
UN SPECTACLE FABULEUX
Impossible de déclarer forfait, donc, le spectacle étant
par trop fabuleux. Le principal cône éruptif, ainsi que deux
ou trois autres petits cratères qui se sont ouverts juste en amont
ce soir-là, étaient particulièrement actifs et ne
furent pas avares en projections, débordements, et autres cascades
de flot brûlant.
De langues de lave qu'on aurait cru sculptées par une main divine
en véritables feux d'artifices, les projections ont joué
les stars. Le trémor avait connu une légère augmentation
dans le courant de l'après-midi et c'est sans doute là l'origine
de ces fontaines de lave projetées furieusement à quelques
soixante mètres de hauteur.
Par moments, le débit de la lave a d'ailleurs avoisiné
les 50 mètres cubes par seconde. Le magma en fusion jaillissait
avec force de la bouche éruptive, déjà haute d'une
quinzaine de mètres, et de véritables fleuves rouges se formaient
aussitôt, dévalant à toute allure les premiers mètres
de pente et gonflant à loisir la coulée déjà
formée.
De gros blocs de roches rougeoyants étaient embarqués
dans la tourmente, et parfois, des pans intérieurs du cône
s'écroulaient, provoquant de véritables vagues intérieures
qui débordaient ensuite de part et d'autre de la coulée.
Parée d'or dans la nuit, la lave s'est revêtue de rouge
au petit matin, le vermillon le disputant au carmin au fil de heures.
Les fumerolles de vapeur et de gaz des différents points de
sortie se sont révélées au grand jour, attribuant
un aspect assez surréaliste au site.
À quelques centaines de mètres en contrebas, la coulée
contournait la base du piton Pârvédi (éruption précédente,
juin 2000) et cette direction avait pour effet de teinter sa face nord
d'un superbe rose orangé. S'arrachant difficilement à une
béate contemplation, chacun tentait alors de fixer ces instants
magiques sur ses films respectifs. La nuit fut belle, chaude et envoûtante.
Maintenant que l'enclos est ouvert, il ne vous reste plus qu'à la
faire vôtre.
Valérie Koch
Dimanche 15 Octobre 2000