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Silence complet hier soir encore au volcan

Le Piton de la Fournaise calmé pour de bon ?

Notre volcan s'est-il vraiment rendormi ? Quarante-huit heures après la fin brutale de l'éruption, aucun nouveau signe n'avait été enregistré hier soir. Si cette situation de calme se prolonge, l'observatoire devrait lever ses gardes dans les jours à venir.

L'éruption du 12 octobre a duré 33 jours, contre 37 pour celle du Piton Pârvédy, en juin-juillet dernier. Si le record de l'année n'a donc pas été battu, cette troisième éruption en un an à peine a assurément surpassé en intensité toutes les précédentes par le spectacle offert ! Hier, l'observatoire s'est rendu sur le site du Piton Morgabim pour effectuer de nouveaux prélèvements sur les coulées. Le cône, encore brûlant, très profond, s'est bouché et paraît aussi impressionnant par ses dimensions que lorsqu'il était actif.

SOUFFLER UN PEU

Deux cents mètres en aval s'étalent ses dernières coulées de gratons, brûlantes elles aussi : quoique figées superficiellement, elles sont encore nettement rougeoyantes quelques centimètres en dessous, à une température estimée à 800° par les scientifiques !
Des bombes de taille diverses jonchent le sol autour du cône éruptif, témoignant des épisodes violents dont il a été le siège au cours des derniers jours de l'activité. Les randonneurs, du fait de l'arrêt brutal de l'éruption, lundi soir vers 22h45, semblent avoir déserté le site : personne n'était visible dans ses environs hier après-midi. Plus d'un marcheur a d'ailleurs été surpris mardi matin en arrivant sur place pour découvrir que tout était fini !
Si le calme qui prévalait encore hier soir devait se poursuivre, l'observatoire devrait lever très rapidement les gardes de nuit instaurées depuis plusieurs semaines. L'équipe scientifique, rudement mise à contribution cette année, surtout depuis la fin de leur temps de séjour d'étudiants en thèse qui participaient également aux tâches quotidiennes de l'observatoire, devrait enfin pouvoir souffler un peu.
François Martel-Asselin

----------- Souvenir d'octobre 1977 -----------

Que l'arrêt brutal de l'éruption, lundi soir, ait pu de prime abord surprendre tous ceux qui l'avaient observée la veille encore, soit. Mais ce phénomène n'est pas pour autant unique dans l'histoire du volcan de la Réunion, on l'imagine bien. Il suffit de se reporter pour cela au compte rendu de Maurice Krafft sur l'une des éruptions de l'année 1977
Même si la tentative d'une comparaison entre deux éruptions paraît bien présomptueuse - tant de données nous échappant et alors que l'observatoire volcanologique n'existait pas encore à l'époque - le 24 octobre de cette année-là, des fissures s'ouvrent entre 2200 et 1850 mètres. Les coulées descendent en 24 heures à 450 mètres d'altitude, à deux kilomètres de la RN 2. L'auteur fait état de fontaines de lave de 200 à 300 mètres de haut, d'autres témoins de l'époque leur attribuant une hauteur de 150 mètres tout au plus. Les coulées continuent de se diriger vers la route nationale Un cratère énorme s'édifie peu à peu lorsque, le 16 novembre, après plus de trois semaines d'activité, l'éruption s'arrête brutalement après que les fontaines continues ont fait place "à des explosions rythmiques de plus en plus violentes". Tous ceux qui ont suivi la dernière éruption ne manqueront pas de trouver des similitudes avec celle d'octobre 1977: une activité soutenue comme rarement, des coulées arrivant dans le Grand-Brûlé, des épisodes violents sur la fin, un arrêt brutal.
Mais nous préférons arrêter là la comparaison : les Réunionnais avaient dû ensuite attendre l'année 1979 pour admirer leur volcan en éruption, à deux reprises mais très brièvement à chaque fois : moins de vingt-quatre heures !
Sans doute était-ce pour mieux préparer, à partir de 1981, une grande décennie durant laquelle la Fournaise a fait preuve d'une activité réellement débordante.

Jeudi 16 Novembre 2000