Volcan
Plus fort et plus méchant

Dimanche matin, le cratère du Piton Morgabim (à gauche), crache
sa lave en continu, tandis que le cratère voisin, né jeudi
dernier, offre un comportement déroutant,
avec des périodes de repos trompeur durant lequel il n'émet
qu'une anodine
fumée noirâtre : c'est l'effet de la rencontre souterraine
de l'eau et du magma.
Les incitations à la prudence de notre édition d'hier,
fondées sur l'observation d'épisodes brutaux ce week-end au
Piton Morgabim, n'étaient pas à prendre à la légère.
Ils trouvent leur origine dans une entrée en contact d'eau avec le
magma. Un mélange explosif.
Plus exactement, c'est le deuxième cratère né jeudi
matin à une vingtaine de mètres à l'aval du Piton Morgabim
qui se distingue parfois par un comportement redoutable. Autant le cratère
principal déborde d'une activité importante mais relativement
stable - même s'il est impossible de prédire la trajectoire
des paquets de lave dont il arrose ses pourtours -, autant l'activité
de son acolyte est potentiellement dangereuse en raison de son irrégularité.
C'est bien là le piège. A de véritables "coups
de canon", détonations et projections violentes à une
distance estimée à 150 mètres, succèdent des
périodes de repos presque complet, au cours desquelles une fumée
noire à l'apparence anodine - du moins pour le profane - s'envole
en tourbillonnant au-dessus du cratère, arrosant de cendres les environs.
Un repos bien trompeur donc puisque les explosions peuvent reprendre à
tout moment, arrosant dans des directions imprévisibles.
Les volcanologues qualifient ces phénomènes d'explosions phréato-magmatiques
car ils associent l'eau superficielle (moins probable en l'absence de pluies
importantes) ou provenant des nappes phréatiques et le magma, brutalement
refroidi. Surchauffée, cette eau se vaporise et sa détente
pulvérise le magma qui est parfois éjecté sous forme
de minces fragment ou de poussière noire, comme on a pu en observer
ce week-end.
LE TÉNOR A SON NIVEAU LE PLUS ÉLEVÉ
Ce type de phénomène, rare au Piton de la Fournaise, a déjà
été observé en février 1981 et surtout en septembre
1985, où il a été photographié et filmé,
pour le première fois semble-t-il.
Le trémor de l'éruption se maintient quant à lui à
son niveau très élevé.
François Martel-Asselin

Quelques instants après l'émission d'une fumée noire
(photo en haut de page), une activité «classique» de fontaine
de lave reprend.
Quelques instants plus tard encore, elle deviendra tout à coup violente,
le cratère expulsant des bombes dans toutes les directions (photos
F. M.-A.)
Mardi 14 Novembre 2000