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LES PREMIERS VISITEURS DE L'ÉRUPTION

"Je ne voulais pas rater ça !"

L'expédition jusqu'au site de l'éruption est assez difficile, mais le balisage mis en place par l'ONF, qui contourne le volcan par l'ouest, est tout de même plus sympathique que l'itinéraire hors-piste emprunté par les premiers randonneurs du Pârvédi. D'ailleurs, l'enclos était à peine ouvert hier à 5h que Damien Plaquet, de passage à la Réunion, crapahutait tout seul et d'un bon pas en direction de l'éruption.

Hier matin, la grande affluence sur le Pas de Bellecombe à laquelle on aurait pu s'attendre, vu l'annonce de l'ouverture de l'enclos, n'a pas vraiment eu lieu. La gendarmerie avait d'ailleurs mis en place son dispositif de poste de sécurité et les pompiers étaient également sur les lieux pour parer à tout incident, mais il y a eu un invité imprévu : le brouillard !
Et depuis le Pas de Bellecombe, à 6h, il était impossible de savoir qu'il faisait un temps clément et plutôt ensoleillé sur le flanc sud du volcan au même moment. Donc, d'aucuns ont préféré rebrousser chemin et, vers 10h, on comptait à peine une quarantaine de véhicules sur le parking du Pas de Bellecombe. Quelques curieux, mais surtout des randonneurs.
Damien Plaquet était de ceux-là. Il ne voulait manquer cette éruption pour rien au monde. À la Réunion depuis quelques mois pour un stage dans le domaine équestre à la Plaine-des-Cafres (spécialisé dans les chevaux Mérens), le jeune homme originaire de Picardie avait raté de peu le spectacle de la précédente éruption en juin dernier. Il n'était arrivé qu'à la fin de la formation du cratère Pârvédi et en était ressorti un peu frustré d'avoir manqué l'aspect le plus spectaculaire.
Cette fois, il avait pris ses dispositions pour être à l'heure à l'ouverture de l'enclos au public. À 5h, dès l'autorisation obtenue, il a démarré son périple muni d'un sac à dos, de son appareil photo, et correctement équipé. Il a été le tout premier visiteur à emprunter le balisage de l'ONF mis en place quelques heures plus tôt. Arrivé à la plate-forme d'observation, il a enfin pu apprécier l'éruption dans toute sa splendeur. Une récompense bien méritée.

TENTATIVES D'APPROCHES

Parmi les autres randonneurs à s'être lancés tôt hier matin sur le nouveau balisage de l'ONF, certains étaient particulièrement ravis. À quelques mètres de l'éruption, tombant nez-à-nez avec Thomas Staudacher, le directeur de l'observatoire volcanogique, ils ont profité de l'aubaine pour le presser de questions à la fois techniques et pratiques : en combien de temps un tel volcan se forme-t-il (plusieurs millions d'années), comment se fait-il que la lave soit de teintes différentes (selon la longueur de son passage dans l'air, elle s'oxyde plus ou moins), ou encore, sur l'éruption : jusqu'où peut-on avancer sans risque (jusqu'à la pancarte officielle posée par l'ONF. De toute façon, plus loin, vous allez vite sentir la chaleur étouffante !). Et après une nuit sur le site, Thomas Staudacher a aimablement renseigné les marcheurs, puis s'en est retourné à l'observatoire étudier les premiers échantillons de lave prélevés la veille.
L'éruption a reçu un autre visiteur peu ordinaire vendredi soir. Claude Berlie-Caillat, l'artiste céramiste (directeur de l'association Art Sud à Saint-Joseph), a voulu se rendre compte en "live" des possibilités de créations et de prélèvements sur cette coulée. Ça n'était pas la première fois qu'il se rendait ainsi sur une éruption (plusieurs expériences autour du basalte en fusion ont été réalisées sur deux éruptions de 1999), mais là, l'affaire s'est avérée très délicate. La coulée est encore trop active pour qu'il soit possible de s'en approcher sans un équipement adéquat. Les tentatives d'approche l'ont pourtant amené au plus près de la coulée et du cône principal, mais vu la chaleur impressionnante qui se dégageait, il a finalement décidé qu'il serait plus sage de remettre les tests à une date ultérieure.
Quoi qu'il en soit, sachez que pour atteindre le site de l'éruption, il vous en coûtera pas mal d'efforts (sept à dix heures de marche aller-retour dont une partie dans des gratons infernaux) et qu'il vous faut donc mieux bénéficier d'une bonne condition physique. Mais ne dit-on pas que le volcan se mérite ?
Valérie Koch

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Préparez votre expédition

Même si les températures ne sont plus aussi extrêmes qu'en période hivernale, le froid règne encore dans la zone du volcan et mieux vaut être prévoyant et transporter avec soi quelques vêtements chauds et imperméables. Car même si le soleil "pète" au départ de l'itinéraire, un arrêt de quelques minutes vous glace instantanément pour peu qu'un souffle de vent piquant s'en mêle.
Sans parler de la pluie farine qui peut vous surprendre en quelques minutes et tremper rapidement vos vêtements. En sus des précautions habituelles à prendre pour ce genre d'expédition (alimentation revigorante, eau, lampe, etc.), évitez également le short si vous ne voulez pas ressortir de l'enclos avec les jambes balafrées et n'oubliez surtout pas de vous munir de gants solides, car vous allez progresser dans de nombreuses coulées de gratons acérés. Notez également que l'odeur de souffre est entêtante et irritante, notamment si le vent souffle dans votre direction.

Dimanche 15 Octobre 2000