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L'éruption du Piton de la Fournaise a brutalement pris fin dans la nuit de lundi à mardi

Un retour au silence très suspect

Véritable fin ou fausse sortie ? En tout cas, l'arrêt brutal de l'activité, déjouant tous les pronostics, a laissé tout d'abord chacun incrédule hier. Le retour au silence du Piton Morgabim, lundi soir, alors que l'éruption entrait dans son deuxième mois, n'est peut-être que provisoire.


Parmi ceux qui ont éprouvé un choc en découvrant le volcan endormi hier matin, ce pilote d'hélicoptère qui avait déjà décrit avec enthousiasme à ses passagers le spectacle vers lequel ils les emmenait Stupéfaction: à leur arrivée à proximité du Piton Morgabim, le site avait presque retrouvé sa sérénité habituelle, seul fumait encore le nouveau cratère de jeudi dernier.

LA SURVEILLANCE RESTE À L'ORDRE DU JOUR

En fait, l'activité avait cessé dès la veille au soir, à 22h45, comme en témoignent les enregistrements du réseau de surveillance de l'observatoire volcanologique. Un arrêt brutal, sur une période de moins de dix minutes, aussi net que si l'on avait tourné un robinet, confirmé hier par des randonneurs présents sur le site lundi soir. Et dans la journée, pas le moindre souffle n'était audible.
Comment en quelques minutes le volcan a-t-il pu être ainsi réduit à un silence total alors que le trémor, indicateur du niveau de l'activité, se maintenait à son niveau le plus élevé depuis plus d'une douzaine de jours ?
Ce comportement laisse en tout cas très sceptiques les scientifiques de l'observatoire volcanogique sur la réalité de la fin de l'éruption, d'autant que personne ne semble en avoir observé d'identique. Bouchage des conduits d'alimentation ou échappatoire empruntée par le magma ? Chaque hypothèse a ses adeptes et à moins d'emprunter les bottes de Jules Verne, difficile d'aller trouver une confirmation au fond du cratère du Piton Morgabim.
Depuis lundi 22h45, le silence est donc resté presque complet. Outre la disparition du trémor, celle des séismes est aussi à signaler. Tout juste l'observatoire comptabilisait-il un séisme profond hier matin à 5h45, vers 10 kilomètres sous terre, légèrement à l'aplomb du sud de l'enclos. Mais depuis, rien. Malgré cela, l'observatoire volcanologique n'a pas pour autant relâché sa surveillance. Hier soir, une garde était assurée comme les jours précédents, pour faire face à toute reprise d'activité soudaine éven-
tuelle.
François Martel-Asselin

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Prudence toujours

Hormis l'arrêt de l'activité, qui devrait constituer une raison suffisante, les randonneurs n'ont plus de réelle raison de se rendre sur le site de l'éruption. Et en dépit des apparences, il vaut mieux en tout cas éviter de s'approcher "à moins de 400 mètres du Piton Morgabim et de toute coulée de lave", recommande même la préfecture depuis lundi après avoir pris connaissance des épisodes violents de phréato-magmatisme du week-end.
Une reprise d'activité n'est pas à exclure, rappelle-t-elle. Et c'est peut-être là le véritable risque potentiel : une fissure s'ouvrant par exemple sur le flanc sud du volcan et donnant naissance à une coulée aurait un terrible effet de surprise sur les randonneurs empruntant le nouveau balisage de l'ONF vers l'éruption.

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Comité de liaison de l'observatoire volcanologique

De la Soufrière de la Guadeloupe au
Piton de la Fournaise comme modèle

Cité unanimement, l'observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise est l'objet de toutes les attentions. Au point qu'à l'initiative de l'un de ses financeurs, le conseil général de la Réunion, une délégation de son homologue de Guadeloupe, où le redoutable volcan de la Soufrière pourrait bien faire parler de lui un de ces jours, a bouclé hier chez nous une mission d'information.

Chaque année, le comité de liaison de l'observatoire volcanologique rassemble ses partenaires. L'occasion de redéfinir objectifs et besoins. Si le conseil général, l'Institut de physique du globe de Paris, et l'Institut national des sciences de l'univers sont à la base de l'existence de l'observatoire qui a commencé à fonctionner fin 1979 à la Plaine-des-Cafres, bien d'autres institutions s'enrichissent des collaborations qu'ils ont développées. Ainsi, l'université de la Réunion entre autres a pu développer au fil des années un véritable pôle d'excellence concrétisé par une école doctorale.
Et le Piton de la Fournaise dans tout ça ? C'est grâce à lui que la Réunion en est arrivée là : la fréquence de son activité en a fait un terrain d'expérimentations et un sujet de recherche privilégié. On y met au point des techniques et matériels de prévision et de surveillance qui lui ont valu la qualification de "volcan laboratoire" (voir notre édition de dimanche), envié au niveau mondial selon l'expression d'un chercheur parisien présent hier au conseil général. D'ailleurs, chercheurs étrangers et étudiants se bousculent à nos portes.
C'est sans doute pour cette raison qu'une délégation guadeloupéenne a passé quelques jours dans notre île à l'invitation du Département. Alain Semiramoth, vice-président du conseil général de Guadeloupe, a rappelé hier la menace potentielle de la Soufrière, un volcan explosif dont le niveau d'activité augmente depuis quelques années et dont la dernière crise remonte à 1976. "Ici on réalise ce qu'est un volcan", avoue-t-il après avoir vu l'éruption au Piton Morgabim avant qu'elle ne s'arrête. "Chez nous, on ne mesure pas ce qu'est une coulée de lave; ici nous avons pris conscience du danger". Encore que le jour où la Soufrière se réveillera vraiment, ce ne sont pas des coulées qui menaceront les localités à ses pieds, mais des phénomènes explosifs sans commune mesure avec nos gentilles éruptions

Mercredi 15 Novembre 2000