

STOCKS D'EAU ET DE VIVRES
Les jerrycans voisinent avec les bidons étanches pour stocker
la nourriture à l'abri de la pluie. Pas question de se laisser abattre
: lorsque l'on est condamné à passer des heures sous la tente
bloqué par le brouillard, comme ce fut le cas samedi entre 11h et
16h, que fait-on ? Eh bien, on mange, on dort autant que possible pour
récupérer des nuits trop courtes, de la fatigue accumulée.
Alain Gérente, Serge Gélabert, François Cartault,
Jean-Luc Allègre figurent au nombre de ceux dont vous connaissez
les films ou les photos du volcan. Ils étaient de la partie ce week-end.
Tous familiers du volcan et des éruptions, ils risquent leurs semelles
là où vous ne l'imaginez guère : aucun téléobjectif
ne parvient à rendre certains angles de prise de vue ! Imprudence
? Non, connaissance éprouvée des pièges tendus par
le volcan et équipement adapté, d'ailleurs basé sur
les mêmes conseils donnés aux randonneurs dans ces colonnes.
Samedi matin, lever à 4 heures pour bénéficier
du maximum de temps avant le lever du soleil. Ce jour-là, les cinéaste
sont choisi de filmer des plans de l'éruption vue depuis le Piton
Pârvédi. Pas loin de deux cents mètres de dénivelé
dans les gratons encore brûlants entre leur camp, invisible à
l'abri d'un ancien cône situé à hauteur de la bouche
principale, bien au-dessus donc du terminus matérialisé par
l'ONF pour les randonneurs, et le cratère de l'éruption de
juin. C'est autant à remonter ensuite, vers 7 heures, pour enfin
prendre le petit déjeuner. Ensuite, à moins d'effets de brouillard,
ou de nuages, il ne faut plus compter sur des prises de vues avant 16 heures
au minimum : la lumière solaire à l'inconvénient de
transformer la lave la plus rougeoyante en de vilains paquets de matière
grisâtre de la pire espèce.
LA MEILLEURE FAÇON DE FILMER
Mêmes ébats des hommes d'image en fin d'après-midi.
A la recherche des meilleurs angles, de la meilleure lumière, sans
se laisser surprendre par une brutale modification de l'activité
qui ruinerait leurs efforts. Il faut spéculer sur l'angle sous lequel
apparaîtra la pleine lune, sur le moment de la disparition du soleil
derrière la masse du cône terminal du volcan. Et surtout ne
pas oublier l'indispensable accessoire, voire tout bêtement les films,
par mégarde oubliés au camp Et la nuit venue on ne manque
pas de pester contre les amateurs installés de l'autre côté
de la coulée dont les flashes aussi intempestifs qu'inutiles se
font trop fréquents.
Les images accumulées ne feront pas pour la plupart l'objet
d'une d'exploitation immédiate. On retrouvera certains clichés
en magasin sous forme de tirages papier. Mais pour la plupart, elles seront
minutieusement triées, archivées pour une cassette ou un
livre futur. C'est en cela que pas une éruption ne ressemble à
une autre: cinéastes et photographes recherchent souvent l'angle
original, les mouvements de matière inédits, surprenants
sans la présence desquels le spectateur déjà abreuvé
d'images se lasserait.
François Martel-Asselin

Lundi 16 Octobre 2000