cratère Dolomieu.
LE MAUVAIS TEMPS EST REVENU
Puis, lundi, trois autres séismes ont été relevés au cours de la journée, dont un de magnitude 1,7, proche du niveau de la mer et toujours sous le sommet. Des signes suffisant pour prolonger la période d'attente qui a commencé dimanche, dans la mesure où l'on ne savait pas plus hier soir ce que prépare le Piton de la Fournaise.
L'expérience en la matière invite à la prudence. Les scientifiques rappellent en effet que les séismes constituent les signes précurseurs des éruptions et qu'ils disparaissent une fois l'éruption déclarée pour laisser la place au trémor, associé à la circulation du magma et des gaz dans l'édifice volcanique.
Depuis l'installation de l'observatoire, il y a une vingtaine d'années, on ne relève semble-t-il que deux cas où la sismicité est réapparue en cours d'éruption. En mars 1986, une douzaine d'heures après l'ouverture d'une fissure éruptive dans l'enclos débutait ainsi l'éruption du Piton de Takamaka, dans les hauts du Tremblet. De même en mars 1998, trois jours après l'éruption au Piton Kapor, s'ouvrait une fissure à l'autre bout de l'enclos, donnant naissance au cratère Fred-Hudson.
Evidemment, cette fois, quinze jours se sont écoulés depuis le début de l'éruption du 14 février avant la réapparition de ces séismes dont on s'explique mal l'origine pour l'instant. La baisse subite de l'activité observée à la veille du week-end (un des deux cônes actifs s'est "éteint" en quelques heures) peut-elle être liée à un colmatage des conduits, qui expliquerait une nouvelle mise en pression du volcan et donc les séismes qui préoccupent l'observatoire ?
Hier, le mauvais temps qui a sévi au volcan et jusqu'à la Plaine-des-Cafres n'a permis aucune reconnaissance et donc aucun prélèvement d'échantillon. L'attente se poursuit.
François Martel-Asselin
Mercredi 1er Mars 2000