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Après la réouverture de l'enclos, samedi, quarante-huit heures après le début de la troisième éruption de l'année

La Fournaise sous les feux de la rampe

Plusieurs centaines de personnes se sont rendues sur l'éruption ce week-end. Aux premières loges: cinéastes et photographes, qui soignent leurs images.

Ils ont installé pour certains leur camp de base dès vendredi après-midi au nord de la fissure éruptive, trente-six heures à peine après le début de l'éruption de jeudi matin. Dépose en hélicoptère avec le matériel pour les plus "pros" d'entre eux ou arrivée à pied avec armes et bagages: on tombe sur un petit village de tentes sous lesquelles sont stockés matériel et vivres. Des porteurs fournissent l'assistance pour les "manips" sur le site et se révéleront précieux en cas de nécessité d'un retour à pied. En outre, si l'amateur peut se contenter d'un boîtier et de quelques objectifs dans son sac à dos, le professionnel possède un outillage sans commune mesure, qui vient en surcharge de ses affaires personnelles destinées à lui procurer un minimum de confort sur place, où il restera parfois une journée, un week-end, voire plusieurs jours.

STOCKS D'EAU ET DE VIVRES

Les jerrycans voisinent avec les bidons étanches pour stocker la nourriture à l'abri de la pluie. Pas question de se laisser abattre : lorsque l'on est condamné à passer des heures sous la tente bloqué par le brouillard, comme ce fut le cas samedi entre 11h et 16h, que fait-on ? Eh bien, on mange, on dort autant que possible pour récupérer des nuits trop courtes, de la fatigue accumulée. Alain Gérente, Serge Gélabert, François Cartault, Jean-Luc Allègre figurent au nombre de ceux dont vous connaissez les films ou les photos du volcan. Ils étaient de la partie ce week-end. Tous familiers du volcan et des éruptions, ils risquent leurs semelles là où vous ne l'imaginez guère : aucun téléobjectif ne parvient à rendre certains angles de prise de vue ! Imprudence ? Non, connaissance éprouvée des pièges tendus par le volcan et équipement adapté, d'ailleurs basé sur les mêmes conseils donnés aux randonneurs dans ces colonnes.
Samedi matin, lever à 4 heures pour bénéficier du maximum de temps avant le lever du soleil. Ce jour-là, les cinéaste sont choisi de filmer des plans de l'éruption vue depuis le Piton Pârvédi. Pas loin de deux cents mètres de dénivelé dans les gratons encore brûlants entre leur camp, invisible à l'abri d'un ancien cône situé à hauteur de la bouche principale, bien au-dessus donc du terminus matérialisé par l'ONF pour les randonneurs, et le cratère de l'éruption de juin. C'est autant à remonter ensuite, vers 7 heures, pour enfin prendre le petit déjeuner. Ensuite, à moins d'effets de brouillard, ou de nuages, il ne faut plus compter sur des prises de vues avant 16 heures au minimum : la lumière solaire à l'inconvénient de transformer la lave la plus rougeoyante en de vilains paquets de matière grisâtre de la pire espèce.

LA MEILLEURE FAÇON DE FILMER

Mêmes ébats des hommes d'image en fin d'après-midi. A la recherche des meilleurs angles, de la meilleure lumière, sans se laisser surprendre par une brutale modification de l'activité qui ruinerait leurs efforts. Il faut spéculer sur l'angle sous lequel apparaîtra la pleine lune, sur le moment de la disparition du soleil derrière la masse du cône terminal du volcan. Et surtout ne pas oublier l'indispensable accessoire, voire tout bêtement les films, par mégarde oubliés au camp Et la nuit venue on ne manque pas de pester contre les amateurs installés de l'autre côté de la coulée dont les flashes aussi intempestifs qu'inutiles se font trop fréquents.
Les images accumulées ne feront pas pour la plupart l'objet d'une d'exploitation immédiate. On retrouvera certains clichés en magasin sous forme de tirages papier. Mais pour la plupart, elles seront minutieusement triées, archivées pour une cassette ou un livre futur. C'est en cela que pas une éruption ne ressemble à une autre: cinéastes et photographes recherchent souvent l'angle original, les mouvements de matière inédits, surprenants sans la présence desquels le spectateur déjà abreuvé d'images se lasserait.
François Martel-Asselin

Lundi 16 Octobre 2000