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ESCALE NOCTURNE SUR L'ÉRUPTION

Une nuit dans les bras de Dame Fournaise

Explosions de lave, rivières de magma, grondements, grognements et sifflements, et même véritables feux d'artifices, la nouvelle éruption du Piton de la Fournaise est bien au rendez-vous des amateurs de sensations inédites. Nous vous convions à une première nuit exceptionnelle sur le site, rythmée par le magma rugissant et le tonnerre des explosions.

Une nuit combinant à la fois un vendredi 13 et un jour de pleine lune, c'était soit un désastre cataclysmique, soit le bonheur parfait, selon les croyances des uns et les autres. Mais a priori, une nuit pas comme les autres. Sur le flanc sud du cône terminal de la Fournaise, l'adage n'a pas menti et la nuit en question s'est révélée fabuleuse et magique.
Les scientifiques, les photographes, les réalisateurs de cinéma et quelques journalistes étaient à pied d'oeuvre sur le site vendredi dès la fin d'après-midi, pour profiter des meilleures conditions climatiques et vous ramener les plus belles images de la toute nouvelle éruption du volcan.
Le temps était en effet de la partie puisque le ciel du flanc sud-est resté dégagé tout l'après-midi et toute la nuit de vendredi, se couvrant à peine de temps à autre au lever du jour et générant ponctuellement une légère farine de brouillard.
Le vent qui souffle habituellement sans discontinuer sur le site du volcan n'a pas non plus pointé le bout de son nez. Les éléments étaient au diapason et seule une petite brise (bien fraîche, il faut l'avouer) est venue troubler la sérénité de la nuit.

UN SPECTACLE FABULEUX

Impossible de déclarer forfait, donc, le spectacle étant par trop fabuleux. Le principal cône éruptif, ainsi que deux ou trois autres petits cratères qui se sont ouverts juste en amont ce soir-là, étaient particulièrement actifs et ne furent pas avares en projections, débordements, et autres cascades de flot brûlant.
De langues de lave qu'on aurait cru sculptées par une main divine en véritables feux d'artifices, les projections ont joué les stars. Le trémor avait connu une légère augmentation dans le courant de l'après-midi et c'est sans doute là l'origine de ces fontaines de lave projetées furieusement à quelques soixante mètres de hauteur.
Par moments, le débit de la lave a d'ailleurs avoisiné les 50 mètres cubes par seconde. Le magma en fusion jaillissait avec force de la bouche éruptive, déjà haute d'une quinzaine de mètres, et de véritables fleuves rouges se formaient aussitôt, dévalant à toute allure les premiers mètres de pente et gonflant à loisir la coulée déjà formée.
De gros blocs de roches rougeoyants étaient embarqués dans la tourmente, et parfois, des pans intérieurs du cône s'écroulaient, provoquant de véritables vagues intérieures qui débordaient ensuite de part et d'autre de la coulée.
Parée d'or dans la nuit, la lave s'est revêtue de rouge au petit matin, le vermillon le disputant au carmin au fil de heures.
Les fumerolles de vapeur et de gaz des différents points de sortie se sont révélées au grand jour, attribuant un aspect assez surréaliste au site.
À quelques centaines de mètres en contrebas, la coulée contournait la base du piton Pârvédi (éruption précédente, juin 2000) et cette direction avait pour effet de teinter sa face nord d'un superbe rose orangé. S'arrachant difficilement à une béate contemplation, chacun tentait alors de fixer ces instants magiques sur ses films respectifs. La nuit fut belle, chaude et envoûtante. Maintenant que l'enclos est ouvert, il ne vous reste plus qu'à la faire vôtre.
Valérie Koch

Dimanche 15 Octobre 2000